Bric-à-brac lectures, avril 2022

En avril, outre la visite d’un lapin pas radin sur le chocolat, j’ai eu droit à:

La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier

Une petite bonne femme servante de son état qui n’a pas voix au chapitre se retrouve dans le rôle d’une balle de flipper qui vient se cogner à un jeune blondinet boucher au marché, un vieux libidineux, une maîtresse de maison pas bien chaleureuse, une matriarche de tempérament, une collègue jalouse, des gamines reloues et un Johannes Vermeer dans sa bulle qui se met en tête de la peindre avec une perle à l’oreille (si tu visualises le tableau, c’est bien: t’es cultivé). Roman historique quand-même sacrément plus roman que historique: ça se base sur de véritables tableaux, l’atmosphère des Pays-Bas du XVIIe y est bien retranscrite, Vermeer a bien existé, mais ça s’arrête là dans la véracité avérée des faits. Ceci dit, si tu ne prépares pas un partiel d’Histoire Moderne, ça se laisse bien lire, même si à choisir je préfère Prodigieuses Créatures, de la même autrice, qui m’avait appris plus de choses.

Les mains du miracle de Joseph Kessel

Himmler, le GO macabre par excellence. Himmler, fanatique de Hitler qui avait sur la conscience des millions de morts et une infinité de souffrances humaines. Himmler, qui avait bobo le ventre (pauv’ coco, va). Kessel a le bon goût de ne pas lui avoir octroyé la première place dans son roman, mais celui de bon suiveur. Un toutou qui suit effectivement sans broncher les directives de son docteur, Félix Kersten, bon bougre inégalé dans le domaine du massage thérapeutique, qui profite de son ascendant sur l’un des pires monstres pour sauver des milliers de vies humaines et tirer un maximum de malheureux des camps de concentration. Ici, Kessel porte sa casquette de journaliste. Il a beau jurer, preuves et documents à l’appui (y compris une rencontre avec ce bon dr. Kersten) que les faits sont avérés, cela reste déconcertant de réaliser à quel point il a su manipuler la « faiblesse » d’un monstre, véritable talon d’Achille dans la carapace d’un monolithe sans remords ni compassion.

Inconnu à cette adresse de Kathrine Kressman Taylor

Un one shot pour cette dame qui a eu le nez fin en écrivant en 1938 cette histoire de deux amis se retrouvant dans 2 camps opposés suite à l’arrivée au pouvoir d’un certain Hitler… Nouvelle épistolaire percutante. Une boule de neige qui dévale la pente à toute allure, un dénouement ironique et mérité. Lue en une heure, mais une heure intense comme peu de livres peuvent se vanter de m’en avoir fait vivre!

La cuisinière de Mary Beth Keane

Popote et pandémie, ou comment le confinement covid fait petit joueur comparé aux années de quarantaine forcée (sur une île, parce que comme ça c’est plus sûr) de Mary Mallon. Au 19è, « la femme la plus dangereuse d’Amérique » n’a ni éviscéré son patron, ni fait exploser une fabrique de couche-culottes, ni tué en série tous les porteurs de moustache en brosse. Ce que l’on reproche à la pauvre Mary, c’est de jouer les guides touristiques pour la bactérie de la typhoïde, tuant sur son passage plusieurs de ses employeurs. Il faut dire qu’à l’époque (mais l’est-ce vraiment de nos jours?), la notion de porteur sain n’avait pas encore fait son chemin dans les esprits. Et voilà Mary accusée de meurtres et envoyée végéter en quarantaine pendant que le monde continue de tourner, monde dans lequel elle tentera de se refaire une place. Mary Mallon a réellement existé et j’ai particulièrement apprécié la manière de l’autrice de dépeindre l’Amérique de l’époque en restant neutre sur les faits, sans jamais excuser ni condamner un point de vue ou l’autre.

Sur les ossements des morts d’Olga Tokarczuk

On veut faire sa crâneuse en lisant une prix nobel et puis on referme le livre sans trop savoir ce qu’on a lu. Sorte de pamphlet politico-écologique qui se déguise en polar avec des morts suspectes de chasseurs et une vieille dame pas mal orientée astrologie qui se persuade que la série de décès est le fait des animaux eux-mêmes, en quête de vengeance. Une aura ésotérique baigne l’ensemble, les réflexions de la narratrice font écho, ce n’est pas mauvais, c’est juste bizarre. Un roman qui me laisse un goût de tiède, je n’ai pas dû le lire dans le bon alignement des planètes.

Les vertus de l’échec de Charles Pépin

Mon prochain risotto cramé, c’est la tête haute que je le servirai! L’échec, le propre de l’Homme, seul être qui apprend à le sublimer, à l’utiliser pour se grandir. Un essai très clair et agréable à lire sur pourquoi que c’est pas si pire de tout rater dans sa vie (avant de rebondir, sinon tu es vraiment mal barré). L’auteur, philosophe, a le bon sens d’appuyer son propos sur des exemples bien concrets qui parlent à tous (pour la faire courte: sur tous ces gens célèbres qui se sont pris eux aussi la porte de l’échec dans la figure avant de passer le seuil du succès.) Les paragraphes sont courts, disent l’essentiel et abordent chacun l’échec sous un autre angle. Décomplexant et instructif.

Et la lumière fut de Jacques Lusseyran

Autobiographie éclairante (tu ne le sais pas encore, mais je viens de faire un jeu de mot nul. Parce que le monsieur est aveugle) d’un résistant de l’ombre baigné de lumière, à la tête de l’un des plus grands mouvements de presse clandestine, arrêté puis déporté. Quel homme! Quelle plume! Quelle vie! Ca relativise d’autant plus le problème du risotto. Dans chaque mot on sent toute l’honnêteté et l’humilité de l’homme qui n’a pas besoin de se faire mousser tant les faits parlent pour lui. Un grand monsieur inspiré.

Le président du marigot de Jean-Pierre Richard

L’élite de la nation française, président compris, revenu à l’âge de pierre après un crash d’avion au beau milieu de l’Afrique centrale. Sa majesté des mouches version bras cassés en costard-cravate qui ne savent plus rien faire dès qu’on les sort de leurs bureaux et de leur CAC40, malgré l’aide apportée par une tribu, la truculente Fanny en tête, vivant non loin. L’humanitaire qui marche sur la tête. Décapant et savoureux, avec de très jolies formules (« Chez nous, on aime tellement raconter les histoires que tu commences à en cueillir une et tu finis avec un bouquet! »)

Chroniques de Jérusalem de Guy Deslile

Roman graphique. Guy Deslile est un « père et dessinateur-au-foyer » qui suit sa femme au gré de ses affectations avec Médecins Sans Frontière et qui raconte son quotidien dans des pays où nous, d’emblée, on n’irait pas. Si tu n’es pas bête, le titre t’a déjà aiguillé sur la destination de ce tome. C’est loin d’être un docu exhaustif, c’est le récit « à taille humaine » d’un gars qui n’a rien à voir avec un baroudeur aventurier, qui cherche avant tout l’endroit où il peut acheter les couches-culottes du petit dernier, et découvre son nouveau lieu de vie avec la pointe de naïveté du nouvel arrivant. C’est formidable d’infos vécues (surtout sur cette mosaïque géographique, entre territoires officiels, colonies, quartiers, communautés ayant chacune leur religion, leurs traditions. Deux salles, deux ambiances rien qu’en traversant une rue. Merci le conflit israelo-palestinien). Je veux tout lire de ce monsieur!

Médée de Sénèque

Mon côté maso dans toute sa splendeur. Je le sais, pourtant, que le théâtre c’est pas ma came, mais je voulais tenter un classique pour faire moins ignare, et puis Médée a priori ce n’est pas le genre de dame avec laquelle on s’ennuie, niveau tragédie c’est du lourd. Je me doutais bien que ce n’est pas le genre de lecture à faire avec Les Anges de la Téléréalité en fond sonore, mais vraiment, pour moi ça reste opaque. Trop de références que je n’ai pas, trop de monologues où j’ai l’impression que le théâtre classique se caricature lui-même. Décidément, le théâtre ça se regarde, ça ne se lit pas. (parenthèse: Lyaeus, Aiétès Créüse, ça foisonne d’idées prénoms pour les jeunes parents…)

Alice Guy de Catel et Bocquet

Alice Guy de Catel. Biographie de la première femme cinéaste e roman graphiste. Ne la connaissant pas du tout (c’est une femme, alors évidemment ses ovaires la font passer au second plan), j’en ai appris à chaque page. J’aime bien ce format, ça va à l’essentiel et ça permet de savoir si le sujet mérite d’être approfondi par d’autres lectures (ici, la réponse est oui).

That’s all Folks!

bric-à-brac lectures, février-mars 2022

Excuse mon absence, j’étais occupée à vivre et à bosser. Mais j’ai lu. Ça tombe bien, c’est le thème du blog.

La fille au sourire de perles de Clemantine Wamariya et Elisabeth Weil

Exode, réfugié, génocide, autant de mots vides de sens pour celui ou celle qui, comme l’autrice et sa sœur, les ont vécus, leurs tripes nouées, l’estomac vide et le cœur brisé. Le génocide rwandais à travers les yeux d’une petite fille qui se livre avec honnêteté et pudeur, une fuite sans fin narrée par bribes, l’histoire d’une survie dont il ne reste que des souvenirs fragmentés que Clemantine tente inlassablement d’enfiler dans le bon ordre, comme des perles sur un collier, pour comprendre, pour se comprendre. Une histoire où le happy end n’est qu’un faux semblant, où la lutte se poursuit tant dans les camps de réfugiés d’Afrique que dans la société américaine pétrie de bonnes intentions parfois mal placées. Un témoignage bouleversant qui fait prendre conscience que même si l’horreur peut prendre fin, se reconstruire prend toute une vie.

La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon

J’ai vécu cette lecture comme sur une poutre de gymnaste: hésitante, balançant de gauche et de droite (mon équilibre naturel et ma grâce innée font l’admiration de mon entourage…). Parce que cette lecture me laisse un sentiment de méfiance: comment démêler le vrai du faux de cette biographie romancée de Nadia Comaneci, mélange de vérité et d’extrapolation? C’est déroutant d’apprécier un livre qui te fait découvrir les coulisses des grandes compét’ de gym et la mise en scène du communisme roumain sans jamais savoir où placer sa confiance dans ce que raconte l’autrice, même si j’admets que ça n’a pas dû être facile de tirer les vers du nez d’une femme qui explique que se taire a le mérite d’éviter les malentendus et les mauvaises interprétations. Une écriture télégraphique, parfois lapidaire, avec des envolées lyriques par-ci, par-là qui ne vaut clairement pas un 10/10. Le sujet m’intéressait, ce livre beaucoup moins.

Les dents de lait de Hélène Bukowski

Lu d’une traite parce que je n’ai rien à faire dans la vie tant j’ai voulu savoir le fin mot de l’histoire. La canicule n’achève pas que les petits vieux dans ce roman qui, paradoxalement, fait froid dans le dos. Une routine de survie en autarcie s’est mise en place lorsque le soleil impitoyable s’est mis à cogner sur un îlot autrefois baigné de brouillard et coupé du monde depuis que ses habitants ont fait sauter le pont. Double autarcie pour l’héroïne, fille de celle venue on ne sait comment d’au-delà du fleuve. La dureté de la (sur)vie, le climat qui dégénère, les suspicions: tout s’accélère lorsqu’apparaît une jeune fille inconnue à la chevelure flamboyante. D’où vient-elle? Est-elle la cause de tous les problèmes? Va-t-elle perdre ses dents de lait et prouver ainsi qu’elle est « comme les autres »? Des chapitres courts qui tiennent en haleine, une narration à la première personne un rien décousu mais qui permet de plonger plus facilement dans le chaos ambiant. Il paraît qu’il s’agit du premier roman de l’autrice: contrairement à son héroïne, elle a de l’avenir!

Tu comprendras quand tu seras grande de Virginie Grimaldi

Une trentenaire allergique du 3è âge à qui la vie vient de donner 2-3 bonnes baffes dans la figure, décide pour se reconstruire d’aller s’enterrer dans un mouroir en tant que psychologue pour personnes âgées. Sauf que dans ce livre, la vieillesse a plein de sève, ne radote pas sur la guerre comme un vieux 33 tours rayé et distille même des conseils de vie qui s’avèrent ma foi bons à prendre. L’histoire est bien rythmée, le style de l’autrice qui sait manier la métaphore cocasse et la comparaison humoristique y est pour beaucoup. Sans crier au génie, c’est clairement un livre à lire pour la détente sans tomber dans les bas-fonds de la littérature feel good qui, souvent trop simpliste, côtoie la profondeur d’un slogan pour jambon en tranches.

Baguettes chinoises de Xinran

Ceci n’est pas un manuel pour apprendre à rester digne dans un resto asiatique. Ceci est une métaphore de la condition féminine chinoise. Une baguette chinoise, ça ne prend pas de place, c’est utile, ça ne fait pas de bruit et ça finit à la poubelle: but ultime que l’on impose à la femme, surtout celle venue de la campagne. Sauf que certaines se sentent fourchettes, comme les sœurs Trois, Cinq et Six (pourquoi donner un prénom à du bétail?) venues du fin fond de leur cambrousse faire leur vie à Nankin. J’ai aimé ce livre, autant pour son rappel succinct de l’histoire de la Chine (Révolution culturelle, politique d’Ouverture, exode de paysans) que pour son pan social à tendance féministe, son tour d’horizon élargi de la culture du pays ou ses descriptions de la cuisine locale. Surtout, le souffle d’optimisme que j’ai perçu évite la lourdeur d’une réalité pas si légère. Une Chine dure mais empreinte d’humanité.

Le lion de Joseph Kessel

Il n’est pas mort ce soir, le lion, il est même papa symbolique de Patricia, une gamine de 10 ans, sorte de petite prêtresse blanche qui n’évolue pas dans la savane, mais qui est la savane tant sa communion avec les animaux sauvages, et King le lion en particulier, est puissante. Patricia, c’est la personnification des frontières qui s’évanouissent, entre les hommes, entre les animaux, entre les adultes et les enfants. Patricia, c’est l’arrogance enfantine qui va faire l’apprentissage la plus douloureuse de la vie. Une histoire belle et triste, passionnante, racontée dans un style magnifique. A travers ses mots, Kessel réussit brillamment à nous communiquer l’émerveillement que lui inspire la vie sauvage d’une réserve africaine. Des étoiles plein les yeux malgré mon aversion pour tous les lieux où il fait plus de 15°, et un véritable soulagement de ne pas avoir rencontré une aura nauséabonde digne d’un Tintin au Congo.

La curée d’Émile Zola

Paris est à terre, Haussman la dépèce, servez-vous! C’est ce que fait Aristide Rougon, devenu Saccard pour plus de classe, après avoir spéculé et magouillé sur l’immobilier avec l’argent de sa femme flambant neuve, la belle Renée, vicieuse mondaine. Dans ce Paris nouveau, les nouveaux riches ne brillent qu’en façade, à l’intérieur ils sont assoiffés d’argent et affamés de chair. Roman court pour un Zola, mais ce tourbillon de vices qu’il nous décrit en sort plus percutant.

That’s all Folks!

Bric-à-brac lectures, Janvier 2022

Les Aventures D’Oliver Twist de Charles Dickens

Oliver Twist, c’est le p’tit gars qui te fait vachement relativiser sur tes déceptions de cadeaux de noël tellement sa vie elle est plus nulle que la tienne. Petite chose trimballée par les aléas de l’existence, au fil des pages Oliver rencontre des méchants très méchants et des gentils très gentils. Feuilleton de journal devenu roman classique, Dickens et sa critique des bas-fonds sordides d’une Angleterre gris brouillard où tout n’est pas rose jouent à fond sur la corde de l’ascenseur émotionnel, avec un petit chétif bien bon mais un peu trop passif à mon goût à qui il arrive le pire comme le meilleur, sans parler du bouquet final (boudiou, c’te bouquet final où les méchants s’en prennent plein le karma!) où Dickens le cœur tendre se laisse aller à l’espoir. L' »ambiance Dickens » tout en smog et en bruine londonienne ainsi que la plume bien reconnaissable de l’auteur font toujours leur petit effet, mais quitte à m’attendrir sur un gamin pas bien chanceux, je préfère son comparse David Copperfield.

Mission iceberg : Rollins, James, Boitelle, Leslie: Amazon.fr: Livres

Mission Iceberg de James Rollins

[on remet ça en lecture commune avec Morgane de Des lignes et des mots] D’habitude, les histoires par trop politico-militaires ne me parlent pas des masses, mais celle-ci est tellement enrobée d’action à profusion, de teasing et de rebondissements qu’une fois commencée je ne pouvais qu’aller jusqu’au bout. J’apprécie toujours autant le souci du détail de l’auteur, qui nous en apprend sur la vie en Alaska et le quotidien dans des installations scientifiques de la banquise (lire ça bien au chaud dans ses chaussons est tellement satisfaisant). On retrouve la manière de tisser son histoire qu’il y avait déjà dans Amazonia, mais la broderie autour se renouvelle et au final lire deux livres de cet auteur dans un court laps de temps ne mène pas à l’écœurement. 

Miss Charity tome 1 - bd: L'enfance de l'art : MURAIL, Marie-Aude, CLEMENT,  Loïc, MONTEL, Anne: Amazon.fr: Livres

Miss Charity de Loïc clément et Anne Montel

O rage, ô désespoir! C’est pas sympa de me mettre un tome 1 de cette qualité sous le nez si le tome 2 n’existe pas encore. Tant de cruauté. Je vais donc devoir m’armer de patience (ce concept qui m’est totalement étranger) pour connaître la suite de cette biographie amplement inspirée de Béatrix Potter, naturaliste et illustratrice que Marie-Aude Murail avait choisie comme sujet de roman avant la version BD. Toujours est-il que ce tome 1 est un sans faute: une BD riche et fournie qui ne se lit pas en 30mn, une héroïne attachante dont la passion dévorante pour les bestioles n’est pas si courante et des illustrations de toute beauté. Alors me voilà calée sur l’enfance de la dame, ne reste qu’à en apprendre davantage sur sa vie d’adulte, au bon vouloir de l’éditeur.

Super-Sourde : Bell, Cece, Dauniol-remaud, Helene: Amazon.fr: Livres

Super-Sourde de Cece Bell

Encore une BD (laissez-moi retomber en enfance, j’ai le droit!). Personne ne tombera des nues au vu du titre en apprenant que le livre traite de surdité. De la surdité de l’autrice, qui plus est. Étant interprète en Langue des signes, évidemment ça m’a fait de l’œil, même si ici il s’agit d’une femme devenue sourde après l’acquisition du langage, et qui nous raconte sa vie empêtrée dans les liens sociaux pas toujours faciles en tant que sourde oraliste et les fils de son appareil auditif aussi utile que contraignant. Enfin un bouquin sur la surdité qui dédramatise, qui clame que oui c’est chiant mais c’est pas la fin du monde, qu’un sourd n’est pas QUE un sourd et qu’une différence n’est pas toujours synonyme de handicap. Et ça fait du bien.

Amazon.fr - poésie du gérondif - Minaudier, Jean-pierre - Livres

Poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier [rererererelecture]

La linguistique, cette science molle presque aussi austère qu’un cours de maths, peut être fun. Si, si. Et si mes douces paroles ne suffisent pas à convaincre les sceptiques, ce livre le fera. Dès la première phrase le ton, l’humour, l’érudition aussi, te happent. Ce livre est un hybride, si agréable qu’il se lit comme un roman de lecture-loisir tout en éveillant l’intérêt par son contenu scientifique. D’ailleurs, l’auteur lui-même est une sorte d’extra-terrestre : homme vouant un culte aux grammaires des langues (les ouvrages descriptifs d’une langue, pas une révision des règles d’accords du participe passé) au point d’en avoir collecté plus de 1000 (mesurons notre chance : si le monsieur avait été tyrosémiophile son livre aurait sûrement eu moins de saveur), sa plume délicieuse non dénuée d’humour rend le propos totalement accessible aux non spécialistes (lui-même est historien et ne cherche jamais à être linguiste à la place du linguiste). Tellement buvable que l’on en vient à le siroter. Les exemples savoureux pullulent, exotiques pour ne pas dire inconcevables à nos cervelles conditionnées (ainsi le !xoon comporte 117 consonnes, le français 18 et le piraha 7, qu’il compense en employant une langue chantée ou murmurée selon ce qu’il cherche à exprimer. Le basque a un pluriel affectif unique au monde, en itelmen il est nécessaire de redoubler le mot pour indiquer qu’il est employé… au singulier et le kabarde est en lice pour être nommé « langue sans voyelle »). Ce texte est une ode (‘ttention, je pars dans le lyrique, tu sens l’enthousiasme?) aux langues, à la variété de leurs manières de dire chacune le monde à sa façon et à la science qui en rend compte avec passion. « En un mot, ce livre chante la poésie de la grammaire. Car il est des êtres dans la vie desquels cet art occupe la place de la lune pour Hugo, de la mer pour Valéry, de Lou pour Guillaume et de Verlaine pour Rimbaud. » 

Sauveur & Fils, Saison 6 eBook : Murail, Marie-Aude, Murail, Marie-Aude:  Amazon.fr: Livres

Sauveur&fils, saison 6 de Marie-Aude Murail

Une saga qui ne s’essouffle pas (et c’est pas si courant). La 4e de couverture promet un opus spécial digne d’une enquête policière, enquête que je n’ai jamais vraiment trouvée. Des interrogations, oui, de la curiosité, oui, mais « enquête » est un bien grand mot. Alors, déçue? Pas du tout: il y a un côté réconfortant à retrouver cette famille recomposée de mille morceaux et les patients perdus qui retrouvent leur chemin, guidés par le sympathique et bien nommé Sauveur, le tout sous la plume d’une autrice qui décidément sait trouver les mots justes. Vivement la saison 7!

Institutrices, sœurs laïques de la République? de Pierre Mazataud

Un ouvrage éclairant comme la lampe de chevet qui fait mal aux yeux le matin, où l’on se rend compte que se mêler des affaires des profs constitue un sport national depuis que le métier existe. Le boulot d’une maîtresse, c’est d’élever (métaphoriquement. Le sens littéral revient aux parents, paraît-il) les enfants à la connaissance. Visiblement, c’est aussi de rendre des comptes à la moitié de la population française. Ainsi, en s’appuyant sur divers supports (allant du compte-rendu de l’inspecteur académique aux lettres anonymes des citoyens), l’auteur retrace le quotidien de ces dames à qui l’on demande de colporter les belles valeurs de la laïcité tout en les obligeant à vivre en nonne en privé sous peine de passer au crible des prudes conventions et du jugement populaire (« se rendre seule si tard -18h- chez un vieux monsieur pour lui emprunter des livres? Shoking! Mais que fait l’inspection?! »). Mauvaises conditions de travail, méfiance des parents, institution qui sacrifie les pros du terrain pour se couvrir, c’est là que l’on mesure qu’il n’y a pas grand chose de neuf sous le soleil de l’enseignement…

That’s All Folks!

Bric-à-brac lectures, Octobre 2021

Ce mois-ci, mon voyage dans le passé (de 1h en arrière, pas de quoi aller serrer la pince d’un dinosaure) m’a tant chamboulée que je n’ai lu que:

Livre: Misery, Stephen King, Le Livre de poche, Livre De Poche,  9782253151371 - Leslibraires.fr

Misery de Stephen King

Note à moi-même: ne JAMAIS devenir un écrivain célèbre. Outre le fait que si tu cherches une lecture glaçante pour le mois d’halloween, tu trouveras ici ton bonheur, l’intérêt de ce livre mettant en scène un huis-clos oppressant est que tu ne t’embrouilleras pas dans les personnages. A ma gauche, Paul Sheldon, écrivain à succès qui se retrouve paralysé à la merci d’une foldingue suite à un accident de voiture en pleine cambrousse américaine. A ma droite, la foldingue Annie Wilkes, aussi forte qu’elle n’est fêlée. En guise de pivot, Misery, héroïne d’une série de romans écrite par Paul et adulée par Annie. En bonne psychotique qu’elle est, Annie Wilkes se met en tête de contraindre par le chantage et la torture son romancier préféré à pondre un nouvel opus à son goût. J’ai tellement aimé ce roman, j’ai rarement été aussi crispée sur un livre (oui, c’est un compliment). Le duel entre l’homme diminué usant de psychologie et la femme folle à lier usant de sa force est tellement bien construit. Stephen King n’épargne rien à son lecteur, avec des passages de violence gore presque insoutenables. Mais il n’abuse pas de cette solution de facilité et décortique surtout très finement les actes et pensées de son héros. A mes yeux, Stephen King n’est jamais autant le maître que quand il s’amuse à se placer dans la tête de ses personnages et y invite le lecteur. Misery rejoint directement Shining et Cujo sur le podium.

Livre: Je vais bien, ne t'en fais pas, Olivier Adam, Pocket, Pocket,  9782266310802 - Leslibraires.fr

Je vais bien ne t’en fais pas d’Olivier Adam

Histoire de liens du sang où l’on suit une fille un peu paumée à qui il manque la moitié de son être depuis que son frère a disparu. Ça oscille entre l’attendrissant et le déprimant, la narration froide et distante n’est pas désagréable pour éviter le pathos facile. Vite lu, vite oublié.

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Livre: Cent ans de solitude / roman, Gabriel Garcia Márquez, Points, Points  Littérature, 9782020238113 - Leslibraires.fr

Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez

Je pense avoir mis mille ans à le lire. Je me suis sentie seule vu l’engouement des lecteurs pour ce livre. Fresque familiale où se côtoient un inventeur fumeux, un rebelle exalté, un cruel tyran militaire, un baroudeur des confins, de fausses sœurs jalouses et une fière mère qui en a, le tout sur fond de guerre entre conservateurs et libéraux, avec une aura surnaturelle que le personnage de Melquiades le gitan résume à lui tout seul. Où est la solitude dans cette famille nombreuse? Dans leurs cœurs, pour commencer, chacun se recroquevillant sur sa propre misère, mais aussi tout autour d’eux: dans ce village coupé du monde, à travers l’inceste qui souligne l’isolement des gens, par le caractère cyclique des prénoms et des faits. Un roman qui a provoqué en moi un curieux phénomène de dédoublement: j’ai apprécié la prose avec mon regard « froid » de correctrice, comprenant son succès, mais en tant que lectrice lambda je n’ai jamais vraiment réussi à m’emparer du récit. Un chaud/froid en somme.

Livre: Avis De Deces, Zhou Haohui, Sonatine éditions, 9782355847516 -  Leslibraires.fr

Avis de décès de Zhou Haohui

Tout droit venu de Chine, je me demandais si la différence avec les romans policiers américano-français que je lis d’habitude était bien marquée. Je te donne de suite la réponse: non. Hormis la mention de nouilles instantanées par-ci par-là, ne lis pas ce livre si tu cherches à en connaitre davantage sur la culture locale. Alors, déçue? Pas du tout. L’histoire est très très bien ficelée (un résumé très résumé: un meurtrier bien habile fait courir la police), les rebondissements ne sont pas tirés par les cheveux, les persos sont un peu caricaturaux mais restent plaisants et surtout, je n’avais pas deviné la fin! J’ai trouvé de l’intérêt à ce roman là où je ne m’y attendais pas, et l’effet de surprise n’en est que meilleur.

That’s all Folks!

Bric-à-brac lectures, Septembre 2021

En ce mois de rentrée des classes, j’ai mis dans mon cartable:

Livre: Le complot Médicis, Susana Fortes, Héloïse d'Ormesson, 9782350871547  - Leslibraires.fr

Le Complot Médicis de Susana Fortes

Quand une thésarde en histoire de l’art revêt l’imper de détective et se retrouve à faire dangereusement cohabiter la Florence actuelle et celle du XVe siècle. Hantée par La Madonna di Nievole, un portrait de la Vierge qui renfermerait un terrible secret, Ana retrace le parcours de son auteur, un peintre oublié qui fut témoin direct de la fameuse Conjuration des Pazzi, tentative manquée d’assassinat sur les Médicis qui aboutit à un massacre sans nom en pleine cathédrale florentine. Ça, c’est ce que j’appelle « faire revivre le passé »! J’ai trouvé ce roman historique intriguant et captivant, il transporte. L’écriture est fantastique, par son style et le détail soigné des descriptions, fruit d’un minutieux travail de recherche. Comme un clin d’œil à l’objet central de l’intrigue, l’autrice joue sur les palettes de couleurs pour rendre chaque nuance des environnements dans lesquels évoluent ses personnages contemporains et ceux de la Renaissance italienne. Si je ne devais faire qu’une critique, elle porterait sur la romance de l’étudiante et son vieux prof bien conservé qui fait trop penser à la recherche d’un papa/fifille de substitution. On aurait pu s’en passer. Un livre à mettre entre les mains des démotivés du Nom de la Rose et son érudition poussée à l’extrême et ceux allergiques au Da Vinci Code et sa sauce à l’américaine.

Livre: T.rex superstar, Jean Le loeuff, Belin, Sciences à Plume,  9782701197685 - Leslibraires.fr

T-rex Superstar de Jean Le Loeuff

Citons l’auteur: « Comme jadis les princesses de Monaco, T-Rex en couverture ça le fait: ça dope les ventes et, sans vouloir être goujat, c’est moins sensible à l’usure du temps ». Ok, Jean, tu as gagné: moi aussi je me suis fait prendre au piège par le thème de ce livre, mea culpa. Fermons la parenthèse et parlons du livre. Qu’est-ce qui fait le succès du tyrannosaure? son nom facile à prononcer (va dire « hylaeosaurus » sans te faire un nœud à la langue), le côté badass de ses longues dents de carnivore et sa carrière au cinéma sous la houlette d’un certain Spielberg. Sa popularité n’a pas une assise bien scientifique, en somme. Alors l’auteur a décidé de nous le présenter sous toutes les coutures, pour qu’on sache un peu qui on idolâtre vraiment. Quand je dis « toutes les coutures », je le pense! Même Lagerfeld ne maniait pas l’aiguille aussi exhaustivement: sur un plaisant ton humoristique, l’auteur en impose par la quantité d’infos qu’il a su combiner en suivant un axe chronologique (depuis la découverte des premiers mégalosaures, qui ne figuraient pas vraiment au sommaire de la bible) et en s’attardant sur le traitement du T-Rex dans les arts, les lettres, les sciences (les vraies, les sérieuses, avec des paléontologues qui savent de quoi ils parlent…ou pas), les médias, la linguistique, l’économie et même la psychiatrie (oui oui, toutes les coutures, je vous dis!). Une somme de savoirs bien touffue, qui passe aussi facilement qu’une souris dans la gorge d’un T-Rex, tant l’auteur manie le sujet en vulgarisant juste ce qu’il faut, le tout sur un ton bien loin des doctes savants qui font bailler.

Livre: Le service des manuscrits, Antoine Laurain, Flammarion, Litterature  Gra, 9782081486096 - Leslibraires.fr

Le service des manuscrits d’Antoine Laurain

Un livre qui narre l’envers des livres (parfaite mise en abyme pour faire sortir du lot ce roman). Certains ont presque besoin d’un pansement gastrique quand une lecture leur rappelle le boulot, mais moi j’ai adoré me plonger en dilettante dans ce monde de l’édition qui est mon quotidien (en moins romanesque, je ne vis pas dans une série tv). Tout l’art de l’auteur a été de faire passer l’intrigue au second plan (des meurtres commis exactement comme dans un livre à succès dont l’auteur reste introuvable, autrement dit un mystère qui vaut bien d’autres mystères littéraires) et d’ériger en véritable héros de l’histoire ce service des manuscrits d’une grande maison d’édition parisienne, avec ses lecteurs professionnels, ses loups aux dents longues et son lot quotidien de livres qui n’en sont pas encore. Sans crier au génie (cette lecture ne restera pas dans les annales), j’ai lu avec plaisir cette pseudo enquête qui n’en est pas vraiment une et qui se déroule loin des lieux-clichés propices aux énigmes policières pure souche.  

Livre: Konbini, Sayaka Murata, Denoël, Denoël & d'ailleurs, 9782207137208 -  Leslibraires.fr

Konbini de Sayaka Murata

Un anti-conte de fée qui, aussi court soit-il, en dit long sur la pression sociale que subissent les femmes (mais aussi les hommes) dans la société nippone. Konbini, c’est le nom des supérettes nippones. Keiko, c’est le nom de l’héroïne qui est un peu paumée dans un monde dont elle ne comprend pas les codes. Paumée, sauf dans son konbini où tout est codifié (très intéressant de découvrir la vie d’un employé au Japon d’ailleurs!). Mais Keiko, cette femme sans ambition qui ne cherche ni à évoluer professionnellement ni – pire – à se caser avec un gars alors que sa date de péremption amoureuse approche, dérange. Sa famille, ses amies, ses collègues. Jusqu’au jour où un marginal, tendance parasite qui se victimise, décide de s’installer chez elle. Le jeu de bascule se met en place: plus la vie de Keiko devient minable, plus son entourage est heureux pour elle, et Keiko constate amèrement qu’aux yeux des autres, un mauvais mari vaut mieux que pas de mari du tout. J’aime la littérature japonaise, qui arrive avec douceur à dépeindre des faits somme toute assez brutaux. Unique déception: je n’ai pas saisi si l’héroïne, présentée avec des troubles du comportement dès son enfance, a été choisie pour mettre en lumière que seul un regard différent sur la société ferait éclater les carcans, ou si l’autrice l’a choisie pour excuser son point de vue féministe et tiédir son propos.

Livre: Black Bazar, Alain Mabanckou, Points, Points, 9782757865088 -  Leslibraires.fr

Black Bazar d’Alain Mabanckou [abandonné]

Autobiographie d’un Congolais qui essaie de faire son nid dans la métropole française, entre son quotidien d’humain qui doit se fabriquer une vie et son quotidien de Noir au pays des Blancs et du racisme ordinaire. Je sors de cette tentative de lecture mi-figue, mi-banane plantain: j’ai aimé découvrir la culture congolaise qu’Alain Mabanckou expose autant par sa façon d’être que par ses souvenirs d’enfance au pays, mais je n’ai pas été sensible (ou alors j’ai été trop sensible) à son côté rentre-dedans qui réduit les femmes à leurs fesses et nous donne ses trucs pour aller draguer la minette dans le dos de sa femme (au moins le monsieur a le mérite d’être honnête). Pas d’alchimie, malgré le talent d’écriture que je ne remets pas en cause.

Livre : Nous avons toujours vécu au château écrit par Shirley Jackson -  Rivages

Nous avons toujours vécu au château de Shirley Jackson

Déjà, il y a le cadre: un manoir-prison dont on ne sait s’il protège ses habitants de la haine des villageois ou les emprisonne dans un tête-à-tête à devenir fou. Ensuite, il y a les personnages: Constance, qui n’aime rien moins que cuisiner, sortie innocentée sans conviction du meurtre par empoisonnement de la quasi totalité de sa famille, Mary Katherine qui, en plus d’y accueillir le lecteur, n’est visiblement pas seule dans sa tête et l’oncle Julian, petit vieux qui a perdu la boule et la santé après avoir réchappé de peu à l’empoisonnement. Vient s’ajouter plus tard Charles, pervers manipulateur et cupide. Un huis clos glaçant. J’admire ces auteurs qui arrivent à pondre des livres où concrètement il ne se passe pas grand chose à part un quotidien malaisant, mais qui au final réussissent à me faire passer par toutes sortes d’émotions. Shirley Jackson est la reine à ce jeu-là. Dès la première page, on ressent une tension, une aura étrange et oppressante qui plane et le crescendo dramatique ne fait que s’amplifier. Liens ambigus entre les personnages, non-dits et…dits mais qui ne veulent pas dire ce que l’on pense (tu suis?), l’autrice s’amuse à piéger son lecteur à sa propre imagination. Qui est victime, qui est coupable dans ce château? Un page-turner où tu n’as pas envie de savoir ce qu’il va se passer ensuite, mais ce qui s’est passé avant!

Livre: La Fortune des Rougon, Émile Zola, Le Livre de poche, biographie,  9782253161189 - Leslibraires.fr

La fortune des Rougon d’Émile Zola

Genèse d’une saga que j’ai découverte en faisant ma rebelle, avec quelques tomes lus au hasard sans souci de chronologie. Fini le papillonnage! Happée par la prose et les conventions, j’ai décidé de m’y mettre sérieusement, et dans l’ordre s’il vous plait! Voilà donc les aïeux, ceux par qui tout commence, en dignes rats de labo des ravages de l’hérédité naturelle et du milieu social sous la plume de Zola. Laisse-moi te présenter Pierre Rougon et Antoine Maquart, demi-frères, fils et petits-fils de gens qui ne tournent pas rond, à ce détail près qu’Antoine cumule aussi la bâtardise et le père alcoolique, histoire de bien démarrer dans la vie. Et bien sûr toute leur marmaille respective, sournoise, avide, fainéante, vicieuse, avec quelques bons gars par-ci par-là qui font figure de moutons noirs. Un beau tableau de famille. Mais comme un livret de famille ne remplit pas un roman de 500 pages, Zola place ses personnages au moment de la révolution de 1848, date à laquelle deux générations de Rougon sont à l’affût de la fortune par tous les moyens. Selon les caractères, ça s’insurge ou ça profite éhontément de la situation, ça présente de grandes vertus ou ça n’est que vices de petits hommes. Les gens, la période, la vie: tout est moche chez Zola. Alors, pour adoucir avant le coup de grâce, il nous offre quand-même l’idylle bien mignonne de deux jolies âmes. J’ai beau avoir aimé le traitement des personnages et la manière qu’a l’auteur de mettre directement les pieds dans le plat en termes d’injustice sociale, ce tome ne figurera pas parmi mes préférés, mais reste nécessaire pour ancrer le reste de la série.

Dans le tram par Pérez Galdós

Dans le tram de Benito Pérez Galdos [Merci aux éditions de La Reine Blanche]

Cette fois, ce n’est ni avec le chandelier, ni dans la bibliothèque (dis-moi que toi aussi tu aimes jouer au Cluedo) que le majordome a fait le coup. C’est plutôt avec une lettre de chantage…et dans un roman-feuilleton publié par un journal, que le narrateur de ce tout petit livre lit par hasard en attendant que le temps passe sur sa banquette de tram madrilène. Là où ça devient cocasse, c’est quand le majordome et tous les personnages du feuilleton se matérialisent face à lui en usagers dudit tram. Réalité ou imagination d’un homme qui a un peu trop tendance à laisser son esprit divaguer? L’auteur floute volontairement la frontière sur le fond, mais aussi dans sa forme (roman policier, philosophique, fantastique, comique? un smoothie de tout, en fait) et on obtient ce charmant petit ouvrage à lire…dans le métro (on fait avec les transports qu’on a). Une lecture qui ne laissera pas un souvenir impérissable, mais qui est sauvée par sa brièveté. Au final, c’est le « pourquoi pas? » qui l’emporte.

Amazon.fr - Sauveur & Fils Saison 5 - Murail, Marie-Aude - Livres

Sauveur & Fils saison 5 de Marie-Aude Murail

On reprend les mêmes et on recommence…pas comme avant. Un bond de deux ans dans le temps nous place d’emblée dans le rôle du curieux qui veut savoir « que sont-ils devenus? ». Un beau tour de passe-passe qui permet à Marie-Aude Murail de s’appuyer sur le socle immuable du 12 rue des Murlins (Sauveur, sa famille recomposée et ses pièces rapportées) et de quelques patients déjà connus tout en opérant un renouveau de la patientèle. Comme d’habitude, c’est frais et ça aborde pas mal de thèmes d’actualité avec intelligence et bienveillance par le biais de ce psy empathique et ouvert d’esprit qui, avec ses propres failles et limites, laisse sa cape de superhéros au placard pour se montrer juste humain. Et ça fait du bien.

Livre : Regarde les lumières, mon amour écrit par Annie Ernaux - Gallimard

 

Regarde les lumières mon amour d’Annie Ernaux

Livre très court, qui dit l’essentiel avec finesse. Les supermarchés, ces lieux que je déteste, où j’entre en pestant contre la corvée des courses, où j’erre tel un zombie en quête du rayon petits pois et d’où je sors après m’être délestée de mes euros durement gagnés. Un thème qui ne m’attire pas, en somme (si tu n’as pas encore compris, les lumières que l’autrice a l’air de montrer à son amoureux dans le titre ne sont pas de romantiques étoiles scintillantes, mais bien les néons éclairant les rayonnages). Sauf que c’est Annie Ernaux, et Annie Ernaux, je sais qu’elle peut tout me raconter, même sur des sujets pas faciles, même sur les supermarchés. Et sans surprise, ça marche: sous forme de journal, l’autrice nous partage ses impressions et ses observations sur une année de fréquentation d’un supermarché d’île de France. Au final c’est le monde et la vie qu’elle nous raconte, concentrés entre les rayons de ces lieux de consommation où se rassemblent tant de personnes disparates. Le Auchan du coin comme nouvelle tour de Babel. On n’est pas habitués à trouver Annie Ernaux sur ce terrain, et pourtant on la reconnait à chaque page avec ses questionnements sur le genre, le féminisme, la diversité ethnique, l’exploitation ouvrière, la manipulation commerciale, le rang social au gré de ses déambulations aux rayons poissonnerie ou jouets.

Point final - William Lafleur - Babelio

Point final de William Lafleur

Mouais bof. Big brother à son apogée. Pensez donc: un homme fait croire à sa mort et en profite pour espionner les répercussions sur sa famille à l’aide de caméras et de micros. Mélange de cruauté, de manipulation et d’apitoiement sur soi-même (avec une tentative de jouer les anges gardiens histoire de se dédouaner), ce type prend plaisir à jouer les espions pour ensuite balancer ses impressions sur un blog anonyme suivi par un petit groupe d’internautes. J’étais pas super à l’aise dans ma lecture, parce que l’auteur nous prend en flagrant délit: à force de condamner le père de famille-voyeur et les followers qui se complaisent dans une lecture malsaine, on oublie que nous-mêmes nous prenons plaisir à tourner les pages de ce roman. Ou alors j’extrapole. Quel est le but de l’auteur? Le fait qu’il ait eu à s’expliquer en postface prouve à mes yeux que l’histoire n’est pas assez étoffée pour se faire une opinion par soi-même. Dommage, il y avait matière. Le véritable point fort de ce roman reste le traitement d’un sujet (presque?) inédit en littérature, mais pas assez creusé. J’en sors mitigée. A lire pour l’expérience.

That’s all Folks!

Les 4 sagas que toute bibliothèque se doit d’avoir (à mon humble avis)

Apparemment sur l’Internet mondial instagramable il suffit d’aimer quelque chose pour devenir spécialiste international de ladite chose. Ayant lu plus de 5 livres dans ma vie, je vais donc me la jouer grande prêtresse littéraire (fanfaronner un brin ne fait pas de mal à l’ego). J’aime les sagas, celles qui permettent de creuser les personnages, d’être en pantoufles dans une lecture familière sur une longue période (et de vivre un deuil une fois la dernière page tournée). Du haut de mon impartialité légendaire, voici ma liste des 4 sagas (tous les trucs marchent toujours par 3 ou 5; j’ai décidé de donner sa chance au 4) à absolument découvrir:

Harry Potter - L'intégrale - 7 volumes format poche - Harry Potter - I à  VII - J.K. Rowling, Jean-François Ménard - Coffret - Achat Livre | fnac

La série des Harry Potter

JKR fait grand bruit ces derniers temps, et pas pour les meilleures choses, mais cette saga demeure à une place particulière dans mon cœur (je vais être méchante, mais je m’intéresse rarement aux auteurs, mon attention étant toute centrée sur le livre).

Je ne vous sortirai pas le couplet de la saga qui a bercé mon enfance, car ça ne serait pas vrai. J’étais déjà adulte quand j’ai découvert l’univers magique d’Harry Potter, sur les conseils d’une amie américaine. Cette saga m’a accrochée à deux niveaux : d’abord le monde magique si riche en détails, les personnages attachants, la construction du récit tout en intrigues et sous-intrigues, le phrasé et la création d’un lexique complet. Ensuite, à travers mon regard d’adulte, JKR avait le mérite de ne pas prendre les enfants pour des gamins : des thèmes très durs sont abordés, déguisés parfois bien légèrement sous un voile de magie, le traitement des personnages, qui sont avant tout le résultat de leur vécu, est incroyable ; les méchants ne sont pas toujours ceux que l’on croit, les gentils ont leurs failles. L’évolution du fond et de la forme en parallèle du lectorat qui grandit est réfléchie, travaillée.

[Harry Potter à l’école des sorciers/ Harry Potter et la chambre des secrets/ Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban/ Harry Potter et la coupe de feu/ Harry Potter et l’ordre du phénix/ Harry Potter et le prince de sang-mêlé/ Harry Potter et les reliques de la mort]

Amazon.fr - Daniel Pennac, Coffret (6 volumes) - Pennac, Daniel - Livres

La suite des Malaussène

J’aime tellement cette famille atypique et le quotidien mouvementé de Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel, mon crush littéraire du lycée. Je suis accro au style poético-métaphorique saupoudré de drôlerie de Daniel Pennac : les titres des différents tomes parlent d’eux-mêmes. C’est loufoque, totalement éloigné de notre quotidien tout en nous faisant sentir proche des personnages, une douce-dinguerie sortie de l’imagination d’un écrivain de génie (on ne touche pas à Daniel Pennac, sinon je montre les crocs). A ne définitivement PAS utiliser comme guide des prénoms d’enfant pour nommer votre petit dernier (ceux qui savent, savent !), mais la matière pour passer sans aucun doute l’un des meilleurs moments de sa vie de lecteur est là.

[Au bonheur des ogres/ La fée Carabine/ La petite marchande de prose/ Monsieur Malaussène/ Des chrétiens et des Maures/ Aux fruits de la passion]

Les éditions Gallimard lancent un vaste programme de réédition de l'oeuvre  complète d'Italo Calvino

La trilogie de Nos ancêtres

Au fil des livres, je ne retrouve jamais Italo Calvino là où je l’attends. Toujours lui, mais jamais complètement, il sait se renouveler. Pour moi, cette « trilogie héraldique » est ce qu’il a fait de mieux. Un style merveilleux (en italien du moins), et pas si daté pour ces 3 contes philosophiques tournant autour de la société. Les thèmes du bien et du mal tout aussi nocifs quand ils sont à l’excès, du rejet du carcan social, et de la déshumanisation engendrée par l’obéissance aveugle aux lois et autres protocoles sont amenés sur un ton relativement léger, au travers d’un homme coupé en deux, d’un autre vivant exclusivement dans les arbres et d’un dernier qui se trouve être invisible. Le vicomte pourfendu, quoique agréable à lire, me fait toujours l’effet d’être un brin « facile » au premier abord. Mon préféré reste le tome 2, talonné de peu par le troisième. De très beaux livres pour faire connaissance avec l’auteur.

[Le vicomte pourfendu/ La baron perché/ Le chevalier inexistant]

la trilogie des mousquetaires : Les trois mousquetaires, Vingt ans après et  Le Vicomte de Bragelonne (3 livres illustrés et commentés) eBook: DUMAS,  Alexandre: Amazon.fr

La saga des Mousquetaires

Il fallait bien que je boucle cette liste par un peu de classique. Ce n’est pas un secret, Dumas c’est ma valeur sûre de la littérature : assez classique pour paraître cultivée en société (le français légèrement vieilli, la trame historique réelle), et assez accessible pour que ça se lise rapidement (pas de masturbation intellectuelle démesurée pour suivre l’intrigue). Fait curieux : moi, la psychorigide du détail historique véridique, je n’ai aucun mal à me fondre dans cette peinture des siècles passés sacrément distordue pour convenir à ce que l’auteur a en tête. Roman-feuilleton oblige, on y trouve quelques longueurs (il fallait bien que monsieur mange) et la qualité va un peu decrescendo, mais je pardonne aisément tant le cape et d’épée a d’emprise sur moi. Aussi, Dumas réussit un tour de force : au fil des tomes, on bascule de l’aventure chevaleresque à l’intrigue politique, les héros se faisant vieillissants. Je pourrais me sentir trahie par l’auteur, mais non : l’ensemble est cohérent, comme un cycle de vie inéluctable.

[Les trois mousquetaires/ Vingt ans après/ Le vicomte de Bragelonne]

En termes de saga, j’ambitionne la lecture de la série complète des Rougon-Maquart de Zola, ainsi que du clan des Otori et d’Outlander (moi et mon foutu besoin de variété) mais mon nez truffier de la saga littéraire étant toujours en activité, si tu en connais d’autres qui valent le coup, balance les titres!

Thats’all Folks!

Bric-à-brac lectures, Août 2021

Sur la plage ensoleillée, entre les coquillages et les crustacés, j’ai lu:

Livre: Le sumo qui ne pouvait pas grossir, Éric-Emmanuel Schmitt, Le Livre  de poche, Littérature & Documents, 9782253194187 - Leslibraires.fr

Le sumo qui ne pouvait pas grossir d’Eric-Emmanuel Schmitt

Malgré le titre à rallonge style « L’indien milliardaire qui ne voulait pas fêter son anniversaire dans une armoire ikea » qui rappelle une littérature plutôt légère, Eric-Emmanuel Schmitt et son imagination débordante proposent encore une fois (c’est quoi son secret?) un livre intelligemment écrit, plein de douceur mélancolique teintée de philo. Jun, p’tit gars maigrichon de 15 ans livré à lui-même dans les rues d’un Tokyo moins idyllique que celui des cartes postales, semble avoir été taillé dans une biscotte. Mais sous son profil en 2D, Shomintsu voit un gros. Et Shomintsu a du flair: il entraîne les meilleurs sumos. Voilà Jun le coton-tige embarqué dans une école de lutteurs où il va faire la paix avec son passé et se réconcilier avec son futur. Le seul défaut de cette nouvelle est qu’elle est frustrante de brièveté, même si tout y est: originalité, zénitude et joli phrasé. Délicat comme une fleur de cerisier.

Livre: Les Mémoires d'un chat, Hiro Arikawa, Actes Sud, Romans, Nouvelles,  9782330128975 - Leslibraires.fr

Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa

Dans Au prochain arrêt, on découvrait le Japon derrière une vitre de train. Ici, il se dévoile devant le pare-brise d’un monospace. Pourtant, c’est pas le même style: la délicate poésie est terrée plus profond, sous une couche de souvenirs doux-amers d’un trentenaire faisant le tour de ses amis en vue de leur faire adopter en urgence son chat, et les commentaires pleins de saveur et de drôlerie de ce dernier, bien décidé à ne pas laisser tomber son fidèle compagnon à deux pattes. A la lecture, ça fait lourd dans son petit cœur et léger dans sa tête tant ce livre est un ascenseur émotionnel (à lire avec de quoi se tamponner la larmichette à proximité). Hiro Arikawa a le truc pour trouver des angles d’attaque hors norme pour narrer ses récits. Une très belle histoire.

Cyrano de Bergerac - Edmond Rostand - Gallimard - Poche - Place des  Libraires

Cyrano de Bergerac d’Edmond de Rostand

Quelle fougue, quel panache! Pas fan de théâtre à la base, Cyrano, sa péninsule et moi on est devenus bons copains. Le verbe est haut et châtié, mais pas imbuvable, un peu comme du Molière haut-de-gamme. L’histoire de ce porte-étendard des laids et des pas gâtés a beau être archiconnue, elle mérite d’être lue dans le texte, qui est parfaitement savoureux du début à la fin. Un classique à découvrir!

La contrebasse - Patrick Süskind - Librairie Generale Francaise - Poche -  Place des Libraires

La contrebasse de Patrick Süskind

Süskind, c’est la loufoquerie dans l’art de décortiquer son sujet. Ça démarre comme une conférence privée sur la contrebasse par le narrateur, lui-même contrebassiste… et ça finit en assassinat en règle de l’instrument par son musicien. La contrebasse comme instrument sine qua non de tout orchestre qui se respecte. La contrebasse comme source de tous les maux d’une existence. Court monologue d’un homme à moitié fou à lire d’une traite pour bien en saisir toute la progression.

Livre: Sauveur & fils / Saison 4 / Poche, Marie-Aude Murail, École des  Loisirs, Médium + poche, 9782211313896 - Leslibraires.fr

Sauveur & Fils, saison 4 de Marie-Aude Murail

Pas mon coup d’essai car figure-toi qu’avant le 4, j’avais lu le 1, le 2 et le 3! Sans surprise, si je m’obstine c’est parce que cette série est un petit coup de cœur. Ça parle de quoi? De hamsters, de gens jeunes et moins jeunes un peu paumés dans l’existence, d’à quel point c’est dur de faire tenir en équilibre une famille au lieu de vivre en berger solitaire sur le plateau du Larzac, et surtout de Sauveur, armoire à glace antillaise et psy plein d’empathie de son état. Tellement d’humanité et de bienveillance dans cette série, mais pas une seule mièvrerie. Quelques propos feel good qui enfoncent des portes ouvertes, mais au final la piqure de rappel ne fait pas de mal. Marie-Aude Murail a su trouver le bon ton et les mots justes pour aborder des thèmes que l’on épargne (à tort) au jeune public qu’elle vise: transsexualité, scarifications, racisme, suicides, etc. J’aime qu’elle se mette en danger pour raconter la vie, la vraie, aux ados.

Francois le champi - George Sand - Librairie Generale Francaise - Poche -  Place des Libraires

François le champi de George Sand

Roman d’amourS: filial, maternel, amoureux. Un champi, c’est un enfant abandonné par ses parents. François est peut-être né dans un chou, mais il est surtout né sous une bonne étoile, qui lui fera rencontrer de belles âmes pour le faire grandir. George Sand y a mis tout son vécu (son amour de la campagne, son don des affaires, son goût du socialisme, sa vie amoureuse…), ce qui rend le texte intéressant, mais elle reste sur ma liste d’auteurs que j’aimerais aimer, sans succès. Soit que son style ne me parle pas, soit que les romans champêtres ne sont pas ma tasse de thé. Je n’arrive pas à trancher.

Amazon.fr - Bleak House - Dickens,Charles, Bellanger,Aurélien,  Monod,Sylvère - Livres

Bleak house de Charles Dickens

Ma tradition des vacances d’été: trimballer une brique dans ma valise. C’est un fait: Dickens, faut pas lui demander de pondre une brochure touristique attractive pour attirer le chaland dans la capitale anglaise: rues coupe-gorge qui baignent dans le brouillard, manoir avec sa légende de triste fantôme, maisons de guingois et pauvres hères à tous les coins de rue. Par contre, on peut sans se tromper lui demander de tailler un joli costard en 2-3 phrases bien senties à ses contemporains. Je ne résiste pas à un petit florilège savoureux: « huître de la vieille école, que personne ne peut ouvrir », « la mer est généralement dure pour Sir Leicester, dont elle marbre de vert la physionomie comme un fromage aux fines herbes » « M. Quale nous demanda à Ada et moi si M. Gusher n’était pas un grand personnage (il l’était à coup sûr, en tant que volume de gélatine ; mais M. Quale voulait parler de beauté intellectuelle) ». Ces personnages, plus ou moins miteux du dedans ou du dehors selon la pauvreté de leur bourse ou de leur cœur, gravitent tous tels des satellites autour de la planète Justice. Car c’est là le thème central: la satire du système judiciaire tourné en dérision. La Chancellerie est présentée comme une pieuvre tentaculaire ridicule, dont la tête est constituée de magistrats incapables contents d’eux-mêmes et dont les tentacules balaient le reste de la populace sur leur passage, ôtant aux pauvres plaideurs leur fortune, leur espoir…et leur vie. Le fil rouge du roman est justement le procès Jardnyce et Jardnyce, démarré des décennies auparavant, étendant son ombre au-dessus d’une génération de jeunes gens qui n’en connaît plus ni les tenants ni les aboutissants. Sur le principe du « comme le monde est petit », Dickens en profite pour faire se côtoyer toute une galerie de personnages touchés de plus ou moins près par ce jugement qui tourne en rond, avec son lot de fiançailles, de vie misérable d’indigents, de contingences aristocratiques et de décès malheureux. Le tout raconté par deux narrateurs qui brisent à bon escient le rythme de narration: l’omniscient qui dresse des tableaux généraux, et l’héroïne, petite bonne femme bien gentille et serviable dont on devine qu’un secret entoure la naissance. Si tu aimes les longs pavés où les événements se distillent tranquillement, le style sophistiqué du 19è siècle truffé de tournures qui font mouche, le romanesque des rebondissements et les bouquets finaux pleins de révélations, Dickens est décidément une valeur sûre.

Livre: La Cité des dames, Christine de Pizan, Le Livre de poche,  biographie, 9782253240501 - Leslibraires.fr

La cité des dames de Christine de Pizan

Abandonné avant d’être entrée dans le cœur du sujet. Un propos féministe à la sauce 15è siècle. Très intéressant par son côté moderne, mais le soleil et la mer n’ont pas aidé à me faire entrer dans ce livre sérieux. A retenter lorsque j’aurai plus la tête à ça et qu’on aura ressorti les doudounes.

That’s all Folks!

Bric-à-brac lectures, Juillet 2021

Ce mois-ci, feu d’artifice de lectures:

Livre : Le monde caché d'Axton House écrit par Edgar Cantero - 10-18

Le monde caché d’Axton House d’Edgar Cantero

Mystère dans le grand manoir. Tu as l’impression d’avoir déjà lu 1000 livres sur le sujet? Peut-être. Mais pas raconté comme ça. L’auteur renouvelle totalement le genre en 3 idées de génie: 1) présenter le récit en alternant descriptions de caméras de surveillance, enregistrements audio, extraits d’un journal de rêves, lettres à la famille, papelards administratifs, etc. C’est volontairement déstructuré et ça fonctionne; on se croirait en train de regarder ce qui se passe au-dessus de l’épaule du narrateur. 2) Miser sur l’anachronisme en déracinant de son habitat naturel du 19e siècle une demeure victorienne comme on n’en fait plus pour en faire l’héritage d’un étudiant en géo et de sa copine muette au look punk, de purs produits des nineties. 3) Jouer à fond la carte du mystère (parce que quand-même, on est venu pour ça) en en imbriquant plusieurs: fantôme (sinon c’est pas un vrai manoir victorien); mystérieux suicides à l’identique, liés à des cauchemars qui se transmettent comme une mauvaise grippe; membres d’un pseudo club de fanas d’occultisme; mais aussi gros flou concernant les deux héros principaux dont on ne sait quasi rien. Un livre qui tient en haleine jusqu’au dénouement final (un petit quelque chose d’ésotérique/fantastique, mais acceptable pour la terre-à-terre que je suis).

Livre : Du miel sous les galettes écrit par Roukiata Ouedraogo - Slatkine &  Cie

Du miel sous les galettes de Roukiata Ouedraogo

Je me suis régalée (dis-moi que tu as compris le jeu de mot) On connaissait Proust et sa madeleine, il y a aussi Roukiata et le pancake du petit-déj de l’hôtel. Dès le premier paragraphe, Roukiata Ouedraogo joue sur l’humour et la proximité. Elle nous parle en bonne copine. Après ça, elle pouvait me raconter n’importe quoi, Roukiata: j’allais aimer la lire. Ce pancake, qu’elle mange avant d’entamer une journée marathon en tant que marraine de la francophonie, lui rappelle les galettes que sa mère faisait au Burkina Faso et, par extension, le jour où son père a été emprisonné arbitrairement. Elle raconte le parcours du combattant de sa mère pour sortir son mari de là, avec elle tout bébé, bien emmaillotée sur son dos, et en profite pour glisser mille et un détails sur la vie au Burkina. Ça a beau ne pas être une histoire drôle, il n’y a rien de tristoune: Roukiata a compris qu’il vaut mieux prendre les choses avec philosophie. Une très belle découverte qui se déguste à petites bouchées.

Livre : Les caprices de Marianne écrit par Alfred de Musset - Pocket

Les caprices de Marianne d’Alfred de Musset

J’aime pas lire du théâtre (un truc qui s’explique mi-parce que le format ne permet pas d’approfondir le propos, mi-parce que quand les personnages papotent en style direct tout du long, ça me rejette d’emblée hors du livre), mais un peu comme pour les salsifis je vérifie régulièrement que je n’ai pas changé d’avis. J’ai donc jeté mon dévolu sur cette comédie qu’on ressent plus dans le phrasé (la partie de ping-pong verbal d’Octave et son cousin dans l’acte II est fantastique) mais avec un vernis de sérieux (les propos de Marianne sur la Femme), voire carrément de tragique sur la fin. Vraiment pas emballée par cette espèce de carré amoureux où le gentil mélancolique fait face au joyeux inconsistant.

Livre : Le ventre de Paris, Les Rougon-Macquart. Volume 3, écrit par Emile  Zola - Le Livre de poche

Le ventre de Paris d’Émile Zola

Qui aurait cru que j’allais aimer qu’un auteur me parle de boudin et de moules? Un évadé de Cayenne condamné à tort tente de reprendre goût à la vie au milieu des denrées, entre critique politique et Paris populaire. « Vivant », c’est ce qui me vient en premier à l’esprit. Sous la plume de Zola, le cœur nourricier de Paris grouille de milliers de petites fourmis ouvrières qui s’attèlent aux étals, tels des enzymes s’attaquant au contenu de l’estomac (comment ça c’est la pire comparaison du monde?). C’est un écrit qui ne joue pas sur l’empathie, les personnages eux-mêmes n’étant que des « ventres », gras ou maigres selon, mais qui ne montrent ni cœur, ni cervelle. Aux halles, ça juge au tour de taille et ça agit avec les tripes, en mode métaphore filée sur 500 pages, où les personnages sont placés sur le même plan que les denrées qu’ils vendent. Maigreur des affamés et grasse opulence s’affrontent. Qui l’emportera? Le naturalisme façon Zola, c’est vraiment quelque chose (désolée, j’ai pas les mots pour vous convaincre de lire ce monument)

Amazon.fr - Le Père Goriot - Balzac, Honoré de - Livres

Le Père Goriot de Honoré de Balzac

Le Père Goriot, c’est… le père Goriot, un bon gars qui encaisse l’ingratitude comme personne et sait se mettre en 4 pour ses filles qui ne font même pas l’effort de se mettre en 2 pour lui. J’avoue que le sujet m’a fait plaisir, pour une fois que c’est l’instinct paternel qui est mis en avant. Mais Le Père Goriot, c’est aussi Eugène de Rastignac, provincial qui préfère jouer au parvenu dans les salons plutôt que réviser pour ses partiels, conseillé par Vautrin, homme mystérieux qui a tout vu, tout vécu. Goriot et Rastignac, le papa poule et le poussin tout juste sorti de l’œuf, ont tous deux bon fond mais se laisse chacun entraîner vers des pôles opposés: l’honnêteté qui ne mène à rien et la fatuité dure à entretenir. Question qualité d’écriture, j’ai toujours plaisir à lire Balzac, surtout son côté rentre-dedans quand il attaque ce qu’il n’aime pas, même s’il n’a pas l’art de me faire vibrer comme un Zola.

Livre : Lorenzaccio écrit par Alfred de Musset - Flammarion

Lorenzaccio d’Alfred de Musset

Oui, vous lisez bien: du théâtre, et du Musset de surcroît. Salsifi II, Le Retour! Il ne sera pas dit que je n’aurais pas essayé jusqu’au bout. Ma foi, ce coup-ci c’est mieux passé. Drame historique dans la Florence du XVIe siècle où Lorenzo joue double jeu entre Alexandre de Médicis, son cousin et accessoirement tyran de la ville, et les républicains pleins de bonne volonté et accessoirement tyrannisés dans la ville. Le contexte historique (même s’il est tout tordu par l’auteur) a pas mal aidé à m’intéresser à l’histoire. Du sang, des larmes, du drame et pas d’histoire d’amour neu-neu: un cocktail qui me plaît.

Angor de Franck Thilliez

Je ne suis pas vraiment une fin gourmet du thriller, tant qu’il y a du frisson et du suspense, je suis bon public. Angor a rempli le contrat. J’ai aimé l’enquête et ses ramifications, le concept de mémoire cellulaire, le fait que le mystère est pris par les deux bouts avec des enquêteurs qui investiguent en parallèle en ignorant l’existence des autres, l’équipe de policiers qui galère plutôt que ZE détective superhéros, le couple de flics apaisés et jeunes parents (ça change du cliché éculé du quinqua torturé, solitaire, roublard et alcoolo qui a tout perdu dans la vie. Notez que ce roman fait partie d’une série dont les premiers tomes, que je n’ai pas lus, présentent bien le flic Sharko en mec torturé, solitaire,…). Même si l’ensemble est bien ficelé, c’est parfois bien tiré par les cheveux (la barrière de la langue, visiblement ça n’existe pas) et ça reste très prévisible: on ne devine pas la fin dès la page 2, mais on sent arriver la révélation à chaque étape de l’enquête. Reste la satisfaction de vérifier qu’on a vu juste, ou le plaisir d’appréhender le tout comme un épisode de Columbo, mais quelqu’un en quête de gros suspense restera sur sa faim.

Amazon.fr - Les Âmes mortes - Nicolas Gogol, Vladimir Pozner, Henri  Mongault - Livres

Les âmes mortes de Nikolai Gogol

Même ma vieille édition de 1987 toute jaunie et sa typo riquiqui trouvée je ne sais plus où ne m’ont pas empêchée d’aller au bout! Pour moi, Gogol rimera toujours avec Les nouvelles de Petersbourg, grosse baffe littéraire de mon année de 1ère L qui m’a longtemps retenue de lire d’autres œuvres de l’auteur de peur d’être déçue. En version roman, le monsieur n’est pas mal non plus, mais mon gros a priori sur la question me fait mettre ces âmes mortes un cran en-dessous, même si je les recommande chaudement: finalement, les deux livres mis côte à côte offrent une belle photographie sépia de la Russie d’antan. Les gens de la grande ville dans l’un, les gens de la province dans l’autre, mais tous unis sous le joug du même fléau que Gogol dénonce: l’administration russe (qu’en comparaison, même obtenir un renseignement de ton centre des impôts sur quelle case cocher sur le formulaire reste une douce balade bucolique), ses chefs et ses sous-chefs et ses sur-chefs, ses illogismes et ses non-sens. Gogol tourne le tout en ridicule, avec ces âmes mortes, ces serfs décédés mais que le système considère comme toujours vivants. Le ton est sérieux comme dans un classique qui se respecte et drôle tout à la fois, avec ses tournures bien senties et la caricature que l’auteur dresse de ses contemporains, sans oublier ses incursions en nom propre histoire de jouer sur la captatio. Je me sens d’attaque pour lire d’autres écrits de l’auteur!

Le fauteuil hanté - Gaston Leroux - Librairie Generale Francaise - Poche - Place  des Libraires

Le fauteuil hanté de Gaston Leroux

Décidément les intrigues du papa de Rouletabille (absent dans ce livre) n’ont pris que quelques rides au coin des yeux. Ça a un petit côté réconfortant de se plonger dans ces histoires d’un autre temps qui, par leur contexte devenu désuet, deviennent sacrément originales. Leroux règle un peu ses comptes avec les Immortels de l’Académie, qui malgré leur statut tombent comme des mouches. La faute, apparemment, à un recalé de la noble institution, au nom aussi long que ses connaissances sur l’ancienne Égypte et ses malédictions. Assez court pour ne pas s’ennuyer et assez long pour fournir quelques rebondissements inattendues et un dénouement étonnant.

Les Anneaux de Bicêtre: Amazon.fr: Simenon, Georges: Livres

Les anneaux de Bicêtre de Georges Simenon

Un des grands mystères de ma vie de lectrice: trouvé par hasard dans la bibliothèque de mes parents à l’âge de 12 ans, ce long monologue intérieur d’un quinquagénaire, Parisien de la haute, aphasique et cloué dans un lit d’hôpital suite à une attaque cérébrale avait raisonné en moi. Curieuse de voir si la magie opère (opérer, hôpital: j’adore l’humour hu, hu) toujours, je l’ai relu. C’était encore mieux (avec un degré supérieur de compréhension, vu mes 25 ans d’expérience de vie supplémentaires). Le génie de faire tenir tout un roman dans un seul lieu, que dis-je, dans une seule tête, pour en faire ressortir une vérité humaine universelle. Le génie introspectif du retour sur lui-même du personnage et sa lente métamorphose. Du génie, rien que du génie, voilà le mot.

That’s all Folks!

Livres que tu peux lire à ton enfant sans te trancher les veines d’ennui avec les pages.

Ca y est, le chaos règne: ton enfant est en vacances. Tu le collerais bien devant la télé ou un jeu vidéo, mais comme un vague relent de parentalité responsable inspirée par la société et Maria Montessori remonte à la surface de ta conscience anesthésiée par tant de « môôômaaaaan » braillés à tire-larigot, tu te dis que lire un livre à ta progéniture, ça pourrait être sympa (enrichissement du vocabulaire, développement de la concentration, émerveillement de l’imaginaire, lien filial renforcé: quel parent ne serait pas ému aux larmes de découvrir tant de qualités chez son rejeton?)

Mon propre spécimen de balle rebondissante combinée boîte à meuh(-man) est âgé de 6 ans. Après avoir surmonté pendant 5 années des envies de me pendre avec un spaghetti cuit en re-re-re-re-re-re-lisant (l’enfant, c’est comme un disque rayé: il ne se lasse J-A-M-A-I-S de répéter) les imagiers (8 mots en 12 pages, achevez-moi) puis les petites histoires niaises qui enseignent la vie et qu’il faut aller sur le pot, j’arrive enfin à l’âge sympa où, en tant qu’adulte, tu commences à ne plus avoir envie de te suicider avec une rondelle de saucisson pas fraîche quand tu fais la lecture à ton enfant. Encore faut-il bien choisir. Laisse-moi être ton gourou:

Le feuilleton d'Hermès: Amazon.fr: Szac, Murielle, Duvivier, Jean-Manuel:  Livres

Le feuilleton d’Hermès de Murielle Szac

Ou comment devenir intelligent en lisant des livres pour enfants. Le Feuilleton d’Hermès se déroule sur 100 épisodes (de quoi avoir des munitions un bon bout de temps pour les lectures d’après-manger, quand c’est l’heure de la sieste mais que le rejeton pète le feu) qui font chacun 2 pages d’écriture agrémentées d’une illustration épurée (de quoi ne pas perdre l’attention des plus jeunes). Sacrément bien foutu, ce livre! Si tu es normal et que tu n’as pas en ta possession un diplôme d’études supérieures en mythologie de la prestigieuse université américaine du Mâchetachaussette, tu te perds sûrement parmi tous les membres et les liens de famille, aussi complexes et alambiqués qu’un épisode d’Amour, Gloire et Beauté. Justement: le côté didactique nécessaire aux plus jeunes permet aussi aux cerveaux rouillés des parents de se repérer enfin parmi la progéniture des Zeus. C’est un fait: les récits mythologiques sont plus gores qu’une histoire de schtroumpfs, à base de parricides et de types qui bouffent leurs enfants. Je m’attendais à un truc très édulcoré, mais bien que ce soit abordé avec délicatesse, rien n’est épargné au lecteur et c’est bien la vraie mythologie telle qu’elle est qui est présentée. (Existe aussi en version Thésée, Artémis et Ulysse]

Le grand méchant renard et Un bébé à livrer de Benjamin Renner

Ou comment se fracturer une côte de rire en lisant des livres pour enfants. Petits et grands, pour peu que le ton un brin familier ne vous gêne pas, c’est l’explosion de rire garanti. Les scenarii sont improbables et hilarants (un renard tellement faible et bon gars que la seule proie qu’il envisage ce sont des poussins encore dans l’œuf. Vous saviez, vous, qu’un poussin qui naît considère la première chose qu’il voit comme sa mère? Le renard ne le savait pas. Vous vous êtes déjà demandé ce qui arriverait si un lapin, un canard et un cochon pas bien futés décidaient de jouer les cigognes?) et des répliques cultes. Le format BD avec des dessins au style un rien griffonné passe très bien.

Little piaf de Daniel Picouly (texte) et Frédéric Pillot (illustrations)

Ou comment redécouvrir ces classiques en lisant des livres pour enfants. Parce que figurez-vous que Little Piaf n’est rien moins qu’une adaptation « aviaire » (comme la grippe) des Trois mousquetaires de Dumas. En d’autres termes, Little Piaf, c’est le D’Artagnan des moineaux. Le cape et d’épée version picoreurs de graines, c’est génialissime (surtout pour introduire un de mes romans préférés pas encore accessible pour un enfant de 6 ans). Plus de texte que d’illustrations (magnifiques néanmoins), avec des encarts explicatifs de surcroît (des fun facts, des postures d’escrimes, des races d’oiseaux, de la lithothérapie et j’en passe). Génialissime je vous dis!

Balbuzar - cartonné - Gérard Moncomble, Frédéric Pillot - Achat Livre | fnac

Balbuzar de Gérard Montcomble (texte) et Frédéric Pillot (illustrations)

Ou comment en avoir plein les mirettes en lisant un livre pour enfants. Parce que dans ce livre-ci, Frédéric Pillot laisse exprimer tout son talent (et il en a à revendre, le monsieur): des planches superbes, qui fourmillent de détails, avec une palette de couleurs incroyables. Le genre d’illustration que tu peux passer 1h à détailler. Et le texte n’est pas en reste: histoire de pirate, pour rester dans le ton enfantin. Mais pas une histoire bateau (bateau pirate, humour, hu, hu): c’est creusé, c’est truculent, c’est intelligent! Je ne me lasse pas de ce livre.

Amazon.fr - Le Petit Nicolas - Sempé, Goscinny, René, Sempé - Livres

Le petit Nicolas de Goscinny (texte) et Sempé (illustrations)

Ou comment être envahi de nostalgie en lisant un livre pour enfants. Parce que Le petit Nicolas et moi, on se connaît depuis un bout de temps et ça fait toujours un petit quelque chose de lire avec son propre mini-soi un livre qu’on lisait nous-mêmes quand on était mini. Le génie de ce livre, c’est son effet coup double: les petits se marrent à fond des bêtises de Nicolas et de ses copains qu’ils rêveraient de faire eux-mêmes, et les grands, avec leurs yeux de parents, sourient en se disant qu’en fait ils sont pas si mal lotis avec leurs propres spécimens. Phénomène surprenant: écrits il y a plus de 60 ans, à l’époque des papiers peints fleuris, de l’école fermée le jeudi et de la télé qui était un luxe, ces livres ont particulièrement bien vieilli! Il n’est pas superflu parfois d’expliquer à son échantillon de génération 2.0 le principe du téléphone à cordon, mais dans l’ensemble, ce qui se dégage de ces tomes c’est qu’un enfant restera toujours un enfant (avec sa naïveté et son goût prononcé pour les pains au chocolat et les jeux qui finissent en chamaillerie)

Les P'tites Poules et l'Art – Caracolus

Les p’tites poules de Christian Jolibois (texte) et Christian Heinrich (illustrations)

Ou comment réviser sa culture G en lisant des livres pour enfants. Tout l’intérêt de cette série de livres particulièrement sympatoche et bien illustrée, c’est que l’aspect pédagogique va un peu plus loin que « il faut bien manger sa soupe », « fait une bise à mamie » et « va sur le pot ». Au gré des tomes sont mentionnés Christophe Colomb, Galilée, Jean de La Fontaine, Molière ou les frères Montgolfier; mais aussi les légendes du Minotaure, de Baba Yaga et du Basilic; mais aussi l’usage du sucre dans la fabrication des bonbons, le processus (polluant) de teinture de tissu, etc… Les thèmes sont variés, amenés dans un registre comique, le vocabulaire est riche, ce qui permet d’apprendre de nouveaux mots, la lecture est à différents niveaux, avec des jeux de mots. Pour sûr mon fils redécouvrira cette série plusieurs fois avant d’en avoir fait le tour!

That’s all Folks!

Bric-à-brac lectures, juin 2021

Ce mois-ci, entre une canicule d’été à lire à l’ombre et un temps d’automne à bouquiner au lit (y a plus de saison ma bonne dame!), j’ai lu:

Ebook: Entre fauves, Colin Niel, Le Rouergue, Polars, 2960173816571 -  Leslibraires.fr

Entre Fauves de Colin Niel

PAL-PI-TANT (comme un cœur avant de cesser de battre). Récit à 4 voix, où Charles le lion est un roi déchu; où Martin le garde au parc national des Pyrénées, anti-chasseurs extrémiste, pourchasse ses propres proies; où Appoline, baignée depuis toujours dans la culture de la chasse, pense trophées et adrénaline; où Kondjima, éleveur de chèvres namibien, se fait un devoir au nom des ancêtres de protéger son bien le plus vital face aux prédateurs. Entre fauves, c’est un cercle vicieux qu’on ne voit pas venir, où le traqueur devient traqué. Colin Niel aborde les dérives de notre rapport au monde animal, les regards biaisés, les jugements hâtifs, en ayant l’intelligence de rester neutre, de donner une parole équitable à chacun. Rien de manichéen. Les différents points de vue font sens, interrogent, nuancent. Avec subtilité, sans chercher à convaincre, Niel rappelle que dans le grand écosystème mondial, tout le monde a ses torts. Au lecteur d’en tirer sa propre leçon. C’est très finement mené, mais était-il nécessaire de tant « anthropomorphisé » Charles, lui conférant orgueil, prévoyance, nostalgie et recul sur ses propres actes tout en minimisant le simple instinct? Le prédateur n’est pas toujours celui que l’on croit. Un texte intelligent qui donne à réfléchir.

Livre: Les mystères de Marseille, Émile Zola, Archipoche, Archipoche,  9782377358885 - Leslibraires.fr

Les mystères de Marseille d’Emile Zola

Roman-feuilleton des débuts, boulot alimentaire parce qu’un écrivain ça ne se nourrit pas de plumes d’oie et d’encre. Pas son meilleur mais qui a ses charmes, avec son esprit roman d’aventure sur fond de révolution de 1848 et d’épidémie de choléra (toi aussi, révise ton histoire de France). On y suit Marius, une bonne poire qui se démène pour faire sortir de prison son frère, un Don Juan notoire qui ne sait pas se tenir tranquille et dont on ne peut pas dire qu’il soit parfaitement innocent. Agneau pur et noble de cœur au milieu des brebis galeuses, Marius va découvrir la face cachée de sa ville: dédain de classes et dévoiements écœurants où conduisent le pouvoir, l’argent et le don pour l’escroquerie, le tout enrobé de rebondissements, de complots et d’une dose de romance pour coller au stéréotype du genre, avec une plume qui laisse deviner le grand auteur que Zola deviendra (d’ailleurs en parallèle il écrivait Thérèse Raquin. Ca pose le niveau du bonhomme). Pour qui aime Emile, ce livre fait le job et permet de se classer parmi les intellos qui connaissent même les œuvres mineures d’un grand auteur.

Le Treizième Empereur de Alexandre ALLAMANCHE - ePub - Ebooks - Decitre

Le treizième empereur d’Alexandre Allamanche

Avant, pour faire ma crâneuse, parmi les auteurs qui savaient faire revivre le passé avec brio, je citais Dumas pour l’époque moderne et Druon pour le Moyen-âge; mais il me manquait la Rome antique. La lacune est comblée en la personne d’Allamanche. Roman historique auto-publié qui ne déparerait pas dans le catalogue d’une maison d’édition traditionnelle tant la qualité est au rendez-vous. Le travail de recherche sur la période évoquée se ressent à chaque page (ligne?) : légèrement romancés par endroits, les faits historiques véridiques pullulent et c’est un plaisir d’en découvrir autant et de manière si agréable sur des sujets aussi variés que le fonctionnement du sénat, les us des armées impériales ou l’origine des gladiateurs (bonus pour les plans et autres schémas qui aident les lents du cerveau comme moi à assimiler le propos). Et l’histoire? (parce que sinon ça s’appelle un manuel scolaire) Complexe, mais toujours racontée de manière claire. Marcus Ulpius Traianus, homme droit dans ses bottes, succède à Nerva sur le trône des empereurs romains sous le nom de Trajan. Parfaitement taillé pour supporter cette charge, ses dons de commandement et sa popularité se heurteront à la hargne des Daces et aux conspirations parthes visant sa descendance. J’aime le style de cet auteur, aucun temps mort dans la narration, comme dans l’agenda d’un César de l’ancien temps. Sans compter le récit enrichi de mille petits détails qui rend le tout particulièrement visuel, réaliste et immersif, ou comment se rêver en toge, allongé sur un divan de triclinum en avalant une grappe de raisin alors qu’on est avachi sur son lit en chemise de nuit à s’enlever un reste de repas d’entre les dents. Ça fait plaisir de sortir des sentiers battus préformatés par les circuits d’édition classiques, et de se dire qu’on a accordé avec raison de son temps à un auteur qui mériterait plus de pub.

Ebook: La Peste écarlate, Jack London, BnF collection ebooks, Classiques,  2960169724422 - Leslibraires.fr

La peste écarlate de Jack London

Trois (nouvelles) pour le prix d’un! C’est Jack London: c’est viril, c’est hostile, c’est bourru, c’est au grand air par tous les temps, et c’est magnifiquement écrit. Qu’a-t-on au menu?
La peste écarlate. La peste écarlate décime tout, replongeant la poignée de survivants dans une nouvelle ère primitive. Récit post-apocalyptique avec une touche humaniste, insistant sur l’aspect cyclique de l’évolution, l’animalité de l’homme et l’humilité dont nous devrions faire preuve face à une nature qui triomphe toujours. Une forte impression d’être dans une machine à remonter le temps qui se serait détraquée: histoire d’un futur imaginaire d’au-delà d’une année 2013 fictive inventée par un auteur du 19è siècle (vous suivez?). C’est presque attendrissant de voir comme l’auteur s’est planté dans son exercice de divination (New York et Londres en plus grandes villes du monde du 21e siècle, le télégraphe et le dirigeable en outils modernes) et à quel point il a vu juste avec son histoire de virus qui change la face du monde. Construire un feu. Toujours mon don pour lire des trucs de saison: un rude homme comme on n’en fait plus affronte seul le froid polaire de l’hiver arctique. L’environnement extrême, les grands froids, l’erreur d’un instant qui en devient fatale, c’est tellement Jack London tout ça. Comment disparut Marc O’Brien. Un aperçu de l’humour (mâle) de London à base d’une bande de durs partis chercher des filons d’or dans des terres sauvages et qui tiennent visiblement pas l’alcool.

Livre: Le Journal d'une femme de chambre, Octave Mirbeau, Folio, Folio  classique, 9782070375363 - Leslibraires.fr

Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau

Mirbeau étant du genre libertaire par qui le scandale arrive, on ne tombe pas de sa chaise de surprise en découvrant la fameuse femme de chambre: Célestine a compris comment fonctionne le système et joue le jeu sans en être sa dupe. Elle se fait la porte-parole des classes sociales modestes et soumises. C’est un bulldozer qui défonce les portes des salons privés pour exposer les classes aisées vicieuses, mauvaises, avares, vaines, indécentes, sans âme (oui, j’ai du vocabulaire) qui prétendent inspirer le respect par leur fortune ou leur rang. « Malgré les parfums, ça ne sent pas bon ». Vertu et respectabilité en prennent un coup. Alternant situation présente et souvenirs passés, Célestine dresse un tableau pas bien reluisant des faux-semblants dont se parent les classes aisées. C’en serait presque comique s’il n’y avait pas des passages carrément révoltants. Par l’époque de publication et le thème central, je craignais le style lourd (c’est mon premier Mirbeau) et le ton geignard. Au final le phrasé date un peu mais pas tant que ça, et reste très vivant. Quant au propos, il n’a pas pris une ride. Toujours est-il que j’aurais bien taillé une bavette avec cette femme de chambre qui n’a pas la langue dans sa poche.

Livre: La dame en blanc , roman, Wilkie Collins, Libretto, Littérature  étrangère, 9782369145059 - Leslibraires.fr

La dame en blanc de Wilkie Collins

Qui est-elle, cette dame tout de blanc vêtue? Dangereuse folle alliée échappée d’un asile ou gentille victime en sachant trop long? Le suspense est insidieux (un peu à la Rebecca de Du Maurier), le mal dort sous son propre toit, dans le cœur d’êtres retors planqués derrière leur masque de vertu. Y a pas à dire, l’intrigue capte bien le lecteur. Je dois être une grande sensible, parce que je suis un peu triste pour ce roman: c’est ZE pionnier du livre policier, mais le filon (« mystère dans le grand manoir du 19è siècle à l’ambiance gothique, avec ses habitants qui n’ont pas l’air net ») a depuis été tellement repris qu’il se retrouve noyé parmi les autres. Du coup, le plaisir de la nouveauté est gâché et il ne méritait pas ça. Alors rend hommage à ce livre, lis-le et apprécie la plume du mec qui n’a pas copié sur les autres, lui.

Page des Libraires

Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-Joo

On a beau savoir que dans certains pays la condition des femmes n’est pas follichone (mignon euphémisme parce que sinon je vais pleurer), mais alors dans ce récit, la condition de la femme (l’universelle, celle qui transcende les frontières) elle te revient en pleine tronche avec toute sa violence silencieuse et les dégâts invisibles qu’elle peut causer. Pourtant le ton est doux(-amer), sans chouineries ni revendications brutales, les faits sont exposés clairement, sans fioritures, et parlent d’eux-mêmes. Il y a beau y avoir une note d’espoir, avec les mentalités qui évoluent et même un beau portrait de féministe sur le tard, dans l’ensemble c’est pas bien reluisant. Kim Jiyoung, c’est le symbole de toutes ces femmes qui s’abandonnent en cours de vie pour se fondre dans le moule bonne fille/bonne épouse/bonne mère et s’effacer face aux porteurs d’un service trois pièces entre les jambes. L’héroïne développe un trouble de la personnalité, métaphore des bouts de soi-même que la femme a tendance à laisser de côté (personnalité, passion, métier) pour les remplacer par de belles briques de convention sociale aptes à combler les failles de la famille et de la société. Au fil des pages, on découvre la vie de Kim Jiyoung, formatée dès l’enfance à subvenir aux besoins des mâles de la famille au détriment de sa propre personne. L’injustice d’une vie manquée, le refoulement de la jalousie, devoir toujours en faire trois fois plus pour gagner deux fois moins. Un bel aperçu de la vie de femme en Corée, et un peu ailleurs aussi.

Livre: Eleanor Oliphant va très bien, Gail Honeyman, Fleuve éditions,  9782265116511 - Leslibraires.fr

Eleanor Oliphant va très bien de Gail Honeyman

Elle le dit elle-même: Eleanor Oliphant est autosuffisante. Elle bosse, elle a son chez elle dans lequel aucune âme qui vive n’a le droit d’entrer (même le gars du compteur d’eau), elle s’alimente de denrées aptes à la garder en vie et descend deux bouteilles de vodka par weekend. C’est la règle. Un rien psychorigide, ascendant asociale, avec une intelligence hors norme. Un début rigolo, mais sous son air roman feel good le récit est plus profond qu’il n’y paraît. Car ce bouclier d’habitudes lui sert avant tout à se protéger d’un traumatisme passé que l’on découvre au fur et à mesure. Ne sortez pas votre tenue de spéléo, on ne sombre pas pour autant dans un gouffre de pathos. Au contraire: jamais Eleanor n’est réduite à un rôle de victime. Même, le récit tout en monologue intérieur la rend drôle malgré elle, à force d’intellectualiser le moindre truc et d’être constamment à côté de la plaque, ce qui est super rafraîchissant. D’autant plus que son train-train va dérailler quand son chemin croisera celui d’un chanteur de seconde zone et d’un collègue geek débraillé.

Livre: Libres ! / manifeste pour s'affranchir des diktats sexuels, Ovidie,  Delcourt, Tapas, 9782756096247 - Leslibraires.fr

 Libres! Manifeste pour s’affranchir des dikats sexuels d’Ovidie et Diglee

Sois ci, Sois ça, Soissons (rayez la mention inutile): j’accroche très peu aux propos féministes extrêmes qui remplacent les injonctions patriarcales par leur propre diktat du guide de la femme-émancipée-comme-il-se-doit. Pour mon plus grand bonheur, Ovidie et Diglee ne cherchent pas à rajouter de l’huile sur le feu du barbecue (« casser une norme pour en imposer une nouvelle n’est jamais libérateur »). Le mot d’ordre ici est: tu as le choix (bord***!), prend conscience que tes automatismes viennent peut-être bien de normes pas si naturelles que ça, fais en fonction de ce qui te correspond et RESPECT comme dirait Aretha. Bref, t’as le droit d’endosser les clichés si tu kiffes, t’as aussi le droit de les retourner comme une culotte quand t’en n’as pas d’autre de rechange. Cette philosophie de « tu as un cerveau, utilise-le pour prendre tes propres décisions » me parle. Partagé en divers thèmes, le texte est à chaque fois concis, avec une langue déliée, moderne, sans tabou et trouve un bel équilibre avec les illustrations drôles et révélatrices en forme de BD.

Saga - Tonino Benacquista - Babelio

Saga de Tonino Benacquista

Quand une bande de scénaristes sur le carreau se retrouve à bosser ensemble pour pondre une série tv destinée à être diffusée au beau milieu de la nuit et qui, contre toute attente, trouve son public (pas la peine d’être devin pour le voir venir. Quel auteur parviendrait à broder 500 pages sur des scénaristes has been?). Mais le succès peut être un piège et l’engrenage se met en branle. Aussi, quand les 4 scénaristes délicieusement insolents se voient dépossédés d’une Saga promise à passer au rouleau compresseur du polissage, style propagande d’État, ça se rebelle! C’était sans compter le pouvoir d’identification du petit écran… Au cœur de la sitcom fictive comme dans ce roman bien réel, ça part en cacahuète. Si la première moitié, fraîche, fluide, drôle (pas de quoi se fêler une côte mais la trame « bande de créas lâchés en pleine nature » est sympa), reste ancrée dans le réel, la seconde, moins vraisemblable, s’essouffle. On n’est clairement pas dans la dénonciation du côté obscur des médias et de la précarité des intermittents: si vous cherchez une bonne lecture de plage pour cet été, allez-y.

Livre: Le Bouc émissaire, roman, Daphné Du Maurier, Le Livre de Poche,  Littérature & Documents, 9782253176701 - Leslibraires.fr

Le bouc émissaire de Daphné du Maurier

Je choisis rarement un livre sans l’avoir passé au crible de la 4è de couverture et d’une analyse croisée des commentaires du net (moi, cinglée?) mais Daphné du Maurier, j’y vais les yeux fermés. Parce qu’avant moi un certain Hitchcock avait déjà repéré son talent. Parce qu’en 3 livres elle ne m’a encore jamais déçue. Parce qu’avant d’être une histoire, c’est aussi un style où l’atmosphère oppressante tient le premier rôle. Ici, ça n’a pas raté. John et Jean, deux faces d’une même vie, l’Anglais seul et modeste, le Français riche et entouré. Lorsque les deux faces se rencontrent et s’inversent, John endosse contre son gré l’identité de Jean. Mais passé le moment d’impunité de faire toutes les folies au nom d’un autre, la farce se fait dangereuse. Les répercussions du mensonge sont véritables. John, c’est le pendant de Rebecca: une bonne âme, perdue dans un milieu inconnu dont les secrets pèsent lourds. D’ailleurs, sur le podium des meilleurs écrits de Du Maurier, je place sans hésiter Le bouc émissaire sur la première marche au côté de Rebecca.

L'amie prodigieuse - Elena Ferrante - Gallimard - Grand format - Place des  Libraires

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

Je suis tombée dans le piège de l’attente démesurée. Ce n’est vraiment pas nul, mais c’est loin du bouleversant phénomène littéraire que j’espérais. Ca se lit bien, mais le style ne nous tire pas des larmes par sa beauté. Gros point positif: la description d’un quartier miséreux du Naples des années 50, où tout n’est que violence et guerre intestines. Les familles sont malveillantes, les jalousies sont féroces, les vengeances sont brutales, les mots sont durs, les trafics sont nombreux, les hommes sont machos. Dans les quartiers mal famés de Naples, on est pauvre de cœur et pauvre d’argent. Et j’ai aussi aimé le parallélisme des deux parcours distincts, entre celle qui accède à des études inespérées et celle qui doit se cantonner à son chemin tout tracé par des siècles de tradition patriarcale, les deux aspirant chacune à ce que l’autre possède et se créant respectivement une amie « prodigieuse ». Les commentaires lus par-ci par-là ne mentionnent pas le double sens de prodigieux (« capable de prodiges par son intelligence ») qui pourtant se devine facilement, et n’insistent que sur la belle amitié de deux amies d’enfance. Je me suis peut-être fourvoyée, mais j’attendais une touchante histoire de sororité et j’ai découvert une amitié déséquilibrée par le rôle dominant de l’une sur l’autre, la narratrice se définissant constamment à travers cette espèce d’idole qu’elle s’invente, jalouse et surpasse tour à tour. C’est pas mal de trouver autre chose qu’une franche camaraderie sans nuage, mais posé à plat, et écrit de manière à ne jamais susciter l’empathie envers les deux fillettes (je me suis sentie impliquée à peu près autant que quand une mamie me raconte la grossesse de sa bru, à l’arrêt de bus), ça rend cette amitié toxique. Au final je n’en tire ni plaisir, ni déplaisir.

Livre: Au prochain arrêt, Hiro Arikawa, Actes Sud, Romans, Nouvelles,  9782330150129 - Leslibraires.fr

Au prochain arrêt de Hiro Arikawa

Une petite perle, comme à chaque fois que je me lance dans un livre japonais. Toujours des perspectives nouvelles (« Le héros de ce roman est la ligne Hankyū Imazu, l’une des moins connues du réseau Hankyū »), de la tranche de vie joliment décrite, épurée, raffinée, même dans son quotidien le plus…quotidien. Au rythme des arrêts, toute une galerie d’usagers de la ligne se croise, se frôle, se parle parfois. Les montées et descentes des uns et des autres provoque un effet domino, mais des dominos disposés en rond car le récit, divisé en deux parties (l’aller…puis le retour, 6 mois plus tard), s’attache à creuser chaque personnage, un morceau de leur vie et leur influence sur les autres. J’ai aimé ce stratagème d’utiliser un voyage en train comme excuse pour offrir un aperçu du Japon et de ses habitants, comme à travers la vitre d’un wagon. A défaut de partir en vacances…

Ratatouille ordonnée de…

… Mes bouquinages

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Un volcan d’amour pour l’Auvergne

J’aime les vaches (Et le Pulitzer de la phrase d’accroche est attribué à…). Il y en a qui ressentent l’appel de la mer et vont en Bretagne, moi je ressens l’appel de la vache et je vais en Auvergne.

A ce nom d’Auvergne, le ventre crie « aligot », les yeux revoient défiler les paysages, le cerveau du littéraire intello a envie de relire Astérix et le bouclier arverne (ben quoi ?)

En Auvergne, on prend de la hauteur

Sommet du Puy de Dôme ou du Puy Mary, plateau de Gergovie (1-0 pour Vercingétorix), château de Murol (majestueuse ruine, avec ses étendards qui claquent du haut de son promontoire et ses fauconniers et comédiens qui vous font revivre le quotidien d’autrefois) : la vue est toujours dégagée !

Mais parfois la surprise n’est pas tant au sommet qu’à l’intérieur. S’impose alors une petite visite aux grottes de Jonas (cité troglodyte) à Saint-Pierre-Colamine et au volcan à ciel ouvert de Lemptégy (qu’on préfère éteint, tant qu’à faire. Visite ultra intéressante, contrairement à Vulcania, trop propre sur lui et trop artificiel à mon goût, avec son nom d’épouse du capitaine Spock. Les énormes blocs de roches retrouvés à plusieurs kilomètres du lieu suffisent pour se rendre compte de la puissance d’une explosion de lave.)

En Auvergne, on communie avec la nature

Certes, on ne peut pas rater les volcans, mais l’Auvergne c’est aussi de l’eau. Et c’est pas Volvic (intéressante visite de l’espace information d’ailleurs) qui dira le contraire. Entre les lacs (les badass d’origine volcanique comme Pavin ou Chambon, ou Aydat, le plus grand de la région), les sources (très jolie balade en forêt à la découverte de la source de la Jordanne), les cascades (celle de Voissières mais surtout celle de Salins derrière laquelle il est possible de se faufiler), l’impressionnant viaduc de Garabit et le barrage de Grandval, le glouglou de l’eau n’est jamais loin.

En Auvergne, on… ben on habite

Parce que oui, les paysages sont grandioses, mais il y aussi des villes avec des vrais gens qui y vivent. Au cours de ma tournée triomphale dans la région, je suis passée par Chaudes-Aigues (et sa source du Par naturellement à 82°), Issoire (les jolies maisons colorées, son église imposante, sa tour de l’horloge qui offre une vue imprenable), Saint-Flour (ambiance gothique, Jésus-Noir et légende de la main de Saint-Flour compris. Tellement beau), Murat (pure cité médiévale), Saint-Floret (classé « un des plus beaux villages de France), Saint-Nectaire (où curieusement on s’extasie plus sur la magnifique basilique entièrement blanche que sur les fromageries), Clermond-Ferrant (je ne me prononce pas, je n’ai fait qu’un passage éclair pour visiter la cathédrale) et Salers (retenez ce nom : les maisons anciennes en pierre, la saucisse, les vaches : tout ce qui s’appelle Salers vaut le coup !) : absolument aucun de ces endroits ne m’a déçue et chacun a son caractère propre.

En Auvergne, on mange bien

Et là je pense que je touche la corde sensible de tout le monde. Quand je débarque quelque part, je découvre d’abord et avant tout avec mon estomac. L’Auvergne, c’est une valeur sûre : les saucisses, comme je disais plus haut, mais accompagnées d’aligot, la truffade, la gentiane, le punti aux pruneaux et le fromage, non mais LE FROMAGE ! Cantal, fourme d’ambert, Saint-Nectaire : si, comme chez moi, ces noms sonnent à vos oreilles comme une douce poésie, la visite d’une fromagerie s’impose. J’ai d’ailleurs percé le secret du saint-nectaire au cours d’une superbe visite guidée à La Pouzière.

Alors efface-moi de ce visage ce désespoir de ne pas pouvoir partir à l’autre bout du monde cette année sous peine de revenir en toussant comme un tuberculeux du 19è siècle et dis-toi qu’il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour en avoir plein la panse et les mirettes!

Arabir!*

[Cet article est sponsorisé par les fréquents arrêts pour aller caresser les vaches. Je ne parle que de ce que j’ai vu et appris sur place, avec toutes les lacunes et les erreurs que cela peut comporter. N’étant pas docteur ès instagram option filtres et retouches, mes photos ne sont pas de la meilleure qualité. Je le sais et je le vis très bien.]

« au revoir » en patois auvergnat. A ce qu’on m’a dit…

Bric-à-brac lectures, mai 2021

En mai, j’ai lu ce qui me plaisait (Ou pas. Ou bof)

Brocéliande par Jean-Louis Fetjaine | Littérature | Fantastique/SF/Horreur  | Leslibraires.ca

Brocéliande de Jean-Louis Fetjaine

Suite et fin du Pas de Merlin (toujours mieux de lire les deux pour avoir l’histoire complète). Fantasy historique. Autant le premier tome était plus historique que fantasy, autant celui-ci est plus fantasy que historique. Certes, on retrouve cette ratatouille de clans, de batailles et de noms-qui-défient-la-raison propre à l’Angleterre et à la Bretagne pré-moyennageuses (et dont l’auteur arrive à nous démêler les fils avec brio), mais l’accent est mis davantage sur la quête de ses origines au cœur de la forêt de Brocéliande par Merlin. Aimant plus le pan historique que l’imaginaire fantasy, j’avoue avoir préféré le tome 1, même si la sympathie que Merlin et le père Blaise m’ont inspirée (malgré la persistance rétinienne des acteurs de Kaamelott qui n’ont rien à voir avec la vision de Fetjaine) m’a fait apprécier la lecture. En somme: contente de l’avoir lu mais je n’approfondirai pas les livres de ce monsieur.

Kitchen de Banana Yoshimoto - Poche - Livre - Decitre

Kitchen de Banana Yoshimoto (suivi de Moonlight shadow)

Décidément, le Japon est une mine de lectures extra-ordinaires: après le fameux Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro adapté au cinéma (est-ce une manière détournée de vous inciter à le lire? oui), La formule préférée du professeur de Yoko Ogawa centré sur un mathématicien sans mémoire (est-ce une manière détournée de vous inciter à le lire? oui) ou L’annulaire, nouvelle quasi fétichiste, de la même autrice (est-ce…), c’est de nouveau le jackpot avec l’histoire de Mikage, jeune femme douce et décalée qui doit faire face à la mort des gens auxquels elle tient le plus (parents partis trop tôt, grands-parents aimants, puis Eriko, transexuelle au grand coeur l’ayant recueillie) et qui trouve son salut en cuisine. Idem pour Satsuki, l’héroïne de la nouvelle Moonlight shadow, qui tente de survivre au décès de son petit-ami avec l’aide de son beau-frère, qui lui-même s’habille avec les vêtements de sa propre petite-amie décédée. Rien de lugubre, juste des gens qui font ce qu’ils peuvent pour sortir la tête de leur cauchemar, la sensibilité de l’autrice a tôt fait de transformer ces deux tristes nouvelles en bouffées d’espoir. Histoires de deuil un peu contemplatives, beaucoup introspectives, passionnément résilientes. Comme aux fourneaux, l’autrice a su mettre sur la balance de cuisine la juste dose entre le trop et le trop peu du discours. Très belle découverte.

Livre : L'anomalie écrit par Hervé Le Tellier - Gallimard

L’anomalie de Hervé Le Tellier

Vous savez comme souvent les séries tv françaises font pâle figure à côté des séries américaines? Ici, c’est pareil: un bon potentiel de page turner mais avec un goût d’artificiel et de forcé trop prononcé, comme les rires préenregistrés dans les épisodes jeunesse d’AB Productions, dans les années 90. Malgré son Goncourt étalé tout partout sur la couverture, je lui ai trouvé trop de défauts. Le premier tiers du livre n’est qu’un catalogage de personnages aux profils variés avec pour seul fil rouge piquant un peu la curiosité le fait qu’ils aient partagé un vol commun mouvementé (Pas la peine de s’attacher à eux: ils n’auront droit chacun qu’à 2 ou 3 chapitres tout au plus). On finit par se lasser des présentations et à s’ennuyer d’attendre une révélation qui ne vient pas. Quand celle-ci arrive, la porte s’ouvre sur de la science-fiction. Soit. Mais l’auteur en fait trop, de nouveau: une science-fiction qui frôle l’absurde, du tacle politique à grosses ficelles, trop de personnages, trop de longueurs qui n’ont l’air d’être là que pour que l’auteur étale sa science en nous bombardant de citations et de références. N’est pas Umberto Eco qui veut, dans le genre érudit-philosophe; comme son double fictif dans le récit, Hervé Le Tellier se démène beaucoup pour un résultat bien sans plus. Moins de personnages et des vies plus creusées dans « l’après phénomène » aurait peut-être sauvé l’ensemble, qui sait. Bref, ça se lit par curiosité, mais ne vous laissez pas avoir par le phare du Goncourt qui clignote au loin…

Livre : Pierre et Jean écrit par Guy de Maupassant - Le Livre de poche

Pierre et Jean de Guy de Maupassant

Instant psy: j’ai vécu un traumatisme au collège en lisant Boule de suif. Hypocrisie, bassesse, dédain des personnages: une vision de l’humanité que la petite jeunette que j’étais n’était pas prête à encaisser. Alors je me suis cantonnée aux écrits fantastiques de Maupassant. Depuis, j’ai eu le temps de me faire une idée sur pièce de mes congénères et il était temps que j’en fasse de même avec les autres écrits du monsieur. Qu’avons-nous là? De la jalousie fraternelle, du « il en a plus que moi c’est pas juste » version grands garçons. Maupassant construit volontairement deux frères que tout oppose, du physique au tempérament, les place en situation de déséquilibre (un des frères fait un héritage) et s’amuse à disséquer l’état d’esprit du laissé pour compte. Désœuvrement, espérances déçues, colère, soupçons, haine, cruauté, désespoir: un crescendo de la gamme de la jalousie finement mené, et toujours dans le cadre d’une Normandie du 19e siècle que Maupassant décrit si bien. Guy et moi, on n’a plus besoin de se faire des frissons pour s’apprécier.

Les secrets - Andrus Kivirähk, Clara Audureau - Le Tripode - Grand format -  Place des Libraires

Les secrets de Andrus Kivirähk

Petite bulle poétique estonienne. C’est en découvrant au fil des pages des illustrations aux traits enfantins lors de mon premier contact avec le livre que j’ai compris qu’il s’agissait d’un roman jeunesse (je ne m’étais pas méfiée, les autres écrits du monsieur sont à destination des adultes, et tout aussi excellents). Malgré ce détail, je peux vous dire que j’ai aimé retrouver l’imaginaire débridé de Kivirähk. Dans ce livre, adultes et enfants plongent chacun à sa manière dans son propre monde: pays merveilleux truffés d’animaux à sauver, ciel empli de nuages-ballerines, stade où briller comme un champion, château de reine, vie sous-marine… Finalement, seul le ronchonchon monsieur Mouton sans imagination en pâtit dans cette histoire. Une belle métaphore de l’imagination à cultiver et des jardins secrets à entretenir. Pour qui a plus de 10 ans et veut découvrir cet auteur, je conseillerais néanmoins plutôt L’homme qui savait la langue des serpents pour un premier contact.

Amazon.fr - Bouvard et Pécuchet - Flaubert, Gustave - Livres

Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert

Pour une fois que je lis du Flaubert, il fallait que je jette mon dévolu sur celui qui n’est pas fini (mais peut-on en vouloir à quelqu’un qui ne finit pas son travail parce qu’il est mort? Vous avez 3h, calculatrice et pendule de newton interdits. A sa décharge, Flaubert avait quand-même laissé une ébauche de scenario qui révélait son grand final). Flaubert se moque de la vanité humaine par une belle satire des hommes qui se croient plus savants que les savants après 2 lectures sur le sujet. Il aurait pu tomber dans le poncif moralisateur, mais son génie réside dans le choix de ses personnages principaux, Bouvard et Pécuchet, deux messieurs d’un certain âge copains comme cochon qui sont l’incarnation même de la bonne intention: ils veulent tout apprendre, tout connaître. Alors ils lisent, ils expérimentent; agriculture, médecine, religion, archéologie, philosophie, linguistique… tout y passe. En soi, c’est louable. Mais parfois l’intention ne suffit pas, et les deux compères qui n’ont pas les épaules pour et ne doutent de rien, vont d’échec en échec. Fiers et ridicules, nos deux héros apportent une touche comique à l’ensemble. Quant au pan stylistique, la lecture est fluide, on lève les yeux au ciel en lisant les péripéties des personnages, on aime se moquer d’eux, même si au fond on sait que parfois on est un peu pareil. J’ai apprécié la forme de « petit dico des savoirs du 19e siècle » que prend ce roman, autant dans le propos que dans les intéressantes notes de bas de page de mon édition (en me gardant bien de me croire spécialiste de la chose…) mais comme à chaque fois avec Flaubert, l’écriture ne capte pas totalement mon intérêt. Je n’ai pas ressenti le frétillement d’impatience de reprendre ma lecture après une pause. Ceci ne concernant que moi, je vous encourage quand-même à le tenter!

Le mystère d'Edwin Drood | Lisez!

Le mystère d’Edwin Drood de Charles Dickens

Décidément, je suis abonnée, parce que là encore on nage en plein mystère, c’est le mot, vu que Dickens aussi a eu la mauvaise idée de mourir avant de terminer son feuilleton. Et même pas un p’tit indice sur le dénouement qu’il avait prévu (conclusion: Flaubert était plus prévoyant que Dickens). Une bonne âme (le traducteur) a essayé d’avancer une piste en fin d’ouvrage, mais bon, c’est pas du cru (même si je lui reconnais le mérite d’avoir sacrément bien imité la plume de l’original). C’est bête: pile poil au moment où Dickens s’essayait à un nouveau genre: jeu de chaises musicales amoureux, soupçon de meurtre, disparition inexpliquée. Le « style Dickens » reste quand-même bien palpable: atmosphère feutrée de l’Angleterre du 19e, personnages bien campés et critique de la société à travers les haut-placés qui en prennent pour leur grade. Par contre, pas de fresque historique avec personnages à foison éclatés sur le territoire: ici, le nombre restreint de personnages se concentre dans une petite ville qui ne paie pas de mine, avant que l’action ne se transporte tout entière à Londres. Mis à part le détail du dénouement que l’on ne peut pas vraiment reprocher à l’auteur, c’était malgré tout bien sympa de ne pas retrouver l’auteur exactement là où on l’attendait.

Livre : Le colonel Chabert écrit par Honoré de Balzac - Pocket

Le colonel Chabert de Honoré de Balzac

La plus magistrale dégringolade sociale que j’ai eu l’occasion de lire. Un poissard comme on n’en fait plus, le colonel! Laissé pour mort dans un charnier lors d’une guerre napoléonienne, sa véritable bataille se déroulera contre la société. « Ressuscité » après de longs mois de convalescence, il découvre que sa vie ne lui appartient plus: sa femme s’est remariée et dispose à sa guise des biens hérités de son « défunt » mari. Comment alors récupérer sa vie d’antan? Critique de l’implacable système judiciaire, critique de la haute société où tous les coups sont permis pour se faire sa place au soleil, c’est cynique et dramatique, la bonté et la gentillesse étant impitoyablement broyées. La condition humaine dans toute sa splendeur.

Livre : Le seigneur des anneaux écrit par John Ronald Reuel Tolkien - Pocket

Le Seigneurs des anneaux de J.R.R. tolkien

Bravoure et testostérone. Lis l’avis de Moi, fille de Mon Père, reine du Royaume à l’Est du Périph’ (si t’es pas un initié, tu peux pas comprendre). Enfin le courage m’est venu de lire ce pavé aussi haut que la tour d’Isengard (et même pas un vieux barbu pour m’y pousser, notez bien). Originalité de l’histoire et fluidité de l’écriture à la puissance 1000! Douze ans de dur labeur pour que Tolkien crée ce beau bébé de 1500 pages. Ca valait le coup de suer: un univers élaboré au cordeau, avec un tissage complexe de liens entre différentes races et un passé réfléchi sur des millénaires; le sens du détail à son paroxysme (je ne reviens pas sur les systèmes linguistiques mis sur pied de a à z par Tolkien); et du suspense à son comble, des personnages tous intéressants à leur manière (contrairement au Frodon mou du genou des films) qui évoluent dans des décors grandioses décrits à la perfection. Malgré un monde peuplé d’orques, d’uruks et autres bestiaux vaguement humains, Le Seigneur des anneaux ne se lit pas en gardant conscience d’être avachi dans son fauteuil. Que nenni: on s’immerge, on s’attache aux stresse pour les personnages, on plonge tête la première dans cette Terre du Milieu que le format roman-fleuve nous laisse le temps de considérer comme notre chez nous. D’aucuns bouderaient la modification, dans la traduction de Daniel Lauzon, de certains noms propres presque passés au patrimoine de l’humanité (foin de « mon précieuuuux » et de Saquet. Ici c’est « trésor » et Bessac), perso j’ai réussi à passer outre sans mal. Et la snobinarde qui clame toujours haut et fort que « les livres, c’est têêêêllement mieux » avec un petit air suffisant? Elle en dit quoi la snobinarde? Et bien la snobinarde ferme son clapet: à quelques omissions et raccourcis près, les films respectent totalement les livres (il faut dire qu’avec une trilogie qui te remplit tes soirées sur 2 semaines, Peter Jackson pouvait se permettre d’être fidèle aux détails) mais il n’empêche (relou en approche) que le point de vue omniscient du narrateur permet une bien meilleure compréhension des personnages et que même si les effets visuels sont parfaitement réussis, s’immerger à son rythme à la lecture des descriptions de Tolkien reste incomparable. Non, en fait: TOLKIEN est incomparable.

Livre: Malamute, Roman, Jean-Paul Didierlaurent, Au Diable Vauvert,  Litterature Gen, 9791030704198 - Leslibraires.fr

Malamute de Jean-Paul Didierlaurent

(gracieusement offert par babelio). On lit deux romans d’un auteur (Le liseur du 6h27 et Le reste de leur vie), et on croit le connaître. Son écriture, avec son sens de la formule, ses métaphores bien trouvées, sa justesse dans la description des petits riens du quotidien et son verre à moitié plein, qui fait dire que oui, la vie est dure parfois mais on peut y trouver de la pépite de bonheur par-ci par-là. Bref, je croyais connaître ses romans, réconfortants comme une brioche sortie du four. Et là paraît Malamute. Le réchauffé, il ne connaît pas, le Jean-Paul: il m’a bien prise à rebrousse-poil (de chien)! On retrouve la joliesse (oui, la joliesse: j’avais envie d’écrire ce mot, laissez-moi) de son style, mais la bienveillance a été remisée au placard. Roman noir pour paysage immaculé. Telle une boule de neige qui roule et grossit, le récit va en s’assombrissant. Huis clos entre un vieil homme au lourd secret, une jeune femme en quête de ses origines et un jeune homme qui se reconstruit après un drame: trois âmes solitaires dont le sombre fil qui les unit va se faire jour au fur à mesure du récit et des pages d’un ancien journal intime. Le tout sur fond de blizzard vosgien quasi surnaturel et avec l’ombre d’une bête mi-loup, mi-malamute (et re-mi-loup derrière. Vous avez la référence?) Je n’attendais pas cet auteur sur ce terrain (enneigé). Une vraie belle lecture, d’un auteur qui sait se renouveler. 

That’s all Folks!

J’ai testé pour vous: critère insolite pour choix de lecture #4

Manque d’inspiration quant au choix de ta prochaine lecture? Aucune couverture n’attire ton œil, aucun titre n’attise ta curiosité, les noms des auteurs proposés sont toujours les mêmes? Aujourd’hui je te propose:

Lire des livres dont tu n’assumerais pas la couverture en public

Pour toi et pour la science, j’ai tenté l’expérience (sacrifice, don de soi, je suis formidable je sais je sais). Le ridicule ne tue pas, j’en suis la preuve vivante.

Amazon.fr - L'art de péter - Hurtaut, Pierre-Thomas-Nicolas, De Baecque,  Antoine - Livres

Funèbres! Tour du monde des rites qui mènent à l’autre monde de Juliette Cazes

[parce que certains titres attirent l’œil]

Un très beau livre dont le titre te colle d’emblée soit une aura de tueur en série, soit une aura de dépressif suicidaire. En un sens c’est bien dommage que la couverture de cet ouvrage soit faite pour attirer des ados gothiques en mal de sensations macabres, car il s’agit en réalité d’un volume écrit par une anthropologue passionnante et passionnée qui dresse un état des lieux (non-exhaustif) de diverses manières de « vivre la mort » à travers le monde. Un ouvrage très enrichissant, étayé et rigoureux, malgré le thème qui laisse songeur.

Amazon.fr - PO-LITTLE BOOK OF BIG BREASTS - Hanson, Dian - Livres

The little book of big breasts de Dean Hanson

[parce que les photos porno chic ne trompent personne]

Vous avez le titre. Vous avez l’image. Rien d’autre à ajouter. Feuilleté dans un rayon de librairie, il s’agit surtout d’un catalogue de photos qui se font plus ou moins passer pour de l’art (le noir et blanc a bon dos, parfois), mais relève plus de l’érotisme au vu de l’expression aguicheuse qu’affiche la plupart des modèles.

Amazon.fr - La Part de l'autre - Schmitt, Eric-Emmanuel - Livres

La part de l’autre d’Eric-Emmanuel Schmitt

[parce que certains visages ne rappellent de bons souvenirs à PERSONNE]

Ne vous méprenez pas: ce roman est une pépite! Mi-biographie romancée, mi-exercice d’imagination. J’aime beaucoup la plume de cet auteur, et surtout j’aime sa façon de se mettre en danger en abordant des sujets casse-gueule, ce qui n’est rien de le dire (comme ). Plus qu’un roman, c’est surtout une réflexion poussée sur le thème « Que ce serait-il passé si…? » qui ne dédouane en rien les tristes faits du personnage ayant existé. J’avoue avoir lu ce livre exclusivement chez moi, ayant trop peur qu’à l’extérieur on me colle une étiquette.

Critère totalement hasardeux de la couverture qui fait honte passé au crible d’une totale non-objectivité: VALIDE! L’habit ne fait pas le moine: souvent trompeuses et recelant des bijoux, les couvertures choquantes (et donc plus vendeuses) n’en disent pas si long que ça sur leur contenu. Ne reste que ta propre force intérieure pour assumer, ou non, en public.

Bric-à-brac lectures, avril 2021

En avril, mes doigts pleins d’oeufs en chocolat fondu ont fait des taches sur:

Livre : Les rois maudits écrit par Maurice Druon - Plon

L’intégrale des Rois maudits de Maurice Druon

Si tu cherches des romans historiques style Alexandre Dumas, mais version moyen-âge et avec un style peut-être un brin plus fin, sache que cette intégrale a tout pour susciter des vocations de prof d’Histoire. Je ne vais pas m’attarder sur les 7 tomes/1500 pages, mais disons que ça démarre avec Philippe le Bel qui se fait maudire sur 13 générations par le Grand-Maître des Templiers, en train de cuire sur son bûcher après avoir avoué sous la torture tout un tas de trucs d’hérétiques (c’est succinct comme résumé). De là moult péripéties, trahisons, couronnements, jeux d’échiquiers politiques, manigances etc… le tout raconté d’une main de maître par Maurice Druon (et son escouade d’auteurs anonymes) qui gère son sujet, sait prendre de la hauteur par rapport aux faits et les restitue de manière à ne jamais te faire relever le nez de ton livre. Alors certes, ce qui ne sont que des présomptions de l’Histoire (meurtre, empoisonnement…) deviennent ici certitudes, pour plus de romanesque (ceci dit, on est plus sur de la stratégie politique des hauts sommets que du duel de mousquetaires en pleine rue, forcément, il fallait bien trouver quelque chose pour capter l’intérêt du lecteur). Le Moyen-âge, époque où la violence prédominait et où la mort était partout, est loin d’être romantisé, alors si tu as le cœur sensible il faudra s’accrocher, mais ce serait dommage de passer à côté d’une telle œuvre, ne serait-ce que pour réviser ses rois de France (tu te rappelais de Jean II, toi?). 

Livre : Amazonia écrit par James Rollins - Pocket

Amazonia de James Rollins (lecture commune avec Morgane de Des lignes et des Mots)

Une histoire de pandémie mondiale et mortelle, histoire de me changer du quotidien. Sauf que là ça ne vient pas d’un pangolin chinois mais d’un homme porté disparu depuis 4 ans venu mourir de multiples cancers agressifs dans un village de la jungle amazonienne. On se retrouve à suivre une expédition qui va de mystère en mystère, avec des morts violentes en pagaille. Amazonie, terre hostile. Vraiment bien écrit, dans le genre page turner. Les personnages sont tous crédibles, et la seule critique que je ferais porte sur le traitement des personnages féminins: médecin compétente, linguiste surqualifiée, robuste rangers, sorcière talentueuse, toutes, TOUTES, sont avant tout décrites comme belles et sexy, à croire que Rollins nous fait partager ses plus intimes fantasmes. Hormis cela, difficile de reprendre haleine tant la surenchère de rebondissements est présente (pour résumer, l’action démarre page 2 et se termine à 3 pages de la fin), l’auteur nous emmène vers l’inattendu, les effets de surprise sont plaisants, l’adrénaline monte en même temps que celle des personnages. Bonus non négligeable, on sent le travail de recherche en amont (on en ressort avec plein d’infos intéressantes sur le fonctionnement dans la jungle, les particularités de certaines espèces animales et végétales, de quoi briller en société visioconférence)

Livre : Cookie monster écrit par Vernor Vinge - le Bélial

Cookie Monster de Vernor Vinge

Chez Belial, j’avais trouvé et étonnamment apprécié L’homme qui mit fin à l’histoire. J’ai voulu voir si c’était un coup de bol ou non, alors j’ai pioché un autre livre de cette maison d’édition, en choisissant ce titre parce que manger des cookies, c’est ma vie (don’t judge). Au final, on part plus sur du cookie informatique (ceux-là aussi, je m’en mange). Ce récit a une construction surprenante, presque abyssale, où à chaque chapitre on s’enfonce un peu plus dans le cauchemar numérique. J’y connais rien en hard SF, en intelligence artificielle et en « singularité » donc je ne vais pas écrire une critique plus longue que le livre, mais cette plongée dans l’univers clos des grosses compagnies m’a tout à la fois fait passer un très bon moment et m’a fait découvrir de nouvelles notions. Du coup je garde Le Belial comme fournisseur de bonnes lectures.

Livre : Vita nostra, Les métamorphoses. Volume 1, écrit par Marina  Diatchenko et Sergueï Diatchenko - Atalante

Vita Nostra de Marina et Sergueï Diatchenko

Roman fantasy à tendance slave écrit à 4 mains. Ce n’est pas un roman qui se livre facilement, il requiert des efforts. Mais ce que je prenais au départ pour une faiblesse et devenu au fil des pages un coup de génie tant les auteurs arrivent à nous placer au milieu des personnages, tout aussi frustrés (« c’est trop tôt pour vous expliquer, mes chers élèves, mais poursuivez vos efforts »). Lui et moi, on n’est pas partis du bon pied. Il faut dire qu’au premier abord l’histoire est pour le moins abracadabrante: une ado qui, sous la contrainte, passe de mystérieux tests « super-sélectifs » (faire des longueurs à poil dans la mer en nocturne, faire son jogging à 5h pétantes et faire pipi derrière un buisson…) pour intégrer une école à laquelle elle n’a pas postulé. Une école non moins mystérieuse, oppressante sans pouvoir mettre le doigt sur le truc malsain, dont on se demande ce qu’ils peuvent bien y étudier. Un bon terreau, un peu longuet à faire pousser ses fruits. Et puis la magie opère, on se laisse prendre au jeu du grand n’importe quoi, qui peu à peu acquiert presque une aura philosophique, dans lequel les auteurs s’embarquent, un peu comme un miroir du lâcher prise auquel sont contraints les personnages. Je n’ai jamais lu un livre aussi…concret et abstrait tout à la fois. La fin ne déroge pas à la règle (« il n’y a pas de mots pour expliquer, vous devez comprendre par vous-même ») et peut laisser songeur si l’on ne se crée pas sa propre interprétation satisfaisante, mais le plaisir de cette lecture réside sur la durée, non sur la chute finale. Ce livre, c’est une épreuve, un parcours…et une perle. Les amateurs du genre seront ravis de cette bouffée d’air frais dans l’univers de la fantasy.

Kerfol et autres histoires de fantômes d’Edith Wharton

Une plongée dans le fantastique. Premier contact avec cette autrice dont l’écriture me rappelle Maupassant, avec une tendance peut-être un peu plus marquée vers le gothique, selon les nouvelles. Pas de montagnes russes quant à la qualité, toutes les nouvelles se valent avec ce constant souci de la description et du mot juste qui se ressent à chaque instant. En bon style victorien, on oublie la grosse ficelle du drap blanc percé de 2 trous qui flotte dans les airs. C’est plus subtil: le fantôme n’apparaît pas, il se laisse deviner. Pour les sensations fortes, on repassera mais la qualité d’écriture et la petite chair de poule sur les avant-bras le temps d’une lecture en nocturne valent le détour.

Belphégor - Arthur Bernede - Libretto - ebook (ePub) - Le Hall du Livre  NANCY

Belphégor d’Arthur Bernède

L’opéra avait son fantôme, le Louvre aura le sien. Pas cinéphile pour deux sous, je vous fais grâce de l’étude comparée roman/feuilleton tv. Il y a du suranné dans ce roman policier à l’ancienne avec ses expressions d’antan et ses mœurs d’une autre époque (et ses voitures super rapides qui pointent à 100 km/h). Intrigue pleine d’actions, avec pas mal de plot twists plus ou moins tirés par les cheveux, le tout très ancré dans la réalité du Paris de 1920. Le journaliste et le détective se disputent un peu le premier rôle, autour desquels gravitent des personnages secondaires quelque peu caricaturaux: la dame de compagnie revêche, le méchant bossu, l’héritière insupportable, l’amoureuse, le prétendant, le couple de richards snobs et grotesques… Lecture fluide et dénouement inattendu. C’est désuet juste ce qu’il faut pour une lecture singulière et sympatoche.

Le pas de merlin - Jean-Louis Fetjaine - Belfond - ebook (ePub) - ALIP

Le pas de Merlin de Jean-Louis Fetjaine

Une lecture entamée avec un coup de corne de brume en tête, façon kaamelott, parce que figurez-vous que l’on va suivre le pas de … Merlin (si vous aviez pas trouvé, vous êtes nuls vraiment). Alors attention, quand je dis « Merlin », ne pensez pas (trop) au mythe de Merlin l’enchanteur mais plutôt à Myrddin le barde (vachement moins connu, vous en conviendrez), qui a inspiré la légende. Vu le haut mélange entre réalité et imaginaire, on est plus dans de la biographie d’un mythe (mention spéciale au prologue où l’auteur nous démêle les faits historiques) que dans de la fantasy historique (les touches « magiques » restent rares). La (riche) fresque de la Grande-Bretagne pré-Moyen-âge suscite l’intérêt du bon élève à lunettes qu’on a tous en nous, et la touche fantasy aide à faire passer la pilule du charabia de clans, alliances et guerres qui la truffaient. C’est captivant, mais pas vraiment immersif, au point que j’ai failli vous dire que je ne lirais le tome 2 (Brocéliande) que si je n’ai rien d’autre de mieux à me mettre sous les lunettes sauf que… le 2e volume s’avère nécessaire pour avoir l’histoire complète (ô rage, ô frustration!).

L'Affaire Jane Eyre, de Jasper Fforde

L’affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

La plupart des gens vous diront qu’ils ont tenté ce livre parce qu’ils adorent Jane Eyre (moi aussi j’adore, mais c’est pas le propos). Je ne suis pas la plupart des gens. Moi j’ai tenté ce livre parce que la couverture avec un dodo sur une conserve me turlupinait trop. L’affaire Jane Eyre, un titre parfaitement transparent, qui laisse deviner que l’héroïne du roman sera… Thursday Next, inspectrice à la brigade littéraire, dont le rôle est de remettre chaque livre à sa place, si j’ose dire, dans un monde où la littérature est religion. Alors quand le vol d’un précieux manuscrit de Dickens est commis et que Jane Eyre est kidnappée au sein même de son livre, visiblement par le terrible Hadès Achéron, elle fonce, aidée par des apparitions pour le moins curieuses d’Edward Rochester himself. Il y a deux types de romans d’enquête: les super sérieux bourrés de suspense et les légers qui cassent pas trois pattes à un canard. Et puis il y a L’affaire Jane Eyre. C’est léger et sérieux, c’est farfelu et intelligent, c’est un feu d’artifice d’idées folles agencées avec cohérence, c’est une trame hors du commun et parfaitement construite dans laquelle évolue toute une gamme de personnages haut en couleurs, du père qui manipule le temps au collègue chasseur de vampires à la coupe rasta en passant par le vieux tonton inventeur fou. C’est…C’est…à lire, tout simplement!

Livre : Les frères Karamazov écrit par Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski - Le  Livre de poche

Les frères Karamazov de Dostoïevski

Ma vision (biaisée. Vieux traumatisme scolaire) de la littérature russe: maussade et statique. Appréciez alors le courage de celle qui n’a pas craint de s’attaquer à ce pavé et ses noms propres à rallonge. En réalité le courage n’aura duré que quelques pages tant j’ai plongé tête la première dans ce récit. Histoire du vil et vieux Karamazov et de ses trois fils qui gravitent les uns autour des autres dans la Russie du 19e siècle et sont comme autant de facettes plus ou moins reluisantes d’une même humanité imparfaite. Pas la peine de s’étendre sur les histoires d’amour, de trahison et de meurtre (encore que le suspense tient bien en haleine): elles ne sont que prétextes à un profond questionnement philosophique sur des thèmes aussi divers que l’Homme, la morale, la foi, la justice, les institutions religieuses, le bien et le mal. L’exaltation confère à la folie, les déchéances sont douloureuses, la souffrance est intense, la bonté est sans limite: à l’instar des frères, dans ce récit les émotions comptent triple. Le texte reste exigeant même si Dostoïevski guide son lecteur, et sa première parution en feuilleton laisse des traces sous forme de longueurs. Dans le genre « grand classique qui ne l’est pas pour rien », même si ça m’a moins « bouleversifiée » que Les Misérables (pas le même style, me direz-vous), ce livre n’en est pas moins un monument.  

Livre : Oh, boy ! écrit par Marie-Aude Murail - Ecole des loisirs

Oh boy! de Marie-Aude Murail

Avec cette autrice, j’ai tendance à foncer les yeux fermés sans prendre la peine de lire la 4e de couverture. Parfois j’oublie que Marie-Aude Murail ne craint pas d’aborder les sujets sensibles auprès des jeunes lecteurs. Je n’étais pas prête à encaisser 3 orphelins, un homosexuel qui tente de surnager dans le Paris des années 2000 et une maladie grave. Ca m’a toute chamboulée. Mais comme toujours, Marie-Aude Murail dépeint magnifiquement l’humain, les personnages ont leurs manies, leurs forces et leurs faiblesses, la fin n’est qu’en demi-teinte de rose bonbon parce que rien n’est jamais parfait en ce bas monde mais il y a de l’espoir. Mais surtout, Marie-Aude Murail c’est toujours cet art de raconter avec délicatesse la dureté de la vie. Oh boy, que j’ai aimé cette lecture.

That’s all Folks!

J’ai testé pour vous: critère insolite pour choix de lecture #3

Manque d’inspiration quant au choix de ta prochaine lecture? Aucune couverture n’attire ton œil, aucun titre n’attise ta curiosité, les noms des auteurs proposés sont toujours les mêmes? Aujourd’hui je te propose:

Lire des livres mettant en scène ton animal préféré.

Pour toi et pour la science, j’ai tenté l’expérience (sacrifice, don de soi, je suis formidable je sais je sais). Je vais encore rater une possibilité d’être classe, mais je ne ressens aucune admiration particulière pour les lions, les serpents ou autres animaux qui en jettent. Non. Moi j’aime les vaches.

Amazon.fr - Meuh ! - Morel, François, Patry, Christine - Livres

Meuh! de François Morel

Un Deschiens* qui parle d’une vache. Qui connaît François Morel ne s’étonnera pas de l’humour par l’absurde de ce très court récit d’un ado qui se transforme le plus naturellement et le plus joyeusement du monde en bovin. Certainement pas l’ouvrage dont je me rappellerai jusqu’à la fin de mes jours, mais la beauté de l’écriture sauve l’ensemble.

Amazon.fr - Pourquoi les vaches ne peuvent-elles pas descendre les escaliers  ? - Coutelis, Al, Heiney, Paul, Lepage, Caroline - Livres

Pourquoi les vaches ne peuvent-elles pas descendre les escaliers? de Paul Heiney

Un livre que tu peux faire trôner dans tes toilettes, histoire de t’occuper et d’en sortir plus intelligent qu’en y entrant. Il s’agit d’un recueil de réponses « vulgarisées scientifiquement » à des questions touchant divers domaines (univers, animaux, corps, sensations, cuisine, nombres…). Typiquement le genre d’ouvrage qu’on lit au compte-goutte, un sourcil relevé en pensant « ah tiens, je ne savais pas ». Ce n’est jamais inutile de parfaire sa culture G et ce livre en vaut bien un autre du même acabit. (spoiler: les vaches n’ont pas une flexion de genoux adaptée à la descente d’escalier, même si elles peuvent le monter. Tu sauras)

Amazon.fr - Le Fabuleux destin d'une vache qui ne voulait pas finir en  steack haché - SAFIER, David, BARRET, Catherine - Livres

Le fabuleux destin d’une vache qui ne voulait pas finir en steak haché de David Safier

Après le destin d’Amélie Poulain, voici celui de Lolle La Vache qui, à l’instar d’un certain nain de jardin, aimerait voyager en Inde. Pas la peine de siéger à l’Académie Française pour présager d’après le titre qu’il s’agit d’une histoire déjantée plutôt que d’un plaidoyer virulent envers la cause animale. Bingo. Même au 12e degré, ce roman, qui essaie de nous faire croire malgré tout qu’il a un message fort sous-jacent à faire passer, est d’une platitude sans nom. Mélange de bons sentiments qui n’évitent pas le ridicule tant on atteint le degré zéro de la subtilité, avec un humour aussi lourd que les fesses d’une vache. Le seul moment où j’ai ressenti un soubresaut dans mon encéphalogramme anesthésié a été lorsque j’ai calculé le temps perdu à lire ce livre affligeant.

Critère totalement hasardeux de son animal favori passé au crible d’une totale non-objectivité: NON-VALIDE! Cette expérience a été de mal en pis (si j’ose dire), les vaches sont loin d’inspirer le bon goût et la sophistication. Néanmoins, tu peux tenter ta chance avec ta propre bestiole préférée, même si ta quête risque d’être ardue si tu voues un culte aux moloch hérissés ou aux poissons-pénis.

*Si tu ne sais pas qui sont les Deschiens, wikipedia est ton ami.

Bric-à-brac lectures, Mars 2021

Mars, et ça repart! Ce mois-ci, en lectures, j’ai savouré (sans en avoir plein qui colle aux dents):

La peste - Albert Camus - Gallimard - Poche - Place des Libraires

La peste d’Albert Camus

Dans l’ère des influencers web, je suis clairement du côté des influencés: l’enthousiasme communicatif de Missbouquinaix pour Albert Camus m’a fait sauter le pas pour découvrir ce classique. Paraît-il que ce roman a connu un regain d’intérêt grâce au covid (même quand je ne fais pas exprès, j’arrive à ne pas être originale…). Ca me laisse perplexe de vouloir transposer une pandémie mondiale au récit d’une épidémie circonscrite à une ville, mais surtout de biaiser à ce point le message de l’auteur. Parce qu’en réalité, la peste s’avère être une brillante métaphore filée du nazisme et de la guerre (j’avoue, je ne l’ai pas trouvé toute seule, j’ai fait quelques lectures parallèles pour ne pas passer à côté du roman). L’écriture peut sembler froide, le regard clinique posé sur la situation peut perturber, mais j’ai trouvé ce style très à propos. Le manque d’empathie (volontairement?) incité fait de chaque personnage un simple rouage anonyme face à l’ampleur du fléau, c’est très subtil et ça fait réfléchir. On n’est pas passé loin du coup de coeur, et covid ou pas, ce livre mérite d’être lu.

Les brumes de Riverton - Kate Morton - Pocket - Poche - Place des Libraires

Les brumes de Riverton de Kate Morton

Très Downtown Abbey avec sa peinture british victorienne (sachant que je n’ai jamais vu Downtown Abbey. Je raconte vraiment n’importe quoi sur ce blog). Secret de famille aristocratique révélé au fil des pages par différentes narrations: lettres, flashbacks, scenario de film, coupures de presse, souvenirs d’une nonagénaire dont l’âge permet en même temps de dresser un tableau du siècle entier et de ses bouleversements. Quelques longueurs mais le récit m’a happée. Après 50 pages, j’avais déjà déterré une des pierres angulaires de l’intrigue, mais pas la plus importante heureusement (je mettrais bien ça sur le compte de mon haut degré de perspicacité, mais je n’y crois pas moi-même). C’est quand-même un beau tour de force de la part de l’autrice de baser toute l’intrigue sur le flou des événements le jour d’un drame presque 70 ans auparavant, et de tenir en haleine le lecteur pendant quasi 500 pages en racontant comment on faisait le ménage à l’ère victorienne, sans jamais l’ennuyer.

La fabrique des mots - Erik Orsenna - Corps 16 - Grand format - Librairie  Gallimard PARIS

La fabrique des mots d’Erik Orsenna

Qu’est-ce qui m’a poussée à lire ce conte pour enfant? La curiosité (comme souvent, me direz-vous). Linguiste de formation, je voulais voir comment ce monsieur dont j’avais beaucoup aimé le précis de mondialisation Géopolitique du moustique se débrouillait pour introduire des notions de linguistique (qu’est-ce que la phrase, le mot, le verbe, l’étymologie, etc..) auprès de pré-ados. Je suis épatée: sous couvert d’une histoire de dictateur n’autorisant que 12 mots, il vulgarise sans appauvrir. Les métaphores toute douces sont efficaces, l’ensemble est auréolé de poésie. Attendrissant, instructif, pédagogique. A partir de 10 ans et jusqu’à pas d’âge.

Autobiographie d'une courgette - Gilles Paris - J'ai Lu - Poche - Place des  Libraires

Autobiographie d’une courgette de Gilles Paris

Il était 11h30, j’avais faim, le titre m’a drôlement parlé. J’ai eu raison: c’est un petit bonbon ce livre! Ca parle du quotidien d’un gamin et de tous ses copains d’orphelinat anciennement maltraités, c’est plein d’émotions mais jamais pathos parce que l’auteur arrive à insuffler de la légèreté en adoptant le point de vue d’Icare, 9 ans, surnommé Courgette (du prénom ou du surnom j’arrive pas à savoir lequel est le plus ridicule), qui, du haut de toute son innocence, sait encore trouver le beau dans le monde. Un point en plus pour Gilles Paris qui n’a pas été à la facilité en présentant les parents maltraitants avec un éventail de nuances très réaliste (des parents dépassés, démunis, qui souvent se noient eux-mêmes dans un quotidien qu’ils ne savent plus gérer; sans les excuser, l’auteur rappelle que rares sont ceux qui fabriquent un enfant dans l’optique de devenir un mauvais parent). J’ai mon p’tit coeur guimauve tout chamboulé. C’est tendre, parfois dur, mais ça reste une belle bouffée d’optimisme qui jaillit d’un sujet pesant.

La mort d'ivan illitch - suivi de maitre et serviteur et de trois morts -  Léon Tolstoï - Librairie Generale Francaise - Poche - Place des Libraires

La mort d’Ivan Illitch de Tolstoï

Avec un titre pareil, on se doute que la lecture ne sera pas joyeuse. Court roman sur la lente désillusion et le repli sur lui-même d’un homme proche de la mort, la lecture est néanmoins très intéressante quand on se penche sur les mécanismes d’introspection que Tolstoï décrit. Ce roman, c’est une bonne surprise, sans être une révélation: j’ai souvent du mal avec les auteurs russes, mais Tolstoï a su capter mon attention.

L'étranger - Albert Camus - Gallimard - Poche - Place des Libraires

L’étranger d’Albert Camus

(oui, Camus c’est ma découverte du mois). De nouveau, j’ai accroché. L’écriture sèche de Camus me parle: le fait même qu’il n’y ait aucune fioriture la rend spéciale. Plus que l’aura colonialiste de l’oeuvre (y compris dans le titre qui en dit long), j’ai surtout adoré la construction du personnage de Meursault, étranger aux autres dont les faits et gestes lui sont toujours égaux, et comme étranger à lui-même, hors de lui, sans réflexion si ce n’est une pensée immédiate et un simple ressenti des besoins primaires. Le thème de l’absurde, dont traite ce roman, est bien palpable à travers ce personnage. Là encore, c’est un quasi coup de coeur.

Qui veut la peau de Maori Cannell ? - Marie-Aude Murail - Babelio

Mais qui veut la peau de Maori Cannell? de Marie-Aude Murail

Je me suis fait un kiff. Parce que: Marie-Aude Murail. Et puis parce que: Nils Hazard, étruscologue et fin détective, découvert à mes 11 ans, mon futur mari idéal de l’époque malgré la différence d’âge. Puis la vie nous a séparés. Aujourd’hui, je découvre que la saga (que j’avais arrêtée à l’excellent Tête à rap) s’est enrichie loin de moi. Je n’ai pas pu résister. La différence d’âge est sacrément moins marquée, 27 ans plus tard (être un personnage de roman, c’est quand-même flatteur en termes de temps qui file), et même si ce n’est pas le meilleur opus, le plaisir est toujours intact dans cette histoire de tueur de mannequins.

Dead Mountain: The Untold True Story of the Dyatlov Pass Incident (English  Edition) eBook: Eichar, Donnie: Amazon.fr

Dead mountain: the untold story of the dyatlov pass incident de Donnie Eichar

Preuve que le choix d’un titre fait beaucoup, je me suis retrouvé à lire un livre qui promettait de m’expliquer en détail le pourquoi du comment d’un événement…dont je n’avais jamais entendu parler (autant dire que les teasing fonctionnent bien avec moi). Pour la faire courte: en 1959, les corps de 9 jeunes randonneurs expérimentés sont retrouvés suite à leur expédition sur la Dead Mountain qui porte bien son nom. Scènes incompréhensibles, blessures inexplicables, signes de radioactivité, aucun survivant pour raconter, de quoi créer le mystère. L’auteur a effectué un très bon travail de recherche sur ce fait divers (d’hiver?), donne une touche humaine à son récit, et surtout, SURTOUT, il a réussi à me faire aimer lire 250 pages de montagnes (j’aime pas), sous la neige (je déteste) sans apporter d’explications certaines (ça me frustre). Une sorte d’exploit en somme.

La chute - Albert Camus - Gallimard - Poche - Place des Libraires

La chute d’Albert Camus

(parce qu’il n’y a pas que dans le milieu hippique qu’on peut se faire un tiercé). J’ai adoré la manière dont Camus mène ce long monologue, comment d’une nuance à l’autre le narrateur s’avoue, au fil des pages, que sa carapace de vertus a cessé de reluire à ses propres yeux. Un élan de sincérité, un regard cru porté sur soi-même. Y a de la fièvre dans cet écrit-là. Pas moyen de s’enfuir, la focalisation interne piège le lecteur dans le récit, et il chute en même temps que Clamence. Comme Rieux et Meursault, Clamence est un miroir réfléchissant les facettes de l’Homme. Camus, c’est une leçon magistrale sur l’être humain à chaque roman.

Livre: Le génie lesbien, Alice Coffin, Grasset, Documents Français,  9782246821779 - Leslibraires.fr

Le génie lesbien d’Alice Coffin

Je suis une femme infâââme expérimentant chaque jour la vie en Patriarcat, ce pays où « le masculin l’emporte toujours sur le féminin », règle édictée par ceux que ça arrange bien et inculquée dès le plus jeune âge; ce pays où une femme aimant les femmes paraît odieuse aux yeux des hommes (#pastousmaisassezpourqueçaposeproblème) qui ne tolèrent pas cet entre-soi amoureux quand eux-mêmes la cultivent dans les postes à décision (avec accent mis dans cet ouvrage sur la politique, le journalisme et le milieu des arts). Le ton mordant d’Alice Coffin est souvent pointé du doigt, mais est compréhensible: que lui reste-t-il d’autre quand les discours bien construits (tel ce livre, qui dépasse les frontières du lesbianisme pour englober le féminisme et les questions raciales) ne font pas écho auprès des principaux concernés, qui préfèrent se boucher les oreilles avec des bouchons de champagne? Ce ton militant n’est pas la preuve que féminisme rime avec hystérie: ce n’est que le résultat d’années à revendiquer face à des murs de mépris et de condescendance. Pas étonnant que ce livre (et sa personne) soit surtout décrié par des hommes: plus facile de répéter le cliché éculé selon lequel une femme ne saurait se maîtriser du fait de ses hormones que de se remettre soi-même en question et d’admettre qu’on profite d’un système taillé sur mesure pour soi. Lecture nécessaire et douloureuse, j’ai mal à mes ovaires.

Livre: Je t'ai rêvé, Francesca ZAPPIA, R-jeunes adultes, Collection R,  9782221190241 - Leslibraires.fr

Je t’ai rêvé de Francesca Zappia

Un titre qui laisse présager la quête d’une jeune fille innocente pour trouver son prince charmant. Histoire d’amour il y a, dans une ambiance de lycée où l’on retrouve les classiques personnages du ténébreux mystérieux, du bon pote, des parents à la ramasse, du dirlo pas net, des bullies, etc. Rien de sensass alors? Si, car l’idée de faire vivre l’histoire depuis les pensées d’une jeune fille schizophrène et paranoïaque donne de l’épaisseur à l’ensemble. Le rêve se fait hallucination, comment démêler le réel de l’inventé? C’est à prendre pour ce que c’est: une fiction loin du traité médical, mais c’est bien mené et convaincant.  

That’s all Folks!

Ces clichés de lecteur que je ne comprends pas

S’il y a bien une chose immuable devant l’éternel, c’est bien l’image que se font des lecteurs ceux qui n’ont pas contracté la devoritia litterariae (terme latin inventé par mes soins il y a 6 secondes pour nommer cette addiction du livre que certains développent dès leur première syllabe décodée à 4 ans sur un paquet de céréales, ou le magazine de jardinage de maman, ou une enseigne de magasin…Vous saisissez l’idée). Si les clichés existent souvent pour une raison, je dois bien avouer que certains me laissent pantoise. Il faut qu’on cause, toi et moi. Je me considère comme une lectrice compulsive, mais il va falloir que tu m’expliques pourquoi je suis censée :

tasse en ceramique blanche sur textile blanc

Siroter une boisson chaude pendant ma lecture

Vous voulez vraiment que je renverse mon café sur mon livre ? Petit rappel : mouiller le papier c’est AVANT d’en faire une feuille et de l’imprimer, pas après. Passons sur ce point, j’admets que le degré de maladresse est propre à chacun et que certains bénis des dieux arrivent à garder leur livre ouvert d’une main tout en empoignant avec confiance leur mug encore brûlant de l’autre. Ayant besoin de mes deux mains pour ne pas renverser, moi je dois poser le livre ouvert à plat sur mes genoux, puis finalement sur le siège à côté de moi parce que je dois me lever pour aller chercher la tasse que j’avais posée trop loin (l’appréciation des distances, ça aussi c’est propre à chacun).

Mais ce qui m’interroge le plus, c’est ceci : le livre en cours doit sacrément être ennuyeux pour avoir envie de couper sa lecture toutes les deux minutes (parce que le cliché du chocolat chaud sous la couette avec un bon livre sous-entend quand-même une certaine vitesse de dégustation). J’ai fait le test : la tête sur le côté pour éviter qu’une goutte nuisible ne tombe du mug sur le roman (l’aisance à la déglutition, encore une compétence propre à chacun), forcer son regard à poursuivre la lecture sans se faire une entorse du globe oculaire tient lieu de miracle ! Sans compter la pause-pipi qui surviendra nécessairement dans la demi-heure (même si la capacité urinaire, c’est propre à chacun…).

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Profiter d’une lecture agréable en extérieur

La lecture, cet agréable moment où l’on se plonge dans un autre univers, où le monde autour n’existe plus, où l’on se coupe de tout … jusqu’à ce qu’un insecte non-identifié te chatouille l’avant-bras dans ton jardin, que la mamie à côté de toi dans le train se mette à t’expliquer que ses varices la font souffrir mais que ce n’est rien comparé à son mari et son ablation d’une partie de l’intestin, ou que les maudits gamins de la plage t’envoient sur la tête leur ballon plein de sable (sable qui restera collé sur la crème indice 50 tartinée sur ton visage).

Et en extérieur, quand la sollicitation ne vient pas d’autrui, tu vas la chercher toi-même. Un bruit bizarre et te voilà le nez levé pour vérifier que les extra-terrestres ne sont pas en train de débarquer, une bonne odeur et te voilà le nez levé pour voir qui mange quoi, des fois que ça te donnerait des idées pour le déjeuner. Ou tout simplement, l’envie de profiter de ne pas être entre quatre murs pour marcher et admirer le paysage, autant de stimuli incompatibles avec une lecture calme et solitaire.    

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Collectionner les marques-pages

En général, je lis un livre. Parfois deux en parallèle. Ou trois, si on rajoute une BD. Voire quatre, avec le travail. Quatre. Comme les doigts de la main (si t’as pas rigolé, tu me vexes !). Arrête-moi si je me trompe, mais marquer une page, pour la plupart des objets c’est un peu l’équivalent d’un emploi sans qualification non ? Un vieux bout de papier, un stylo, tes écouteurs cassés, une feuille d’arbre, une farfalle pas cuite, voire une rognure d’ongle de pied si tu es hardcore, ça fait l’affaire aussi il me semble (en vrai, je SAIS. J’ai fait l’expérience par souci d’authenticité).

Mettons que tu sois du genre à aimer le bel objet. D’accord. C’est vrai que certains marques-pages en jettent. Mais que ce soit toi qui ne peux pas résister à en acheter un nouveau par semaine, ou tes proches qui t’en offrent à chaque événement (en espérant qu’ils n’ont pas le même réflexe quand tu leur expliques que tu aimes les chiens, sous peine que ton chez toi prenne des airs de chenil SPA), à raison de quatre utiles, les autres finissent en attrape-poussières (autrement dit l’équivalent du chômage dans le monde des objets, pour poursuivre ma métaphore filée de pôle emploi). Toujours est-il que je ne comprends pas le besoin de se procurer, et en grande quantité, un objet totalement remplaçable. Les gars du marketing du marque-page sont des génies.

Et vous? Y a-t-il un stéréotype du lecteur qui ne s’applique pas à vous?

Bric-à-brac lectures, Février 2021

Magie des hasards: février fut aussi court que ma liste de lectures du mois. J’ai quand-même trouvé le temps de lire:

The Art of Charlie Chan Hock Chye (Pantheon Graphic Library) (English  Edition) eBook: Liew, Sonny: Amazon.fr

The Art of Charlie Chan Hock Chye de Sunny Liew.

Prise d’une envie d’exotisme, j’ai fait fort avec cet auteur de BD malaisien écrit en anglais. Une merveille: sous couvert d’une biographie fictive d’un illustrateur de comics, c’est toute l’histoire de la Malaisie qui est retracée, ses tensions internes comme ses rapports complexes avec Singapour. Un parallèle est également fait avec l’évolution de l’univers des comics au fil du temps. Etant une nulle intersidérale autant en histoire malaisienne qu’en comics, je peux affirmer haut et fort que cette BD est très intelligemment pensée et qu’elle ne perd jamais son lecteur. Mention spéciale pour la diversité de styles de dessins que l’illustrateur présente. Pour les intéressés, je crois qu’une version française a paru.

L'ile des chasseurs d'oiseaux: Amazon.fr: May, Peter, Dastugue, Jean-René:  Livres

L’île des chasseurs d’oiseaux de Peter May.

Déceptioooooon! On me l’avait vendu comme un roman policier (tachycardie due au suspense, cerveau qui cogite..) mais en fait c’est un roman noir. Et plus noir que ça, y a pas: il fait moche (tant de pluie en un seul livre, ça me donne envie de faire pipi), tout le monde est triste et a raté sa vie, l’espoir ne se trouve que dans l’alcool, les personnages sont un catalogue des pires trucs glauques qui puissent tomber sur la tête d’un être humain que c’en est limite tiré par les cheveux, et en prime il y a eu un meurtre. Pourtant le récit est très bien écrit, les descriptions de l’Ecosse sont magnifiques (j’avoue que d’y avoir fait un roadtrip m’a aidée à ne pas décrocher) mais ce n’est pas pour ça que j’avais payé mon billet.  Tu aimes l’Ecosse et le climat nordique? Lis-le. Tu aimes les enquêtes policières? Ne le lis pas. Tu es dépressif? ôte tes mains de ce livre!

Les quatre filles du docteur March de Louisa M. Alcott.

Mon livre amour-haine par définition. Roman préféré (dans sa version allégée) de ma préadolescence (quand Laurie et Jo me paraissaient encore être « des grands ». Mondieumondieumondieu, ça ne me rajeunit pas), j’ai décidé de lire au moins une fois dans ma vie la version intégrale. J’ai retrouvé cet agacement jaloux que j’éprouvais envers ces quatre petites femmes parfaites qui ne font pas de vagues. Mais comme je vieillis et que la sagesse me gagne (aheum), j’ai surtout bien plus apprécié la peinture des mœurs de l’époque. Au final, j’avoue qu’il y a plus d’amour que de haine pour ce roman.

Livre: L'Ickabog, J. K. Rowling, Gallimard Jeunesse, Grand format  littérature, 9782075150552 - Leslibraires.fr

L’ickabog de J.K. Rowling.

Les sites de seconde main c’est quand-même bien pratique pour se procurer un livre sans donner son argent à une autrice qui ne le mérite pas (rapport à certains propos pas tolérants et très décevants de sa part). Avec Rowling, j’en étais restée à 1-1, la balle au centre: fan absolue de Harry Potter, j’ai été déçue par son Une place à prendre et ses Cormoran Strike ne m’ont fait ni chaud, ni froid. Ici, on est en présence d’un livre jeunesse qui fait le job. On y retrouve le crescendo dramatique et un monde imaginaire où pullulent les trouvailles qui étaient des marques de fabrique de Harry Potter. Ce roman souffre quand-même de la comparaison. Contrairement au phénomène engendré par son éminent prédécesseur, passé un certain âge la sauce ne prend plus vis-à-vis de cette histoire: faute de place les personnages sont moins fouillés, on reste très extérieur au récit malgré les injustices et la mort de certains persos qui n’en méritaient pas tant. Au final, on a l’impression d’un livre « de grands » si on a 9 ans, et d’un livre « d’enfants » si on a plus de 13 ans, d’autant que je ne suis pas sure que le message « politique » en filigrane soit capté par les plus jeunes, mais l’ensemble reste bien plaisant et s’adresse parfaitement à son public-cible (pas moi, donc: celle qui vieillit et gagne en sagesse…). Allez, soyons fair-play: J.K. Rowling 2-1.

Le parc jurassique et Le monde perdu de Michael Crichton. (Relecture)

En bonne place parmi mes livres fétiches: deux pour le prix d’un! Je ne vous ferai pas l’affront de vous résumer l’histoire. Le genre de roman qui me conforte dans l’idée que « les livres c’est mieux que les films »: des rebondissements à foison, le travail de recherche scientifique de l’auteur se ressent mille fois plus que dans l’adaptation filmographique, les clichés sont évités (pas de romance idiote, de physique hollywoodien ni de stéréotypes par trop lissés pour les personnages). Sans compter que les films occultent totalement toutes les très intéressantes considérations sur la science, le progrès et l’écologie que Crichton amène. Rédigées il y a 30 ans, leur écho à notre époque est absolument saisissant. Les hermétiques aux théories scientifiques poussées qui sont développées dans le roman sauteront certains passages et trouveront leur plaisir dans les aventures périlleuses du groupe d’experts. Eteignez la télé et tournez la première page. Vraiment.

That’s all Folks!

La légende de SeyTan

Auteur: Chris Bellabas (https://chrisbellabas.com/)

La Légende de SeyTan par [Chris Bellabas]

Définition de dragon selon moi et la plupart des gens : « gros bestiau mi-lézard mi-dinosaure qui a pas l’air sympa mais qui est bien pratique pour cuire des brochettes et qui fait vachement classe dans les films américains ». Le genre de définition monolithe qui varie rarement.

Pourtant, quand Chris Bellabas reprend le concept à sa sauce dans La légende de SeyTan, il en tire un texte intelligemment élaboré. Ici, pas d’espèce de varan géant qui marche à l’instinct, mais un être presque ésotérique qui permet à l’auteur d’interroger au passage le rapport à autrui et le non-genre sans perdre son lecteur, grâce à de l’action à foison (Chris et son art indescriptible de la description!).

Travailler avec et lire du Chris Bellabas est toujours un plaisir mêlé de fierté. La fantasy peine parfois à être prise au sérieux, ce n’est d’ailleurs pas mon style de prédilection non plus. Et pourtant, Chris fait partie de ses auteurs qui connaissent leur métier et m’ont fait revoir mon jugement, au point que j’en arrive à regretter le format nouvelle (à quand un véritable livre?!).

Lisez-le et vous comprendrez ce que je veux dire 😉

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