Livres que tu peux lire à ton enfant sans te trancher les veines d’ennui avec les pages.

Ca y est, le chaos règne: ton enfant est en vacances. Tu le collerais bien devant la télé ou un jeu vidéo, mais comme un vague relent de parentalité responsable inspirée par la société et Maria Montessori remonte à la surface de ta conscience anesthésiée par tant de « môôômaaaaan » braillés à tire-larigot, tu te dis que lire un livre à ta progéniture, ça pourrait être sympa (enrichissement du vocabulaire, développement de la concentration, émerveillement de l’imaginaire, lien filial renforcé: quel parent ne serait pas ému aux larmes de découvrir tant de qualités chez son rejeton?)

Mon propre spécimen de balle rebondissante combinée boîte à meuh(-man) est âgé de 6 ans. Après avoir surmonté pendant 5 années des envies de me pendre avec un spaghetti cuit en re-re-re-re-re-re-lisant (l’enfant, c’est comme un disque rayé: il ne se lasse J-A-M-A-I-S de répéter) les imagiers (8 mots en 12 pages, achevez-moi) puis les petites histoires niaises qui enseignent la vie et qu’il faut aller sur le pot, j’arrive enfin à l’âge sympa où, en tant qu’adulte, tu commences à ne plus avoir envie de te suicider avec une rondelle de saucisson pas fraîche quand tu fais la lecture à ton enfant. Encore faut-il bien choisir. Laisse-moi être ton gourou:

Le feuilleton d'Hermès: Amazon.fr: Szac, Murielle, Duvivier, Jean-Manuel:  Livres

Le feuilleton d’Hermès de Murielle Szac

Ou comment devenir intelligent en lisant des livres pour enfants. Le Feuilleton d’Hermès se déroule sur 100 épisodes (de quoi avoir des munitions un bon bout de temps pour les lectures d’après-manger, quand c’est l’heure de la sieste mais que le rejeton pète le feu) qui font chacun 2 pages d’écriture agrémentées d’une illustration épurée (de quoi ne pas perdre l’attention des plus jeunes). Sacrément bien foutu, ce livre! Si tu es normal et que tu n’as pas en ta possession un diplôme d’études supérieures en mythologie de la prestigieuse université américaine du Mâchetachaussette, tu te perds sûrement parmi tous les membres et les liens de famille, aussi complexes et alambiqués qu’un épisode d’Amour, Gloire et Beauté. Justement: le côté didactique nécessaire aux plus jeunes permet aussi aux cerveaux rouillés des parents de se repérer enfin parmi la progéniture des Zeus. C’est un fait: les récits mythologiques sont plus gores qu’une histoire de schtroumpfs, à base de parricides et de types qui bouffent leurs enfants. Je m’attendais à un truc très édulcoré, mais bien que ce soit abordé avec délicatesse, rien n’est épargné au lecteur et c’est bien la vraie mythologie telle qu’elle est qui est présentée. (Existe aussi en version Thésée, Artémis et Ulysse]

Le grand méchant renard et Un bébé à livrer de Benjamin Renner

Ou comment se fracturer une côte de rire en lisant des livres pour enfants. Petits et grands, pour peu que le ton un brin familier ne vous gêne pas, c’est l’explosion de rire garanti. Les scenarii sont improbables et hilarants (un renard tellement faible et bon gars que la seule proie qu’il envisage ce sont des poussins encore dans l’œuf. Vous saviez, vous, qu’un poussin qui naît considère la première chose qu’il voit comme sa mère? Le renard ne le savait pas. Vous vous êtes déjà demandé ce qui arriverait si un lapin, un canard et un cochon pas bien futés décidaient de jouer les cigognes?) et des répliques cultes. Le format BD avec des dessins au style un rien griffonné passe très bien.

Little piaf de Daniel Picouly (texte) et Frédéric Pillot (illustrations)

Ou comment redécouvrir ces classiques en lisant des livres pour enfants. Parce que figurez-vous que Little Piaf n’est rien moins qu’une adaptation « aviaire » (comme la grippe) des Trois mousquetaires de Dumas. En d’autres termes, Little Piaf, c’est le D’Artagnan des moineaux. Le cape et d’épée version picoreurs de graines, c’est génialissime (surtout pour introduire un de mes romans préférés pas encore accessible pour un enfant de 6 ans). Plus de texte que d’illustrations (magnifiques néanmoins), avec des encarts explicatifs de surcroît (des fun facts, des postures d’escrimes, des races d’oiseaux, de la lithothérapie et j’en passe). Génialissime je vous dis!

Balbuzar - cartonné - Gérard Moncomble, Frédéric Pillot - Achat Livre | fnac

Balbuzar de Gérard Montcomble (texte) et Frédéric Pillot (illustrations)

Ou comment en avoir plein les mirettes en lisant un livre pour enfants. Parce que dans ce livre-ci, Frédéric Pillot laisse exprimer tout son talent (et il en a à revendre, le monsieur): des planches superbes, qui fourmillent de détails, avec une palette de couleurs incroyables. Le genre d’illustration que tu peux passer 1h à détailler. Et le texte n’est pas en reste: histoire de pirate, pour rester dans le ton enfantin. Mais pas une histoire bateau (bateau pirate, humour, hu, hu): c’est creusé, c’est truculent, c’est intelligent! Je ne me lasse pas de ce livre.

Amazon.fr - Le Petit Nicolas - Sempé, Goscinny, René, Sempé - Livres

Le petit Nicolas de Goscinny (texte) et Sempé (illustrations)

Ou comment être envahi de nostalgie en lisant un livre pour enfants. Parce que Le petit Nicolas et moi, on se connaît depuis un bout de temps et ça fait toujours un petit quelque chose de lire avec son propre mini-soi un livre qu’on lisait nous-mêmes quand on était mini. Le génie de ce livre, c’est son effet coup double: les petits se marrent à fond des bêtises de Nicolas et de ses copains qu’ils rêveraient de faire eux-mêmes, et les grands, avec leurs yeux de parents, sourient en se disant qu’en fait ils sont pas si mal lotis avec leurs propres spécimens. Phénomène surprenant: écrits il y a plus de 60 ans, à l’époque des papiers peints fleuris, de l’école fermée le jeudi et de la télé qui était un luxe, ces livres ont particulièrement bien vieilli! Il n’est pas superflu parfois d’expliquer à son échantillon de génération 2.0 le principe du téléphone à cordon, mais dans l’ensemble, ce qui se dégage de ces tomes c’est qu’un enfant restera toujours un enfant (avec sa naïveté et son goût prononcé pour les pains au chocolat et les jeux qui finissent en chamaillerie)

Les P'tites Poules et l'Art – Caracolus

Les p’tites poules de Christian Jolibois (texte) et Christian Heinrich (illustrations)

Ou comment réviser sa culture G en lisant des livres pour enfants. Tout l’intérêt de cette série de livres particulièrement sympatoche et bien illustrée, c’est que l’aspect pédagogique va un peu plus loin que « il faut bien manger sa soupe », « fait une bise à mamie » et « va sur le pot ». Au gré des tomes sont mentionnés Christophe Colomb, Galilée, Jean de La Fontaine, Molière ou les frères Montgolfier; mais aussi les légendes du Minotaure, de Baba Yaga et du Basilic; mais aussi l’usage du sucre dans la fabrication des bonbons, le processus (polluant) de teinture de tissu, etc… Les thèmes sont variés, amenés dans un registre comique, le vocabulaire est riche, ce qui permet d’apprendre de nouveaux mots, la lecture est à différents niveaux, avec des jeux de mots. Pour sûr mon fils redécouvrira cette série plusieurs fois avant d’en avoir fait le tour!

That’s all Folks!

Bric-à-brac lectures, juin 2021

Ce mois-ci, entre une canicule d’été à lire à l’ombre et un temps d’automne à bouquiner au lit (y a plus de saison ma bonne dame!), j’ai lu:

Ebook: Entre fauves, Colin Niel, Le Rouergue, Polars, 2960173816571 -  Leslibraires.fr

Entre Fauves de Colin Niel

PAL-PI-TANT (comme un cœur avant de cesser de battre). Récit à 4 voix, où Charles le lion est un roi déchu; où Martin le garde au parc national des Pyrénées, anti-chasseurs extrémiste, pourchasse ses propres proies; où Appoline, baignée depuis toujours dans la culture de la chasse, pense trophées et adrénaline; où Kondjima, éleveur de chèvres namibien, se fait un devoir au nom des ancêtres de protéger son bien le plus vital face aux prédateurs. Entre fauves, c’est un cercle vicieux qu’on ne voit pas venir, où le traqueur devient traqué. Colin Niel aborde les dérives de notre rapport au monde animal, les regards biaisés, les jugements hâtifs, en ayant l’intelligence de rester neutre, de donner une parole équitable à chacun. Rien de manichéen. Les différents points de vue font sens, interrogent, nuancent. Avec subtilité, sans chercher à convaincre, Niel rappelle que dans le grand écosystème mondial, tout le monde a ses torts. Au lecteur d’en tirer sa propre leçon. C’est très finement mené, mais était-il nécessaire de tant « anthropomorphisé » Charles, lui conférant orgueil, prévoyance, nostalgie et recul sur ses propres actes tout en minimisant le simple instinct? Le prédateur n’est pas toujours celui que l’on croit. Un texte intelligent qui donne à réfléchir.

Livre: Les mystères de Marseille, Émile Zola, Archipoche, Archipoche,  9782377358885 - Leslibraires.fr

Les mystères de Marseille d’Emile Zola

Roman-feuilleton des débuts, boulot alimentaire parce qu’un écrivain ça ne se nourrit pas de plumes d’oie et d’encre. Pas son meilleur mais qui a ses charmes, avec son esprit roman d’aventure sur fond de révolution de 1848 et d’épidémie de choléra (toi aussi, révise ton histoire de France). On y suit Marius, une bonne poire qui se démène pour faire sortir de prison son frère, un Don Juan notoire qui ne sait pas se tenir tranquille et dont on ne peut pas dire qu’il soit parfaitement innocent. Agneau pur et noble de cœur au milieu des brebis galeuses, Marius va découvrir la face cachée de sa ville: dédain de classes et dévoiements écœurants où conduisent le pouvoir, l’argent et le don pour l’escroquerie, le tout enrobé de rebondissements, de complots et d’une dose de romance pour coller au stéréotype du genre, avec une plume qui laisse deviner le grand auteur que Zola deviendra (d’ailleurs en parallèle il écrivait Thérèse Raquin. Ca pose le niveau du bonhomme). Pour qui aime Emile, ce livre fait le job et permet de se classer parmi les intellos qui connaissent même les œuvres mineures d’un grand auteur.

Le Treizième Empereur de Alexandre ALLAMANCHE - ePub - Ebooks - Decitre

Le treizième empereur d’Alexandre Allamanche

Avant, pour faire ma crâneuse, parmi les auteurs qui savaient faire revivre le passé avec brio, je citais Dumas pour l’époque moderne et Druon pour le Moyen-âge; mais il me manquait la Rome antique. La lacune est comblée en la personne d’Allamanche. Roman historique auto-publié qui ne déparerait pas dans le catalogue d’une maison d’édition traditionnelle tant la qualité est au rendez-vous. Le travail de recherche sur la période évoquée se ressent à chaque page (ligne?) : légèrement romancés par endroits, les faits historiques véridiques pullulent et c’est un plaisir d’en découvrir autant et de manière si agréable sur des sujets aussi variés que le fonctionnement du sénat, les us des armées impériales ou l’origine des gladiateurs (bonus pour les plans et autres schémas qui aident les lents du cerveau comme moi à assimiler le propos). Et l’histoire? (parce que sinon ça s’appelle un manuel scolaire) Complexe, mais toujours racontée de manière claire. Marcus Ulpius Traianus, homme droit dans ses bottes, succède à Nerva sur le trône des empereurs romains sous le nom de Trajan. Parfaitement taillé pour supporter cette charge, ses dons de commandement et sa popularité se heurteront à la hargne des Daces et aux conspirations parthes visant sa descendance. J’aime le style de cet auteur, aucun temps mort dans la narration, comme dans l’agenda d’un César de l’ancien temps. Sans compter le récit enrichi de mille petits détails qui rend le tout particulièrement visuel, réaliste et immersif, ou comment se rêver en toge, allongé sur un divan de triclinum en avalant une grappe de raisin alors qu’on est avachi sur son lit en chemise de nuit à s’enlever un reste de repas d’entre les dents. Ça fait plaisir de sortir des sentiers battus préformatés par les circuits d’édition classiques, et de se dire qu’on a accordé avec raison de son temps à un auteur qui mériterait plus de pub.

Ebook: La Peste écarlate, Jack London, BnF collection ebooks, Classiques,  2960169724422 - Leslibraires.fr

La peste écarlate de Jack London

Trois (nouvelles) pour le prix d’un! C’est Jack London: c’est viril, c’est hostile, c’est bourru, c’est au grand air par tous les temps, et c’est magnifiquement écrit. Qu’a-t-on au menu?
La peste écarlate. La peste écarlate décime tout, replongeant la poignée de survivants dans une nouvelle ère primitive. Récit post-apocalyptique avec une touche humaniste, insistant sur l’aspect cyclique de l’évolution, l’animalité de l’homme et l’humilité dont nous devrions faire preuve face à une nature qui triomphe toujours. Une forte impression d’être dans une machine à remonter le temps qui se serait détraquée: histoire d’un futur imaginaire d’au-delà d’une année 2013 fictive inventée par un auteur du 19è siècle (vous suivez?). C’est presque attendrissant de voir comme l’auteur s’est planté dans son exercice de divination (New York et Londres en plus grandes villes du monde du 21e siècle, le télégraphe et le dirigeable en outils modernes) et à quel point il a vu juste avec son histoire de virus qui change la face du monde. Construire un feu. Toujours mon don pour lire des trucs de saison: un rude homme comme on n’en fait plus affronte seul le froid polaire de l’hiver arctique. L’environnement extrême, les grands froids, l’erreur d’un instant qui en devient fatale, c’est tellement Jack London tout ça. Comment disparut Marc O’Brien. Un aperçu de l’humour (mâle) de London à base d’une bande de durs partis chercher des filons d’or dans des terres sauvages et qui tiennent visiblement pas l’alcool.

Livre: Le Journal d'une femme de chambre, Octave Mirbeau, Folio, Folio  classique, 9782070375363 - Leslibraires.fr

Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau

Mirbeau étant du genre libertaire par qui le scandale arrive, on ne tombe pas de sa chaise de surprise en découvrant la fameuse femme de chambre: Célestine a compris comment fonctionne le système et joue le jeu sans en être sa dupe. Elle se fait la porte-parole des classes sociales modestes et soumises. C’est un bulldozer qui défonce les portes des salons privés pour exposer les classes aisées vicieuses, mauvaises, avares, vaines, indécentes, sans âme (oui, j’ai du vocabulaire) qui prétendent inspirer le respect par leur fortune ou leur rang. « Malgré les parfums, ça ne sent pas bon ». Vertu et respectabilité en prennent un coup. Alternant situation présente et souvenirs passés, Célestine dresse un tableau pas bien reluisant des faux-semblants dont se parent les classes aisées. C’en serait presque comique s’il n’y avait pas des passages carrément révoltants. Par l’époque de publication et le thème central, je craignais le style lourd (c’est mon premier Mirbeau) et le ton geignard. Au final le phrasé date un peu mais pas tant que ça, et reste très vivant. Quant au propos, il n’a pas pris une ride. Toujours est-il que j’aurais bien taillé une bavette avec cette femme de chambre qui n’a pas la langue dans sa poche.

Livre: La dame en blanc , roman, Wilkie Collins, Libretto, Littérature  étrangère, 9782369145059 - Leslibraires.fr

La dame en blanc de Wilkie Collins

Qui est-elle, cette dame tout de blanc vêtue? Dangereuse folle alliée échappée d’un asile ou gentille victime en sachant trop long? Le suspense est insidieux (un peu à la Rebecca de Du Maurier), le mal dort sous son propre toit, dans le cœur d’êtres retors planqués derrière leur masque de vertu. Y a pas à dire, l’intrigue capte bien le lecteur. Je dois être une grande sensible, parce que je suis un peu triste pour ce roman: c’est ZE pionnier du livre policier, mais le filon (« mystère dans le grand manoir du 19è siècle à l’ambiance gothique, avec ses habitants qui n’ont pas l’air net ») a depuis été tellement repris qu’il se retrouve noyé parmi les autres. Du coup, le plaisir de la nouveauté est gâché et il ne méritait pas ça. Alors rend hommage à ce livre, lis-le et apprécie la plume du mec qui n’a pas copié sur les autres, lui.

Page des Libraires

Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-Joo

On a beau savoir que dans certains pays la condition des femmes n’est pas follichone (mignon euphémisme parce que sinon je vais pleurer), mais alors dans ce récit, la condition de la femme (l’universelle, celle qui transcende les frontières) elle te revient en pleine tronche avec toute sa violence silencieuse et les dégâts invisibles qu’elle peut causer. Pourtant le ton est doux(-amer), sans chouineries ni revendications brutales, les faits sont exposés clairement, sans fioritures, et parlent d’eux-mêmes. Il y a beau y avoir une note d’espoir, avec les mentalités qui évoluent et même un beau portrait de féministe sur le tard, dans l’ensemble c’est pas bien reluisant. Kim Jiyoung, c’est le symbole de toutes ces femmes qui s’abandonnent en cours de vie pour se fondre dans le moule bonne fille/bonne épouse/bonne mère et s’effacer face aux porteurs d’un service trois pièces entre les jambes. L’héroïne développe un trouble de la personnalité, métaphore des bouts de soi-même que la femme a tendance à laisser de côté (personnalité, passion, métier) pour les remplacer par de belles briques de convention sociale aptes à combler les failles de la famille et de la société. Au fil des pages, on découvre la vie de Kim Jiyoung, formatée dès l’enfance à subvenir aux besoins des mâles de la famille au détriment de sa propre personne. L’injustice d’une vie manquée, le refoulement de la jalousie, devoir toujours en faire trois fois plus pour gagner deux fois moins. Un bel aperçu de la vie de femme en Corée, et un peu ailleurs aussi.

Livre: Eleanor Oliphant va très bien, Gail Honeyman, Fleuve éditions,  9782265116511 - Leslibraires.fr

Eleanor Oliphant va très bien de Gail Honeyman

Elle le dit elle-même: Eleanor Oliphant est autosuffisante. Elle bosse, elle a son chez elle dans lequel aucune âme qui vive n’a le droit d’entrer (même le gars du compteur d’eau), elle s’alimente de denrées aptes à la garder en vie et descend deux bouteilles de vodka par weekend. C’est la règle. Un rien psychorigide, ascendant asociale, avec une intelligence hors norme. Un début rigolo, mais sous son air roman feel good le récit est plus profond qu’il n’y paraît. Car ce bouclier d’habitudes lui sert avant tout à se protéger d’un traumatisme passé que l’on découvre au fur et à mesure. Ne sortez pas votre tenue de spéléo, on ne sombre pas pour autant dans un gouffre de pathos. Au contraire: jamais Eleanor n’est réduite à un rôle de victime. Même, le récit tout en monologue intérieur la rend drôle malgré elle, à force d’intellectualiser le moindre truc et d’être constamment à côté de la plaque, ce qui est super rafraîchissant. D’autant plus que son train-train va dérailler quand son chemin croisera celui d’un chanteur de seconde zone et d’un collègue geek débraillé.

Livre: Libres ! / manifeste pour s'affranchir des diktats sexuels, Ovidie,  Delcourt, Tapas, 9782756096247 - Leslibraires.fr

 Libres! Manifeste pour s’affranchir des dikats sexuels d’Ovidie et Diglee

Sois ci, Sois ça, Soissons (rayez la mention inutile): j’accroche très peu aux propos féministes extrêmes qui remplacent les injonctions patriarcales par leur propre diktat du guide de la femme-émancipée-comme-il-se-doit. Pour mon plus grand bonheur, Ovidie et Diglee ne cherchent pas à rajouter de l’huile sur le feu du barbecue (« casser une norme pour en imposer une nouvelle n’est jamais libérateur »). Le mot d’ordre ici est: tu as le choix (bord***!), prend conscience que tes automatismes viennent peut-être bien de normes pas si naturelles que ça, fais en fonction de ce qui te correspond et RESPECT comme dirait Aretha. Bref, t’as le droit d’endosser les clichés si tu kiffes, t’as aussi le droit de les retourner comme une culotte quand t’en n’as pas d’autre de rechange. Cette philosophie de « tu as un cerveau, utilise-le pour prendre tes propres décisions » me parle. Partagé en divers thèmes, le texte est à chaque fois concis, avec une langue déliée, moderne, sans tabou et trouve un bel équilibre avec les illustrations drôles et révélatrices en forme de BD.

Saga - Tonino Benacquista - Babelio

Saga de Tonino Benacquista

Quand une bande de scénaristes sur le carreau se retrouve à bosser ensemble pour pondre une série tv destinée à être diffusée au beau milieu de la nuit et qui, contre toute attente, trouve son public (pas la peine d’être devin pour le voir venir. Quel auteur parviendrait à broder 500 pages sur des scénaristes has been?). Mais le succès peut être un piège et l’engrenage se met en branle. Aussi, quand les 4 scénaristes délicieusement insolents se voient dépossédés d’une Saga promise à passer au rouleau compresseur du polissage, style propagande d’État, ça se rebelle! C’était sans compter le pouvoir d’identification du petit écran… Au cœur de la sitcom fictive comme dans ce roman bien réel, ça part en cacahuète. Si la première moitié, fraîche, fluide, drôle (pas de quoi se fêler une côte mais la trame « bande de créas lâchés en pleine nature » est sympa), reste ancrée dans le réel, la seconde, moins vraisemblable, s’essouffle. On n’est clairement pas dans la dénonciation du côté obscur des médias et de la précarité des intermittents: si vous cherchez une bonne lecture de plage pour cet été, allez-y.

Livre: Le Bouc émissaire, roman, Daphné Du Maurier, Le Livre de Poche,  Littérature & Documents, 9782253176701 - Leslibraires.fr

Le bouc émissaire de Daphné du Maurier

Je choisis rarement un livre sans l’avoir passé au crible de la 4è de couverture et d’une analyse croisée des commentaires du net (moi, cinglée?) mais Daphné du Maurier, j’y vais les yeux fermés. Parce qu’avant moi un certain Hitchcock avait déjà repéré son talent. Parce qu’en 3 livres elle ne m’a encore jamais déçue. Parce qu’avant d’être une histoire, c’est aussi un style où l’atmosphère oppressante tient le premier rôle. Ici, ça n’a pas raté. John et Jean, deux faces d’une même vie, l’Anglais seul et modeste, le Français riche et entouré. Lorsque les deux faces se rencontrent et s’inversent, John endosse contre son gré l’identité de Jean. Mais passé le moment d’impunité de faire toutes les folies au nom d’un autre, la farce se fait dangereuse. Les répercussions du mensonge sont véritables. John, c’est le pendant de Rebecca: une bonne âme, perdue dans un milieu inconnu dont les secrets pèsent lourds. D’ailleurs, sur le podium des meilleurs écrits de Du Maurier, je place sans hésiter Le bouc émissaire sur la première marche au côté de Rebecca.

L'amie prodigieuse - Elena Ferrante - Gallimard - Grand format - Place des  Libraires

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

Je suis tombée dans le piège de l’attente démesurée. Ce n’est vraiment pas nul, mais c’est loin du bouleversant phénomène littéraire que j’espérais. Ca se lit bien, mais le style ne nous tire pas des larmes par sa beauté. Gros point positif: la description d’un quartier miséreux du Naples des années 50, où tout n’est que violence et guerre intestines. Les familles sont malveillantes, les jalousies sont féroces, les vengeances sont brutales, les mots sont durs, les trafics sont nombreux, les hommes sont machos. Dans les quartiers mal famés de Naples, on est pauvre de cœur et pauvre d’argent. Et j’ai aussi aimé le parallélisme des deux parcours distincts, entre celle qui accède à des études inespérées et celle qui doit se cantonner à son chemin tout tracé par des siècles de tradition patriarcale, les deux aspirant chacune à ce que l’autre possède et se créant respectivement une amie « prodigieuse ». Les commentaires lus par-ci par-là ne mentionnent pas le double sens de prodigieux (« capable de prodiges par son intelligence ») qui pourtant se devine facilement, et n’insistent que sur la belle amitié de deux amies d’enfance. Je me suis peut-être fourvoyée, mais j’attendais une touchante histoire de sororité et j’ai découvert une amitié déséquilibrée par le rôle dominant de l’une sur l’autre, la narratrice se définissant constamment à travers cette espèce d’idole qu’elle s’invente, jalouse et surpasse tour à tour. C’est pas mal de trouver autre chose qu’une franche camaraderie sans nuage, mais posé à plat, et écrit de manière à ne jamais susciter l’empathie envers les deux fillettes (je me suis sentie impliquée à peu près autant que quand une mamie me raconte la grossesse de sa bru, à l’arrêt de bus), ça rend cette amitié toxique. Au final je n’en tire ni plaisir, ni déplaisir.

Livre: Au prochain arrêt, Hiro Arikawa, Actes Sud, Romans, Nouvelles,  9782330150129 - Leslibraires.fr

Au prochain arrêt de Hiro Arikawa

Une petite perle, comme à chaque fois que je me lance dans un livre japonais. Toujours des perspectives nouvelles (« Le héros de ce roman est la ligne Hankyū Imazu, l’une des moins connues du réseau Hankyū »), de la tranche de vie joliment décrite, épurée, raffinée, même dans son quotidien le plus…quotidien. Au rythme des arrêts, toute une galerie d’usagers de la ligne se croise, se frôle, se parle parfois. Les montées et descentes des uns et des autres provoque un effet domino, mais des dominos disposés en rond car le récit, divisé en deux parties (l’aller…puis le retour, 6 mois plus tard), s’attache à creuser chaque personnage, un morceau de leur vie et leur influence sur les autres. J’ai aimé ce stratagème d’utiliser un voyage en train comme excuse pour offrir un aperçu du Japon et de ses habitants, comme à travers la vitre d’un wagon. A défaut de partir en vacances…

Ratatouille ordonnée de…

… Mes bouquinages

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… Mes voyages

Un volcan d’amour pour l’Auvergne

J’aime les vaches (Et le Pulitzer de la phrase d’accroche est attribué à…). Il y en a qui ressentent l’appel de la mer et vont en Bretagne, moi je ressens l’appel de la vache et je vais en Auvergne.

A ce nom d’Auvergne, le ventre crie « aligot », les yeux revoient défiler les paysages, le cerveau du littéraire intello a envie de relire Astérix et le bouclier arverne (ben quoi ?)

En Auvergne, on prend de la hauteur

Sommet du Puy de Dôme ou du Puy Mary, plateau de Gergovie (1-0 pour Vercingétorix), château de Murol (majestueuse ruine, avec ses étendards qui claquent du haut de son promontoire et ses fauconniers et comédiens qui vous font revivre le quotidien d’autrefois) : la vue est toujours dégagée !

Mais parfois la surprise n’est pas tant au sommet qu’à l’intérieur. S’impose alors une petite visite aux grottes de Jonas (cité troglodyte) à Saint-Pierre-Colamine et au volcan à ciel ouvert de Lemptégy (qu’on préfère éteint, tant qu’à faire. Visite ultra intéressante, contrairement à Vulcania, trop propre sur lui et trop artificiel à mon goût, avec son nom d’épouse du capitaine Spock. Les énormes blocs de roches retrouvés à plusieurs kilomètres du lieu suffisent pour se rendre compte de la puissance d’une explosion de lave.)

En Auvergne, on communie avec la nature

Certes, on ne peut pas rater les volcans, mais l’Auvergne c’est aussi de l’eau. Et c’est pas Volvic (intéressante visite de l’espace information d’ailleurs) qui dira le contraire. Entre les lacs (les badass d’origine volcanique comme Pavin ou Chambon, ou Aydat, le plus grand de la région), les sources (très jolie balade en forêt à la découverte de la source de la Jordanne), les cascades (celle de Voissières mais surtout celle de Salins derrière laquelle il est possible de se faufiler), l’impressionnant viaduc de Garabit et le barrage de Grandval, le glouglou de l’eau n’est jamais loin.

En Auvergne, on… ben on habite

Parce que oui, les paysages sont grandioses, mais il y aussi des villes avec des vrais gens qui y vivent. Au cours de ma tournée triomphale dans la région, je suis passée par Chaudes-Aigues (et sa source du Par naturellement à 82°), Issoire (les jolies maisons colorées, son église imposante, sa tour de l’horloge qui offre une vue imprenable), Saint-Flour (ambiance gothique, Jésus-Noir et légende de la main de Saint-Flour compris. Tellement beau), Murat (pure cité médiévale), Saint-Floret (classé « un des plus beaux villages de France), Saint-Nectaire (où curieusement on s’extasie plus sur la magnifique basilique entièrement blanche que sur les fromageries), Clermond-Ferrant (je ne me prononce pas, je n’ai fait qu’un passage éclair pour visiter la cathédrale) et Salers (retenez ce nom : les maisons anciennes en pierre, la saucisse, les vaches : tout ce qui s’appelle Salers vaut le coup !) : absolument aucun de ces endroits ne m’a déçue et chacun a son caractère propre.

En Auvergne, on mange bien

Et là je pense que je touche la corde sensible de tout le monde. Quand je débarque quelque part, je découvre d’abord et avant tout avec mon estomac. L’Auvergne, c’est une valeur sûre : les saucisses, comme je disais plus haut, mais accompagnées d’aligot, la truffade, la gentiane, le punti aux pruneaux et le fromage, non mais LE FROMAGE ! Cantal, fourme d’ambert, Saint-Nectaire : si, comme chez moi, ces noms sonnent à vos oreilles comme une douce poésie, la visite d’une fromagerie s’impose. J’ai d’ailleurs percé le secret du saint-nectaire au cours d’une superbe visite guidée à La Pouzière.

Alors efface-moi de ce visage ce désespoir de ne pas pouvoir partir à l’autre bout du monde cette année sous peine de revenir en toussant comme un tuberculeux du 19è siècle et dis-toi qu’il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour en avoir plein la panse et les mirettes!

Arabir!*

[Cet article est sponsorisé par les fréquents arrêts pour aller caresser les vaches. Je ne parle que de ce que j’ai vu et appris sur place, avec toutes les lacunes et les erreurs que cela peut comporter. N’étant pas docteur ès instagram option filtres et retouches, mes photos ne sont pas de la meilleure qualité. Je le sais et je le vis très bien.]

« au revoir » en patois auvergnat. A ce qu’on m’a dit…

Bric-à-brac lectures, mai 2021

En mai, j’ai lu ce qui me plaisait (Ou pas. Ou bof)

Brocéliande par Jean-Louis Fetjaine | Littérature | Fantastique/SF/Horreur  | Leslibraires.ca

Brocéliande de Jean-Louis Fetjaine

Suite et fin du Pas de Merlin (toujours mieux de lire les deux pour avoir l’histoire complète). Fantasy historique. Autant le premier tome était plus historique que fantasy, autant celui-ci est plus fantasy que historique. Certes, on retrouve cette ratatouille de clans, de batailles et de noms-qui-défient-la-raison propre à l’Angleterre et à la Bretagne pré-moyennageuses (et dont l’auteur arrive à nous démêler les fils avec brio), mais l’accent est mis davantage sur la quête de ses origines au cœur de la forêt de Brocéliande par Merlin. Aimant plus le pan historique que l’imaginaire fantasy, j’avoue avoir préféré le tome 1, même si la sympathie que Merlin et le père Blaise m’ont inspirée (malgré la persistance rétinienne des acteurs de Kaamelott qui n’ont rien à voir avec la vision de Fetjaine) m’a fait apprécier la lecture. En somme: contente de l’avoir lu mais je n’approfondirai pas les livres de ce monsieur.

Kitchen de Banana Yoshimoto - Poche - Livre - Decitre

Kitchen de Banana Yoshimoto (suivi de Moonlight shadow)

Décidément, le Japon est une mine de lectures extra-ordinaires: après le fameux Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro adapté au cinéma (est-ce une manière détournée de vous inciter à le lire? oui), La formule préférée du professeur de Yoko Ogawa centré sur un mathématicien sans mémoire (est-ce une manière détournée de vous inciter à le lire? oui) ou L’annulaire, nouvelle quasi fétichiste, de la même autrice (est-ce…), c’est de nouveau le jackpot avec l’histoire de Mikage, jeune femme douce et décalée qui doit faire face à la mort des gens auxquels elle tient le plus (parents partis trop tôt, grands-parents aimants, puis Eriko, transexuelle au grand coeur l’ayant recueillie) et qui trouve son salut en cuisine. Idem pour Satsuki, l’héroïne de la nouvelle Moonlight shadow, qui tente de survivre au décès de son petit-ami avec l’aide de son beau-frère, qui lui-même s’habille avec les vêtements de sa propre petite-amie décédée. Rien de lugubre, juste des gens qui font ce qu’ils peuvent pour sortir la tête de leur cauchemar, la sensibilité de l’autrice a tôt fait de transformer ces deux tristes nouvelles en bouffées d’espoir. Histoires de deuil un peu contemplatives, beaucoup introspectives, passionnément résilientes. Comme aux fourneaux, l’autrice a su mettre sur la balance de cuisine la juste dose entre le trop et le trop peu du discours. Très belle découverte.

Livre : L'anomalie écrit par Hervé Le Tellier - Gallimard

L’anomalie de Hervé Le Tellier

Vous savez comme souvent les séries tv françaises font pâle figure à côté des séries américaines? Ici, c’est pareil: un bon potentiel de page turner mais avec un goût d’artificiel et de forcé trop prononcé, comme les rires préenregistrés dans les épisodes jeunesse d’AB Productions, dans les années 90. Malgré son Goncourt étalé tout partout sur la couverture, je lui ai trouvé trop de défauts. Le premier tiers du livre n’est qu’un catalogage de personnages aux profils variés avec pour seul fil rouge piquant un peu la curiosité le fait qu’ils aient partagé un vol commun mouvementé (Pas la peine de s’attacher à eux: ils n’auront droit chacun qu’à 2 ou 3 chapitres tout au plus). On finit par se lasser des présentations et à s’ennuyer d’attendre une révélation qui ne vient pas. Quand celle-ci arrive, la porte s’ouvre sur de la science-fiction. Soit. Mais l’auteur en fait trop, de nouveau: une science-fiction qui frôle l’absurde, du tacle politique à grosses ficelles, trop de personnages, trop de longueurs qui n’ont l’air d’être là que pour que l’auteur étale sa science en nous bombardant de citations et de références. N’est pas Umberto Eco qui veut, dans le genre érudit-philosophe; comme son double fictif dans le récit, Hervé Le Tellier se démène beaucoup pour un résultat bien sans plus. Moins de personnages et des vies plus creusées dans « l’après phénomène » aurait peut-être sauvé l’ensemble, qui sait. Bref, ça se lit par curiosité, mais ne vous laissez pas avoir par le phare du Goncourt qui clignote au loin…

Livre : Pierre et Jean écrit par Guy de Maupassant - Le Livre de poche

Pierre et Jean de Guy de Maupassant

Instant psy: j’ai vécu un traumatisme au collège en lisant Boule de suif. Hypocrisie, bassesse, dédain des personnages: une vision de l’humanité que la petite jeunette que j’étais n’était pas prête à encaisser. Alors je me suis cantonnée aux écrits fantastiques de Maupassant. Depuis, j’ai eu le temps de me faire une idée sur pièce de mes congénères et il était temps que j’en fasse de même avec les autres écrits du monsieur. Qu’avons-nous là? De la jalousie fraternelle, du « il en a plus que moi c’est pas juste » version grands garçons. Maupassant construit volontairement deux frères que tout oppose, du physique au tempérament, les place en situation de déséquilibre (un des frères fait un héritage) et s’amuse à disséquer l’état d’esprit du laissé pour compte. Désœuvrement, espérances déçues, colère, soupçons, haine, cruauté, désespoir: un crescendo de la gamme de la jalousie finement mené, et toujours dans le cadre d’une Normandie du 19e siècle que Maupassant décrit si bien. Guy et moi, on n’a plus besoin de se faire des frissons pour s’apprécier.

Les secrets - Andrus Kivirähk, Clara Audureau - Le Tripode - Grand format -  Place des Libraires

Les secrets de Andrus Kivirähk

Petite bulle poétique estonienne. C’est en découvrant au fil des pages des illustrations aux traits enfantins lors de mon premier contact avec le livre que j’ai compris qu’il s’agissait d’un roman jeunesse (je ne m’étais pas méfiée, les autres écrits du monsieur sont à destination des adultes, et tout aussi excellents). Malgré ce détail, je peux vous dire que j’ai aimé retrouver l’imaginaire débridé de Kivirähk. Dans ce livre, adultes et enfants plongent chacun à sa manière dans son propre monde: pays merveilleux truffés d’animaux à sauver, ciel empli de nuages-ballerines, stade où briller comme un champion, château de reine, vie sous-marine… Finalement, seul le ronchonchon monsieur Mouton sans imagination en pâtit dans cette histoire. Une belle métaphore de l’imagination à cultiver et des jardins secrets à entretenir. Pour qui a plus de 10 ans et veut découvrir cet auteur, je conseillerais néanmoins plutôt L’homme qui savait la langue des serpents pour un premier contact.

Amazon.fr - Bouvard et Pécuchet - Flaubert, Gustave - Livres

Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert

Pour une fois que je lis du Flaubert, il fallait que je jette mon dévolu sur celui qui n’est pas fini (mais peut-on en vouloir à quelqu’un qui ne finit pas son travail parce qu’il est mort? Vous avez 3h, calculatrice et pendule de newton interdits. A sa décharge, Flaubert avait quand-même laissé une ébauche de scenario qui révélait son grand final). Flaubert se moque de la vanité humaine par une belle satire des hommes qui se croient plus savants que les savants après 2 lectures sur le sujet. Il aurait pu tomber dans le poncif moralisateur, mais son génie réside dans le choix de ses personnages principaux, Bouvard et Pécuchet, deux messieurs d’un certain âge copains comme cochon qui sont l’incarnation même de la bonne intention: ils veulent tout apprendre, tout connaître. Alors ils lisent, ils expérimentent; agriculture, médecine, religion, archéologie, philosophie, linguistique… tout y passe. En soi, c’est louable. Mais parfois l’intention ne suffit pas, et les deux compères qui n’ont pas les épaules pour et ne doutent de rien, vont d’échec en échec. Fiers et ridicules, nos deux héros apportent une touche comique à l’ensemble. Quant au pan stylistique, la lecture est fluide, on lève les yeux au ciel en lisant les péripéties des personnages, on aime se moquer d’eux, même si au fond on sait que parfois on est un peu pareil. J’ai apprécié la forme de « petit dico des savoirs du 19e siècle » que prend ce roman, autant dans le propos que dans les intéressantes notes de bas de page de mon édition (en me gardant bien de me croire spécialiste de la chose…) mais comme à chaque fois avec Flaubert, l’écriture ne capte pas totalement mon intérêt. Je n’ai pas ressenti le frétillement d’impatience de reprendre ma lecture après une pause. Ceci ne concernant que moi, je vous encourage quand-même à le tenter!

Le mystère d'Edwin Drood | Lisez!

Le mystère d’Edwin Drood de Charles Dickens

Décidément, je suis abonnée, parce que là encore on nage en plein mystère, c’est le mot, vu que Dickens aussi a eu la mauvaise idée de mourir avant de terminer son feuilleton. Et même pas un p’tit indice sur le dénouement qu’il avait prévu (conclusion: Flaubert était plus prévoyant que Dickens). Une bonne âme (le traducteur) a essayé d’avancer une piste en fin d’ouvrage, mais bon, c’est pas du cru (même si je lui reconnais le mérite d’avoir sacrément bien imité la plume de l’original). C’est bête: pile poil au moment où Dickens s’essayait à un nouveau genre: jeu de chaises musicales amoureux, soupçon de meurtre, disparition inexpliquée. Le « style Dickens » reste quand-même bien palpable: atmosphère feutrée de l’Angleterre du 19e, personnages bien campés et critique de la société à travers les haut-placés qui en prennent pour leur grade. Par contre, pas de fresque historique avec personnages à foison éclatés sur le territoire: ici, le nombre restreint de personnages se concentre dans une petite ville qui ne paie pas de mine, avant que l’action ne se transporte tout entière à Londres. Mis à part le détail du dénouement que l’on ne peut pas vraiment reprocher à l’auteur, c’était malgré tout bien sympa de ne pas retrouver l’auteur exactement là où on l’attendait.

Livre : Le colonel Chabert écrit par Honoré de Balzac - Pocket

Le colonel Chabert de Honoré de Balzac

La plus magistrale dégringolade sociale que j’ai eu l’occasion de lire. Un poissard comme on n’en fait plus, le colonel! Laissé pour mort dans un charnier lors d’une guerre napoléonienne, sa véritable bataille se déroulera contre la société. « Ressuscité » après de longs mois de convalescence, il découvre que sa vie ne lui appartient plus: sa femme s’est remariée et dispose à sa guise des biens hérités de son « défunt » mari. Comment alors récupérer sa vie d’antan? Critique de l’implacable système judiciaire, critique de la haute société où tous les coups sont permis pour se faire sa place au soleil, c’est cynique et dramatique, la bonté et la gentillesse étant impitoyablement broyées. La condition humaine dans toute sa splendeur.

Livre : Le seigneur des anneaux écrit par John Ronald Reuel Tolkien - Pocket

Le Seigneurs des anneaux de J.R.R. tolkien

Bravoure et testostérone. Lis l’avis de Moi, fille de Mon Père, reine du Royaume à l’Est du Périph’ (si t’es pas un initié, tu peux pas comprendre). Enfin le courage m’est venu de lire ce pavé aussi haut que la tour d’Isengard (et même pas un vieux barbu pour m’y pousser, notez bien). Originalité de l’histoire et fluidité de l’écriture à la puissance 1000! Douze ans de dur labeur pour que Tolkien crée ce beau bébé de 1500 pages. Ca valait le coup de suer: un univers élaboré au cordeau, avec un tissage complexe de liens entre différentes races et un passé réfléchi sur des millénaires; le sens du détail à son paroxysme (je ne reviens pas sur les systèmes linguistiques mis sur pied de a à z par Tolkien); et du suspense à son comble, des personnages tous intéressants à leur manière (contrairement au Frodon mou du genou des films) qui évoluent dans des décors grandioses décrits à la perfection. Malgré un monde peuplé d’orques, d’uruks et autres bestiaux vaguement humains, Le Seigneur des anneaux ne se lit pas en gardant conscience d’être avachi dans son fauteuil. Que nenni: on s’immerge, on s’attache aux stresse pour les personnages, on plonge tête la première dans cette Terre du Milieu que le format roman-fleuve nous laisse le temps de considérer comme notre chez nous. D’aucuns bouderaient la modification, dans la traduction de Daniel Lauzon, de certains noms propres presque passés au patrimoine de l’humanité (foin de « mon précieuuuux » et de Saquet. Ici c’est « trésor » et Bessac), perso j’ai réussi à passer outre sans mal. Et la snobinarde qui clame toujours haut et fort que « les livres, c’est têêêêllement mieux » avec un petit air suffisant? Elle en dit quoi la snobinarde? Et bien la snobinarde ferme son clapet: à quelques omissions et raccourcis près, les films respectent totalement les livres (il faut dire qu’avec une trilogie qui te remplit tes soirées sur 2 semaines, Peter Jackson pouvait se permettre d’être fidèle aux détails) mais il n’empêche (relou en approche) que le point de vue omniscient du narrateur permet une bien meilleure compréhension des personnages et que même si les effets visuels sont parfaitement réussis, s’immerger à son rythme à la lecture des descriptions de Tolkien reste incomparable. Non, en fait: TOLKIEN est incomparable.

Livre: Malamute, Roman, Jean-Paul Didierlaurent, Au Diable Vauvert,  Litterature Gen, 9791030704198 - Leslibraires.fr

Malamute de Jean-Paul Didierlaurent

(gracieusement offert par babelio). On lit deux romans d’un auteur (Le liseur du 6h27 et Le reste de leur vie), et on croit le connaître. Son écriture, avec son sens de la formule, ses métaphores bien trouvées, sa justesse dans la description des petits riens du quotidien et son verre à moitié plein, qui fait dire que oui, la vie est dure parfois mais on peut y trouver de la pépite de bonheur par-ci par-là. Bref, je croyais connaître ses romans, réconfortants comme une brioche sortie du four. Et là paraît Malamute. Le réchauffé, il ne connaît pas, le Jean-Paul: il m’a bien prise à rebrousse-poil (de chien)! On retrouve la joliesse (oui, la joliesse: j’avais envie d’écrire ce mot, laissez-moi) de son style, mais la bienveillance a été remisée au placard. Roman noir pour paysage immaculé. Telle une boule de neige qui roule et grossit, le récit va en s’assombrissant. Huis clos entre un vieil homme au lourd secret, une jeune femme en quête de ses origines et un jeune homme qui se reconstruit après un drame: trois âmes solitaires dont le sombre fil qui les unit va se faire jour au fur à mesure du récit et des pages d’un ancien journal intime. Le tout sur fond de blizzard vosgien quasi surnaturel et avec l’ombre d’une bête mi-loup, mi-malamute (et re-mi-loup derrière. Vous avez la référence?) Je n’attendais pas cet auteur sur ce terrain (enneigé). Une vraie belle lecture, d’un auteur qui sait se renouveler. 

That’s all Folks!

J’ai testé pour vous: critère insolite pour choix de lecture #4

Manque d’inspiration quant au choix de ta prochaine lecture? Aucune couverture n’attire ton œil, aucun titre n’attise ta curiosité, les noms des auteurs proposés sont toujours les mêmes? Aujourd’hui je te propose:

Lire des livres dont tu n’assumerais pas la couverture en public

Pour toi et pour la science, j’ai tenté l’expérience (sacrifice, don de soi, je suis formidable je sais je sais). Le ridicule ne tue pas, j’en suis la preuve vivante.

Amazon.fr - L'art de péter - Hurtaut, Pierre-Thomas-Nicolas, De Baecque,  Antoine - Livres

Funèbres! Tour du monde des rites qui mènent à l’autre monde de Juliette Cazes

[parce que certains titres attirent l’œil]

Un très beau livre dont le titre te colle d’emblée soit une aura de tueur en série, soit une aura de dépressif suicidaire. En un sens c’est bien dommage que la couverture de cet ouvrage soit faite pour attirer des ados gothiques en mal de sensations macabres, car il s’agit en réalité d’un volume écrit par une anthropologue passionnante et passionnée qui dresse un état des lieux (non-exhaustif) de diverses manières de « vivre la mort » à travers le monde. Un ouvrage très enrichissant, étayé et rigoureux, malgré le thème qui laisse songeur.

Amazon.fr - PO-LITTLE BOOK OF BIG BREASTS - Hanson, Dian - Livres

The little book of big breasts de Dean Hanson

[parce que les photos porno chic ne trompent personne]

Vous avez le titre. Vous avez l’image. Rien d’autre à ajouter. Feuilleté dans un rayon de librairie, il s’agit surtout d’un catalogue de photos qui se font plus ou moins passer pour de l’art (le noir et blanc a bon dos, parfois), mais relève plus de l’érotisme au vu de l’expression aguicheuse qu’affiche la plupart des modèles.

Amazon.fr - La Part de l'autre - Schmitt, Eric-Emmanuel - Livres

La part de l’autre d’Eric-Emmanuel Schmitt

[parce que certains visages ne rappellent de bons souvenirs à PERSONNE]

Ne vous méprenez pas: ce roman est une pépite! Mi-biographie romancée, mi-exercice d’imagination. J’aime beaucoup la plume de cet auteur, et surtout j’aime sa façon de se mettre en danger en abordant des sujets casse-gueule, ce qui n’est rien de le dire (comme ). Plus qu’un roman, c’est surtout une réflexion poussée sur le thème « Que ce serait-il passé si…? » qui ne dédouane en rien les tristes faits du personnage ayant existé. J’avoue avoir lu ce livre exclusivement chez moi, ayant trop peur qu’à l’extérieur on me colle une étiquette.

Critère totalement hasardeux de la couverture qui fait honte passé au crible d’une totale non-objectivité: VALIDE! L’habit ne fait pas le moine: souvent trompeuses et recelant des bijoux, les couvertures choquantes (et donc plus vendeuses) n’en disent pas si long que ça sur leur contenu. Ne reste que ta propre force intérieure pour assumer, ou non, en public.

Bric-à-brac lectures, avril 2021

En avril, mes doigts pleins d’oeufs en chocolat fondu ont fait des taches sur:

Livre : Les rois maudits écrit par Maurice Druon - Plon

L’intégrale des Rois maudits de Maurice Druon

Si tu cherches des romans historiques style Alexandre Dumas, mais version moyen-âge et avec un style peut-être un brin plus fin, sache que cette intégrale a tout pour susciter des vocations de prof d’Histoire. Je ne vais pas m’attarder sur les 7 tomes/1500 pages, mais disons que ça démarre avec Philippe le Bel qui se fait maudire sur 13 générations par le Grand-Maître des Templiers, en train de cuire sur son bûcher après avoir avoué sous la torture tout un tas de trucs d’hérétiques (c’est succinct comme résumé). De là moult péripéties, trahisons, couronnements, jeux d’échiquiers politiques, manigances etc… le tout raconté d’une main de maître par Maurice Druon (et son escouade d’auteurs anonymes) qui gère son sujet, sait prendre de la hauteur par rapport aux faits et les restitue de manière à ne jamais te faire relever le nez de ton livre. Alors certes, ce qui ne sont que des présomptions de l’Histoire (meurtre, empoisonnement…) deviennent ici certitudes, pour plus de romanesque (ceci dit, on est plus sur de la stratégie politique des hauts sommets que du duel de mousquetaires en pleine rue, forcément, il fallait bien trouver quelque chose pour capter l’intérêt du lecteur). Le Moyen-âge, époque où la violence prédominait et où la mort était partout, est loin d’être romantisé, alors si tu as le cœur sensible il faudra s’accrocher, mais ce serait dommage de passer à côté d’une telle œuvre, ne serait-ce que pour réviser ses rois de France (tu te rappelais de Jean II, toi?). 

Livre : Amazonia écrit par James Rollins - Pocket

Amazonia de James Rollins (lecture commune avec Morgane de Des lignes et des Mots)

Une histoire de pandémie mondiale et mortelle, histoire de me changer du quotidien. Sauf que là ça ne vient pas d’un pangolin chinois mais d’un homme porté disparu depuis 4 ans venu mourir de multiples cancers agressifs dans un village de la jungle amazonienne. On se retrouve à suivre une expédition qui va de mystère en mystère, avec des morts violentes en pagaille. Amazonie, terre hostile. Vraiment bien écrit, dans le genre page turner. Les personnages sont tous crédibles, et la seule critique que je ferais porte sur le traitement des personnages féminins: médecin compétente, linguiste surqualifiée, robuste rangers, sorcière talentueuse, toutes, TOUTES, sont avant tout décrites comme belles et sexy, à croire que Rollins nous fait partager ses plus intimes fantasmes. Hormis cela, difficile de reprendre haleine tant la surenchère de rebondissements est présente (pour résumer, l’action démarre page 2 et se termine à 3 pages de la fin), l’auteur nous emmène vers l’inattendu, les effets de surprise sont plaisants, l’adrénaline monte en même temps que celle des personnages. Bonus non négligeable, on sent le travail de recherche en amont (on en ressort avec plein d’infos intéressantes sur le fonctionnement dans la jungle, les particularités de certaines espèces animales et végétales, de quoi briller en société visioconférence)

Livre : Cookie monster écrit par Vernor Vinge - le Bélial

Cookie Monster de Vernor Vinge

Chez Belial, j’avais trouvé et étonnamment apprécié L’homme qui mit fin à l’histoire. J’ai voulu voir si c’était un coup de bol ou non, alors j’ai pioché un autre livre de cette maison d’édition, en choisissant ce titre parce que manger des cookies, c’est ma vie (don’t judge). Au final, on part plus sur du cookie informatique (ceux-là aussi, je m’en mange). Ce récit a une construction surprenante, presque abyssale, où à chaque chapitre on s’enfonce un peu plus dans le cauchemar numérique. J’y connais rien en hard SF, en intelligence artificielle et en « singularité » donc je ne vais pas écrire une critique plus longue que le livre, mais cette plongée dans l’univers clos des grosses compagnies m’a tout à la fois fait passer un très bon moment et m’a fait découvrir de nouvelles notions. Du coup je garde Le Belial comme fournisseur de bonnes lectures.

Livre : Vita nostra, Les métamorphoses. Volume 1, écrit par Marina  Diatchenko et Sergueï Diatchenko - Atalante

Vita Nostra de Marina et Sergueï Diatchenko

Roman fantasy à tendance slave écrit à 4 mains. Ce n’est pas un roman qui se livre facilement, il requiert des efforts. Mais ce que je prenais au départ pour une faiblesse et devenu au fil des pages un coup de génie tant les auteurs arrivent à nous placer au milieu des personnages, tout aussi frustrés (« c’est trop tôt pour vous expliquer, mes chers élèves, mais poursuivez vos efforts »). Lui et moi, on n’est pas partis du bon pied. Il faut dire qu’au premier abord l’histoire est pour le moins abracadabrante: une ado qui, sous la contrainte, passe de mystérieux tests « super-sélectifs » (faire des longueurs à poil dans la mer en nocturne, faire son jogging à 5h pétantes et faire pipi derrière un buisson…) pour intégrer une école à laquelle elle n’a pas postulé. Une école non moins mystérieuse, oppressante sans pouvoir mettre le doigt sur le truc malsain, dont on se demande ce qu’ils peuvent bien y étudier. Un bon terreau, un peu longuet à faire pousser ses fruits. Et puis la magie opère, on se laisse prendre au jeu du grand n’importe quoi, qui peu à peu acquiert presque une aura philosophique, dans lequel les auteurs s’embarquent, un peu comme un miroir du lâcher prise auquel sont contraints les personnages. Je n’ai jamais lu un livre aussi…concret et abstrait tout à la fois. La fin ne déroge pas à la règle (« il n’y a pas de mots pour expliquer, vous devez comprendre par vous-même ») et peut laisser songeur si l’on ne se crée pas sa propre interprétation satisfaisante, mais le plaisir de cette lecture réside sur la durée, non sur la chute finale. Ce livre, c’est une épreuve, un parcours…et une perle. Les amateurs du genre seront ravis de cette bouffée d’air frais dans l’univers de la fantasy.

Kerfol et autres histoires de fantômes d’Edith Wharton

Une plongée dans le fantastique. Premier contact avec cette autrice dont l’écriture me rappelle Maupassant, avec une tendance peut-être un peu plus marquée vers le gothique, selon les nouvelles. Pas de montagnes russes quant à la qualité, toutes les nouvelles se valent avec ce constant souci de la description et du mot juste qui se ressent à chaque instant. En bon style victorien, on oublie la grosse ficelle du drap blanc percé de 2 trous qui flotte dans les airs. C’est plus subtil: le fantôme n’apparaît pas, il se laisse deviner. Pour les sensations fortes, on repassera mais la qualité d’écriture et la petite chair de poule sur les avant-bras le temps d’une lecture en nocturne valent le détour.

Belphégor - Arthur Bernede - Libretto - ebook (ePub) - Le Hall du Livre  NANCY

Belphégor d’Arthur Bernède

L’opéra avait son fantôme, le Louvre aura le sien. Pas cinéphile pour deux sous, je vous fais grâce de l’étude comparée roman/feuilleton tv. Il y a du suranné dans ce roman policier à l’ancienne avec ses expressions d’antan et ses mœurs d’une autre époque (et ses voitures super rapides qui pointent à 100 km/h). Intrigue pleine d’actions, avec pas mal de plot twists plus ou moins tirés par les cheveux, le tout très ancré dans la réalité du Paris de 1920. Le journaliste et le détective se disputent un peu le premier rôle, autour desquels gravitent des personnages secondaires quelque peu caricaturaux: la dame de compagnie revêche, le méchant bossu, l’héritière insupportable, l’amoureuse, le prétendant, le couple de richards snobs et grotesques… Lecture fluide et dénouement inattendu. C’est désuet juste ce qu’il faut pour une lecture singulière et sympatoche.

Le pas de merlin - Jean-Louis Fetjaine - Belfond - ebook (ePub) - ALIP

Le pas de Merlin de Jean-Louis Fetjaine

Une lecture entamée avec un coup de corne de brume en tête, façon kaamelott, parce que figurez-vous que l’on va suivre le pas de … Merlin (si vous aviez pas trouvé, vous êtes nuls vraiment). Alors attention, quand je dis « Merlin », ne pensez pas (trop) au mythe de Merlin l’enchanteur mais plutôt à Myrddin le barde (vachement moins connu, vous en conviendrez), qui a inspiré la légende. Vu le haut mélange entre réalité et imaginaire, on est plus dans de la biographie d’un mythe (mention spéciale au prologue où l’auteur nous démêle les faits historiques) que dans de la fantasy historique (les touches « magiques » restent rares). La (riche) fresque de la Grande-Bretagne pré-Moyen-âge suscite l’intérêt du bon élève à lunettes qu’on a tous en nous, et la touche fantasy aide à faire passer la pilule du charabia de clans, alliances et guerres qui la truffaient. C’est captivant, mais pas vraiment immersif, au point que j’ai failli vous dire que je ne lirais le tome 2 (Brocéliande) que si je n’ai rien d’autre de mieux à me mettre sous les lunettes sauf que… le 2e volume s’avère nécessaire pour avoir l’histoire complète (ô rage, ô frustration!).

L'Affaire Jane Eyre, de Jasper Fforde

L’affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

La plupart des gens vous diront qu’ils ont tenté ce livre parce qu’ils adorent Jane Eyre (moi aussi j’adore, mais c’est pas le propos). Je ne suis pas la plupart des gens. Moi j’ai tenté ce livre parce que la couverture avec un dodo sur une conserve me turlupinait trop. L’affaire Jane Eyre, un titre parfaitement transparent, qui laisse deviner que l’héroïne du roman sera… Thursday Next, inspectrice à la brigade littéraire, dont le rôle est de remettre chaque livre à sa place, si j’ose dire, dans un monde où la littérature est religion. Alors quand le vol d’un précieux manuscrit de Dickens est commis et que Jane Eyre est kidnappée au sein même de son livre, visiblement par le terrible Hadès Achéron, elle fonce, aidée par des apparitions pour le moins curieuses d’Edward Rochester himself. Il y a deux types de romans d’enquête: les super sérieux bourrés de suspense et les légers qui cassent pas trois pattes à un canard. Et puis il y a L’affaire Jane Eyre. C’est léger et sérieux, c’est farfelu et intelligent, c’est un feu d’artifice d’idées folles agencées avec cohérence, c’est une trame hors du commun et parfaitement construite dans laquelle évolue toute une gamme de personnages haut en couleurs, du père qui manipule le temps au collègue chasseur de vampires à la coupe rasta en passant par le vieux tonton inventeur fou. C’est…C’est…à lire, tout simplement!

Livre : Les frères Karamazov écrit par Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski - Le  Livre de poche

Les frères Karamazov de Dostoïevski

Ma vision (biaisée. Vieux traumatisme scolaire) de la littérature russe: maussade et statique. Appréciez alors le courage de celle qui n’a pas craint de s’attaquer à ce pavé et ses noms propres à rallonge. En réalité le courage n’aura duré que quelques pages tant j’ai plongé tête la première dans ce récit. Histoire du vil et vieux Karamazov et de ses trois fils qui gravitent les uns autour des autres dans la Russie du 19e siècle et sont comme autant de facettes plus ou moins reluisantes d’une même humanité imparfaite. Pas la peine de s’étendre sur les histoires d’amour, de trahison et de meurtre (encore que le suspense tient bien en haleine): elles ne sont que prétextes à un profond questionnement philosophique sur des thèmes aussi divers que l’Homme, la morale, la foi, la justice, les institutions religieuses, le bien et le mal. L’exaltation confère à la folie, les déchéances sont douloureuses, la souffrance est intense, la bonté est sans limite: à l’instar des frères, dans ce récit les émotions comptent triple. Le texte reste exigeant même si Dostoïevski guide son lecteur, et sa première parution en feuilleton laisse des traces sous forme de longueurs. Dans le genre « grand classique qui ne l’est pas pour rien », même si ça m’a moins « bouleversifiée » que Les Misérables (pas le même style, me direz-vous), ce livre n’en est pas moins un monument.  

Livre : Oh, boy ! écrit par Marie-Aude Murail - Ecole des loisirs

Oh boy! de Marie-Aude Murail

Avec cette autrice, j’ai tendance à foncer les yeux fermés sans prendre la peine de lire la 4e de couverture. Parfois j’oublie que Marie-Aude Murail ne craint pas d’aborder les sujets sensibles auprès des jeunes lecteurs. Je n’étais pas prête à encaisser 3 orphelins, un homosexuel qui tente de surnager dans le Paris des années 2000 et une maladie grave. Ca m’a toute chamboulée. Mais comme toujours, Marie-Aude Murail dépeint magnifiquement l’humain, les personnages ont leurs manies, leurs forces et leurs faiblesses, la fin n’est qu’en demi-teinte de rose bonbon parce que rien n’est jamais parfait en ce bas monde mais il y a de l’espoir. Mais surtout, Marie-Aude Murail c’est toujours cet art de raconter avec délicatesse la dureté de la vie. Oh boy, que j’ai aimé cette lecture.

That’s all Folks!

J’ai testé pour vous: critère insolite pour choix de lecture #3

Manque d’inspiration quant au choix de ta prochaine lecture? Aucune couverture n’attire ton œil, aucun titre n’attise ta curiosité, les noms des auteurs proposés sont toujours les mêmes? Aujourd’hui je te propose:

Lire des livres mettant en scène ton animal préféré.

Pour toi et pour la science, j’ai tenté l’expérience (sacrifice, don de soi, je suis formidable je sais je sais). Je vais encore rater une possibilité d’être classe, mais je ne ressens aucune admiration particulière pour les lions, les serpents ou autres animaux qui en jettent. Non. Moi j’aime les vaches.

Amazon.fr - Meuh ! - Morel, François, Patry, Christine - Livres

Meuh! de François Morel

Un Deschiens* qui parle d’une vache. Qui connaît François Morel ne s’étonnera pas de l’humour par l’absurde de ce très court récit d’un ado qui se transforme le plus naturellement et le plus joyeusement du monde en bovin. Certainement pas l’ouvrage dont je me rappellerai jusqu’à la fin de mes jours, mais la beauté de l’écriture sauve l’ensemble.

Amazon.fr - Pourquoi les vaches ne peuvent-elles pas descendre les escaliers  ? - Coutelis, Al, Heiney, Paul, Lepage, Caroline - Livres

Pourquoi les vaches ne peuvent-elles pas descendre les escaliers? de Paul Heiney

Un livre que tu peux faire trôner dans tes toilettes, histoire de t’occuper et d’en sortir plus intelligent qu’en y entrant. Il s’agit d’un recueil de réponses « vulgarisées scientifiquement » à des questions touchant divers domaines (univers, animaux, corps, sensations, cuisine, nombres…). Typiquement le genre d’ouvrage qu’on lit au compte-goutte, un sourcil relevé en pensant « ah tiens, je ne savais pas ». Ce n’est jamais inutile de parfaire sa culture G et ce livre en vaut bien un autre du même acabit. (spoiler: les vaches n’ont pas une flexion de genoux adaptée à la descente d’escalier, même si elles peuvent le monter. Tu sauras)

Amazon.fr - Le Fabuleux destin d'une vache qui ne voulait pas finir en  steack haché - SAFIER, David, BARRET, Catherine - Livres

Le fabuleux destin d’une vache qui ne voulait pas finir en steak haché de David Safier

Après le destin d’Amélie Poulain, voici celui de Lolle La Vache qui, à l’instar d’un certain nain de jardin, aimerait voyager en Inde. Pas la peine de siéger à l’Académie Française pour présager d’après le titre qu’il s’agit d’une histoire déjantée plutôt que d’un plaidoyer virulent envers la cause animale. Bingo. Même au 12e degré, ce roman, qui essaie de nous faire croire malgré tout qu’il a un message fort sous-jacent à faire passer, est d’une platitude sans nom. Mélange de bons sentiments qui n’évitent pas le ridicule tant on atteint le degré zéro de la subtilité, avec un humour aussi lourd que les fesses d’une vache. Le seul moment où j’ai ressenti un soubresaut dans mon encéphalogramme anesthésié a été lorsque j’ai calculé le temps perdu à lire ce livre affligeant.

Critère totalement hasardeux de son animal favori passé au crible d’une totale non-objectivité: NON-VALIDE! Cette expérience a été de mal en pis (si j’ose dire), les vaches sont loin d’inspirer le bon goût et la sophistication. Néanmoins, tu peux tenter ta chance avec ta propre bestiole préférée, même si ta quête risque d’être ardue si tu voues un culte aux moloch hérissés ou aux poissons-pénis.

*Si tu ne sais pas qui sont les Deschiens, wikipedia est ton ami.

Bric-à-brac lectures, Mars 2021

Mars, et ça repart! Ce mois-ci, en lectures, j’ai savouré (sans en avoir plein qui colle aux dents):

La peste - Albert Camus - Gallimard - Poche - Place des Libraires

La peste d’Albert Camus

Dans l’ère des influencers web, je suis clairement du côté des influencés: l’enthousiasme communicatif de Missbouquinaix pour Albert Camus m’a fait sauter le pas pour découvrir ce classique. Paraît-il que ce roman a connu un regain d’intérêt grâce au covid (même quand je ne fais pas exprès, j’arrive à ne pas être originale…). Ca me laisse perplexe de vouloir transposer une pandémie mondiale au récit d’une épidémie circonscrite à une ville, mais surtout de biaiser à ce point le message de l’auteur. Parce qu’en réalité, la peste s’avère être une brillante métaphore filée du nazisme et de la guerre (j’avoue, je ne l’ai pas trouvé toute seule, j’ai fait quelques lectures parallèles pour ne pas passer à côté du roman). L’écriture peut sembler froide, le regard clinique posé sur la situation peut perturber, mais j’ai trouvé ce style très à propos. Le manque d’empathie (volontairement?) incité fait de chaque personnage un simple rouage anonyme face à l’ampleur du fléau, c’est très subtil et ça fait réfléchir. On n’est pas passé loin du coup de coeur, et covid ou pas, ce livre mérite d’être lu.

Les brumes de Riverton - Kate Morton - Pocket - Poche - Place des Libraires

Les brumes de Riverton de Kate Morton

Très Downtown Abbey avec sa peinture british victorienne (sachant que je n’ai jamais vu Downtown Abbey. Je raconte vraiment n’importe quoi sur ce blog). Secret de famille aristocratique révélé au fil des pages par différentes narrations: lettres, flashbacks, scenario de film, coupures de presse, souvenirs d’une nonagénaire dont l’âge permet en même temps de dresser un tableau du siècle entier et de ses bouleversements. Quelques longueurs mais le récit m’a happée. Après 50 pages, j’avais déjà déterré une des pierres angulaires de l’intrigue, mais pas la plus importante heureusement (je mettrais bien ça sur le compte de mon haut degré de perspicacité, mais je n’y crois pas moi-même). C’est quand-même un beau tour de force de la part de l’autrice de baser toute l’intrigue sur le flou des événements le jour d’un drame presque 70 ans auparavant, et de tenir en haleine le lecteur pendant quasi 500 pages en racontant comment on faisait le ménage à l’ère victorienne, sans jamais l’ennuyer.

La fabrique des mots - Erik Orsenna - Corps 16 - Grand format - Librairie  Gallimard PARIS

La fabrique des mots d’Erik Orsenna

Qu’est-ce qui m’a poussée à lire ce conte pour enfant? La curiosité (comme souvent, me direz-vous). Linguiste de formation, je voulais voir comment ce monsieur dont j’avais beaucoup aimé le précis de mondialisation Géopolitique du moustique se débrouillait pour introduire des notions de linguistique (qu’est-ce que la phrase, le mot, le verbe, l’étymologie, etc..) auprès de pré-ados. Je suis épatée: sous couvert d’une histoire de dictateur n’autorisant que 12 mots, il vulgarise sans appauvrir. Les métaphores toute douces sont efficaces, l’ensemble est auréolé de poésie. Attendrissant, instructif, pédagogique. A partir de 10 ans et jusqu’à pas d’âge.

Autobiographie d'une courgette - Gilles Paris - J'ai Lu - Poche - Place des  Libraires

Autobiographie d’une courgette de Gilles Paris

Il était 11h30, j’avais faim, le titre m’a drôlement parlé. J’ai eu raison: c’est un petit bonbon ce livre! Ca parle du quotidien d’un gamin et de tous ses copains d’orphelinat anciennement maltraités, c’est plein d’émotions mais jamais pathos parce que l’auteur arrive à insuffler de la légèreté en adoptant le point de vue d’Icare, 9 ans, surnommé Courgette (du prénom ou du surnom j’arrive pas à savoir lequel est le plus ridicule), qui, du haut de toute son innocence, sait encore trouver le beau dans le monde. Un point en plus pour Gilles Paris qui n’a pas été à la facilité en présentant les parents maltraitants avec un éventail de nuances très réaliste (des parents dépassés, démunis, qui souvent se noient eux-mêmes dans un quotidien qu’ils ne savent plus gérer; sans les excuser, l’auteur rappelle que rares sont ceux qui fabriquent un enfant dans l’optique de devenir un mauvais parent). J’ai mon p’tit coeur guimauve tout chamboulé. C’est tendre, parfois dur, mais ça reste une belle bouffée d’optimisme qui jaillit d’un sujet pesant.

La mort d'ivan illitch - suivi de maitre et serviteur et de trois morts -  Léon Tolstoï - Librairie Generale Francaise - Poche - Place des Libraires

La mort d’Ivan Illitch de Tolstoï

Avec un titre pareil, on se doute que la lecture ne sera pas joyeuse. Court roman sur la lente désillusion et le repli sur lui-même d’un homme proche de la mort, la lecture est néanmoins très intéressante quand on se penche sur les mécanismes d’introspection que Tolstoï décrit. Ce roman, c’est une bonne surprise, sans être une révélation: j’ai souvent du mal avec les auteurs russes, mais Tolstoï a su capter mon attention.

L'étranger - Albert Camus - Gallimard - Poche - Place des Libraires

L’étranger d’Albert Camus

(oui, Camus c’est ma découverte du mois). De nouveau, j’ai accroché. L’écriture sèche de Camus me parle: le fait même qu’il n’y ait aucune fioriture la rend spéciale. Plus que l’aura colonialiste de l’oeuvre (y compris dans le titre qui en dit long), j’ai surtout adoré la construction du personnage de Meursault, étranger aux autres dont les faits et gestes lui sont toujours égaux, et comme étranger à lui-même, hors de lui, sans réflexion si ce n’est une pensée immédiate et un simple ressenti des besoins primaires. Le thème de l’absurde, dont traite ce roman, est bien palpable à travers ce personnage. Là encore, c’est un quasi coup de coeur.

Qui veut la peau de Maori Cannell ? - Marie-Aude Murail - Babelio

Mais qui veut la peau de Maori Cannell? de Marie-Aude Murail

Je me suis fait un kiff. Parce que: Marie-Aude Murail. Et puis parce que: Nils Hazard, étruscologue et fin détective, découvert à mes 11 ans, mon futur mari idéal de l’époque malgré la différence d’âge. Puis la vie nous a séparés. Aujourd’hui, je découvre que la saga (que j’avais arrêtée à l’excellent Tête à rap) s’est enrichie loin de moi. Je n’ai pas pu résister. La différence d’âge est sacrément moins marquée, 27 ans plus tard (être un personnage de roman, c’est quand-même flatteur en termes de temps qui file), et même si ce n’est pas le meilleur opus, le plaisir est toujours intact dans cette histoire de tueur de mannequins.

Dead Mountain: The Untold True Story of the Dyatlov Pass Incident (English  Edition) eBook: Eichar, Donnie: Amazon.fr

Dead mountain: the untold story of the dyatlov pass incident de Donnie Eichar

Preuve que le choix d’un titre fait beaucoup, je me suis retrouvé à lire un livre qui promettait de m’expliquer en détail le pourquoi du comment d’un événement…dont je n’avais jamais entendu parler (autant dire que les teasing fonctionnent bien avec moi). Pour la faire courte: en 1959, les corps de 9 jeunes randonneurs expérimentés sont retrouvés suite à leur expédition sur la Dead Mountain qui porte bien son nom. Scènes incompréhensibles, blessures inexplicables, signes de radioactivité, aucun survivant pour raconter, de quoi créer le mystère. L’auteur a effectué un très bon travail de recherche sur ce fait divers (d’hiver?), donne une touche humaine à son récit, et surtout, SURTOUT, il a réussi à me faire aimer lire 250 pages de montagnes (j’aime pas), sous la neige (je déteste) sans apporter d’explications certaines (ça me frustre). Une sorte d’exploit en somme.

La chute - Albert Camus - Gallimard - Poche - Place des Libraires

La chute d’Albert Camus

(parce qu’il n’y a pas que dans le milieu hippique qu’on peut se faire un tiercé). J’ai adoré la manière dont Camus mène ce long monologue, comment d’une nuance à l’autre le narrateur s’avoue, au fil des pages, que sa carapace de vertus a cessé de reluire à ses propres yeux. Un élan de sincérité, un regard cru porté sur soi-même. Y a de la fièvre dans cet écrit-là. Pas moyen de s’enfuir, la focalisation interne piège le lecteur dans le récit, et il chute en même temps que Clamence. Comme Rieux et Meursault, Clamence est un miroir réfléchissant les facettes de l’Homme. Camus, c’est une leçon magistrale sur l’être humain à chaque roman.

Livre: Le génie lesbien, Alice Coffin, Grasset, Documents Français,  9782246821779 - Leslibraires.fr

Le génie lesbien d’Alice Coffin

Je suis une femme infâââme expérimentant chaque jour la vie en Patriarcat, ce pays où « le masculin l’emporte toujours sur le féminin », règle édictée par ceux que ça arrange bien et inculquée dès le plus jeune âge; ce pays où une femme aimant les femmes paraît odieuse aux yeux des hommes (#pastousmaisassezpourqueçaposeproblème) qui ne tolèrent pas cet entre-soi amoureux quand eux-mêmes la cultivent dans les postes à décision (avec accent mis dans cet ouvrage sur la politique, le journalisme et le milieu des arts). Le ton mordant d’Alice Coffin est souvent pointé du doigt, mais est compréhensible: que lui reste-t-il d’autre quand les discours bien construits (tel ce livre, qui dépasse les frontières du lesbianisme pour englober le féminisme et les questions raciales) ne font pas écho auprès des principaux concernés, qui préfèrent se boucher les oreilles avec des bouchons de champagne? Ce ton militant n’est pas la preuve que féminisme rime avec hystérie: ce n’est que le résultat d’années à revendiquer face à des murs de mépris et de condescendance. Pas étonnant que ce livre (et sa personne) soit surtout décrié par des hommes: plus facile de répéter le cliché éculé selon lequel une femme ne saurait se maîtriser du fait de ses hormones que de se remettre soi-même en question et d’admettre qu’on profite d’un système taillé sur mesure pour soi. Lecture nécessaire et douloureuse, j’ai mal à mes ovaires.

Livre: Je t'ai rêvé, Francesca ZAPPIA, R-jeunes adultes, Collection R,  9782221190241 - Leslibraires.fr

Je t’ai rêvé de Francesca Zappia

Un titre qui laisse présager la quête d’une jeune fille innocente pour trouver son prince charmant. Histoire d’amour il y a, dans une ambiance de lycée où l’on retrouve les classiques personnages du ténébreux mystérieux, du bon pote, des parents à la ramasse, du dirlo pas net, des bullies, etc. Rien de sensass alors? Si, car l’idée de faire vivre l’histoire depuis les pensées d’une jeune fille schizophrène et paranoïaque donne de l’épaisseur à l’ensemble. Le rêve se fait hallucination, comment démêler le réel de l’inventé? C’est à prendre pour ce que c’est: une fiction loin du traité médical, mais c’est bien mené et convaincant.  

That’s all Folks!

Ces clichés de lecteur que je ne comprends pas

S’il y a bien une chose immuable devant l’éternel, c’est bien l’image que se font des lecteurs ceux qui n’ont pas contracté la devoritia litterariae (terme latin inventé par mes soins il y a 6 secondes pour nommer cette addiction du livre que certains développent dès leur première syllabe décodée à 4 ans sur un paquet de céréales, ou le magazine de jardinage de maman, ou une enseigne de magasin…Vous saisissez l’idée). Si les clichés existent souvent pour une raison, je dois bien avouer que certains me laissent pantoise. Il faut qu’on cause, toi et moi. Je me considère comme une lectrice compulsive, mais il va falloir que tu m’expliques pourquoi je suis censée :

tasse en ceramique blanche sur textile blanc

Siroter une boisson chaude pendant ma lecture

Vous voulez vraiment que je renverse mon café sur mon livre ? Petit rappel : mouiller le papier c’est AVANT d’en faire une feuille et de l’imprimer, pas après. Passons sur ce point, j’admets que le degré de maladresse est propre à chacun et que certains bénis des dieux arrivent à garder leur livre ouvert d’une main tout en empoignant avec confiance leur mug encore brûlant de l’autre. Ayant besoin de mes deux mains pour ne pas renverser, moi je dois poser le livre ouvert à plat sur mes genoux, puis finalement sur le siège à côté de moi parce que je dois me lever pour aller chercher la tasse que j’avais posée trop loin (l’appréciation des distances, ça aussi c’est propre à chacun).

Mais ce qui m’interroge le plus, c’est ceci : le livre en cours doit sacrément être ennuyeux pour avoir envie de couper sa lecture toutes les deux minutes (parce que le cliché du chocolat chaud sous la couette avec un bon livre sous-entend quand-même une certaine vitesse de dégustation). J’ai fait le test : la tête sur le côté pour éviter qu’une goutte nuisible ne tombe du mug sur le roman (l’aisance à la déglutition, encore une compétence propre à chacun), forcer son regard à poursuivre la lecture sans se faire une entorse du globe oculaire tient lieu de miracle ! Sans compter la pause-pipi qui surviendra nécessairement dans la demi-heure (même si la capacité urinaire, c’est propre à chacun…).

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Profiter d’une lecture agréable en extérieur

La lecture, cet agréable moment où l’on se plonge dans un autre univers, où le monde autour n’existe plus, où l’on se coupe de tout … jusqu’à ce qu’un insecte non-identifié te chatouille l’avant-bras dans ton jardin, que la mamie à côté de toi dans le train se mette à t’expliquer que ses varices la font souffrir mais que ce n’est rien comparé à son mari et son ablation d’une partie de l’intestin, ou que les maudits gamins de la plage t’envoient sur la tête leur ballon plein de sable (sable qui restera collé sur la crème indice 50 tartinée sur ton visage).

Et en extérieur, quand la sollicitation ne vient pas d’autrui, tu vas la chercher toi-même. Un bruit bizarre et te voilà le nez levé pour vérifier que les extra-terrestres ne sont pas en train de débarquer, une bonne odeur et te voilà le nez levé pour voir qui mange quoi, des fois que ça te donnerait des idées pour le déjeuner. Ou tout simplement, l’envie de profiter de ne pas être entre quatre murs pour marcher et admirer le paysage, autant de stimuli incompatibles avec une lecture calme et solitaire.    

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Collectionner les marques-pages

En général, je lis un livre. Parfois deux en parallèle. Ou trois, si on rajoute une BD. Voire quatre, avec le travail. Quatre. Comme les doigts de la main (si t’as pas rigolé, tu me vexes !). Arrête-moi si je me trompe, mais marquer une page, pour la plupart des objets c’est un peu l’équivalent d’un emploi sans qualification non ? Un vieux bout de papier, un stylo, tes écouteurs cassés, une feuille d’arbre, une farfalle pas cuite, voire une rognure d’ongle de pied si tu es hardcore, ça fait l’affaire aussi il me semble (en vrai, je SAIS. J’ai fait l’expérience par souci d’authenticité).

Mettons que tu sois du genre à aimer le bel objet. D’accord. C’est vrai que certains marques-pages en jettent. Mais que ce soit toi qui ne peux pas résister à en acheter un nouveau par semaine, ou tes proches qui t’en offrent à chaque événement (en espérant qu’ils n’ont pas le même réflexe quand tu leur expliques que tu aimes les chiens, sous peine que ton chez toi prenne des airs de chenil SPA), à raison de quatre utiles, les autres finissent en attrape-poussières (autrement dit l’équivalent du chômage dans le monde des objets, pour poursuivre ma métaphore filée de pôle emploi). Toujours est-il que je ne comprends pas le besoin de se procurer, et en grande quantité, un objet totalement remplaçable. Les gars du marketing du marque-page sont des génies.

Et vous? Y a-t-il un stéréotype du lecteur qui ne s’applique pas à vous?

Bric-à-brac lectures, Février 2021

Magie des hasards: février fut aussi court que ma liste de lectures du mois. J’ai quand-même trouvé le temps de lire:

The Art of Charlie Chan Hock Chye (Pantheon Graphic Library) (English  Edition) eBook: Liew, Sonny: Amazon.fr

The Art of Charlie Chan Hock Chye de Sunny Liew.

Prise d’une envie d’exotisme, j’ai fait fort avec cet auteur de BD malaisien écrit en anglais. Une merveille: sous couvert d’une biographie fictive d’un illustrateur de comics, c’est toute l’histoire de la Malaisie qui est retracée, ses tensions internes comme ses rapports complexes avec Singapour. Un parallèle est également fait avec l’évolution de l’univers des comics au fil du temps. Etant une nulle intersidérale autant en histoire malaisienne qu’en comics, je peux affirmer haut et fort que cette BD est très intelligemment pensée et qu’elle ne perd jamais son lecteur. Mention spéciale pour la diversité de styles de dessins que l’illustrateur présente. Pour les intéressés, je crois qu’une version française a paru.

L'ile des chasseurs d'oiseaux: Amazon.fr: May, Peter, Dastugue, Jean-René:  Livres

L’île des chasseurs d’oiseaux de Peter May.

Déceptioooooon! On me l’avait vendu comme un roman policier (tachycardie due au suspense, cerveau qui cogite..) mais en fait c’est un roman noir. Et plus noir que ça, y a pas: il fait moche (tant de pluie en un seul livre, ça me donne envie de faire pipi), tout le monde est triste et a raté sa vie, l’espoir ne se trouve que dans l’alcool, les personnages sont un catalogue des pires trucs glauques qui puissent tomber sur la tête d’un être humain que c’en est limite tiré par les cheveux, et en prime il y a eu un meurtre. Pourtant le récit est très bien écrit, les descriptions de l’Ecosse sont magnifiques (j’avoue que d’y avoir fait un roadtrip m’a aidée à ne pas décrocher) mais ce n’est pas pour ça que j’avais payé mon billet.  Tu aimes l’Ecosse et le climat nordique? Lis-le. Tu aimes les enquêtes policières? Ne le lis pas. Tu es dépressif? ôte tes mains de ce livre!

Les quatre filles du docteur March de Louisa M. Alcott.

Mon livre amour-haine par définition. Roman préféré (dans sa version allégée) de ma préadolescence (quand Laurie et Jo me paraissaient encore être « des grands ». Mondieumondieumondieu, ça ne me rajeunit pas), j’ai décidé de lire au moins une fois dans ma vie la version intégrale. J’ai retrouvé cet agacement jaloux que j’éprouvais envers ces quatre petites femmes parfaites qui ne font pas de vagues. Mais comme je vieillis et que la sagesse me gagne (aheum), j’ai surtout bien plus apprécié la peinture des mœurs de l’époque. Au final, j’avoue qu’il y a plus d’amour que de haine pour ce roman.

Livre: L'Ickabog, J. K. Rowling, Gallimard Jeunesse, Grand format  littérature, 9782075150552 - Leslibraires.fr

L’ickabog de J.K. Rowling.

Les sites de seconde main c’est quand-même bien pratique pour se procurer un livre sans donner son argent à une autrice qui ne le mérite pas (rapport à certains propos pas tolérants et très décevants de sa part). Avec Rowling, j’en étais restée à 1-1, la balle au centre: fan absolue de Harry Potter, j’ai été déçue par son Une place à prendre et ses Cormoran Strike ne m’ont fait ni chaud, ni froid. Ici, on est en présence d’un livre jeunesse qui fait le job. On y retrouve le crescendo dramatique et un monde imaginaire où pullulent les trouvailles qui étaient des marques de fabrique de Harry Potter. Ce roman souffre quand-même de la comparaison. Contrairement au phénomène engendré par son éminent prédécesseur, passé un certain âge la sauce ne prend plus vis-à-vis de cette histoire: faute de place les personnages sont moins fouillés, on reste très extérieur au récit malgré les injustices et la mort de certains persos qui n’en méritaient pas tant. Au final, on a l’impression d’un livre « de grands » si on a 9 ans, et d’un livre « d’enfants » si on a plus de 13 ans, d’autant que je ne suis pas sure que le message « politique » en filigrane soit capté par les plus jeunes, mais l’ensemble reste bien plaisant et s’adresse parfaitement à son public-cible (pas moi, donc: celle qui vieillit et gagne en sagesse…). Allez, soyons fair-play: J.K. Rowling 2-1.

Le parc jurassique et Le monde perdu de Michael Crichton. (Relecture)

En bonne place parmi mes livres fétiches: deux pour le prix d’un! Je ne vous ferai pas l’affront de vous résumer l’histoire. Le genre de roman qui me conforte dans l’idée que « les livres c’est mieux que les films »: des rebondissements à foison, le travail de recherche scientifique de l’auteur se ressent mille fois plus que dans l’adaptation filmographique, les clichés sont évités (pas de romance idiote, de physique hollywoodien ni de stéréotypes par trop lissés pour les personnages). Sans compter que les films occultent totalement toutes les très intéressantes considérations sur la science, le progrès et l’écologie que Crichton amène. Rédigées il y a 30 ans, leur écho à notre époque est absolument saisissant. Les hermétiques aux théories scientifiques poussées qui sont développées dans le roman sauteront certains passages et trouveront leur plaisir dans les aventures périlleuses du groupe d’experts. Eteignez la télé et tournez la première page. Vraiment.

That’s all Folks!

La légende de SeyTan

Auteur: Chris Bellabas (https://chrisbellabas.com/)

La Légende de SeyTan par [Chris Bellabas]

Définition de dragon selon moi et la plupart des gens : « gros bestiau mi-lézard mi-dinosaure qui a pas l’air sympa mais qui est bien pratique pour cuire des brochettes et qui fait vachement classe dans les films américains ». Le genre de définition monolithe qui varie rarement.

Pourtant, quand Chris Bellabas reprend le concept à sa sauce dans La légende de SeyTan, il en tire un texte intelligemment élaboré. Ici, pas d’espèce de varan géant qui marche à l’instinct, mais un être presque ésotérique qui permet à l’auteur d’interroger au passage le rapport à autrui et le non-genre sans perdre son lecteur, grâce à de l’action à foison (Chris et son art indescriptible de la description!).

Travailler avec et lire du Chris Bellabas est toujours un plaisir mêlé de fierté. La fantasy peine parfois à être prise au sérieux, ce n’est d’ailleurs pas mon style de prédilection non plus. Et pourtant, Chris fait partie de ses auteurs qui connaissent leur métier et m’ont fait revoir mon jugement, au point que j’en arrive à regretter le format nouvelle (à quand un véritable livre?!).

Lisez-le et vous comprendrez ce que je veux dire 😉

J’ai testé pour vous: critère insolite pour choix de lecture #2

Manque d’inspiration quant au choix de ta prochaine lecture? Aucune couverture n’attire ton œil, aucun titre n’attise ta curiosité, les noms des auteurs proposés sont toujours les mêmes? Aujourd’hui je te propose:

Lire des livres dont un des personnages porte un prénom précis.

Pour toi et pour la science, j’ai tenté l’expérience (sacrifice, don de soi, je suis formidable je sais je sais). Récemment, le hasard m’avait fait partir à la rencontre de pas mal de Thérèse fictives, j’ai poussé le vice jusqu’à en dégoter d’autres.

Amazon.fr - Thérèse Desqueyroux - François Mauriac, Jean Touzot - Livres

Thérèse Desqueyroux de François Mauriac.

Une version légèrement moins sociopathe de Thérèse Raquin. Mais tourmentée quand-même, la Thérèse. Homicide raté. La narration est presque entièrement un monologue intérieur de Thérèse, un aveu de sa condition qui l’a poussée à passer à l’acte. Le personnage n’est pas vraiment sympathique, mais provoque l’empathie: plus une empathie de femme à femme que de lectrice à héroïne, le récit ayant une forte aura féministe. Dénonciation de la société patriarcale de l’époque écrite par un auteur homme qui a su trouver les mots.

Les âmes fortes - Jean Giono - Babelio

Les âmes fortes de Jean Giono.

Veillée funèbre. Ça plomberait l’ambiance s’il n’y avait pas le babillage de quatre grands-mères plus enclines aux commérages et aux médisances qu’au recueillement, le tout avec ce parler « début 20e » qui me rappelle mes propres mamies (séquence émotions). Le jeu narratif est particulier: la plus ancienne, nommée Thérèse, prend le discours en main et relate sa vie, constamment interrompue par une autre qui recadre son propos, la contredit et fait apparaître un passé bien moins reluisant avant de passer à un narrateur omniscient. La vie de Thérèse se joue et se rejoue en fonction des points de vue. L’impression d’un livre décousu, comme un bla-bla de mamie, peut en refroidir certains. Moi j’ai aimé.

Amazon.fr - La fée carabine - Pennac, Daniel - Livres

La fée Carabine de Daniel Pennac.

Toujours aussi frais et rocambolesque, le récit des péripéties de Benjamin Malaussène, bouc-émissaire de son état et de sa sympathique farandole d’amis et de frères et sœurs (dont Thérèse, toute en os, en sérieux et en dons de voyance!). Les mamies se font égorger et les papys s’adonnent aux drogues. Rien na va plus à Belleville. Un mélange de sérieux, de drôlerie et de poésie. Cet auteur a indéniablement sa propre patte.

Critère totalement hasardeux du prénom d’un personnage passé au crible d’une totale non-objectivité: VALIDE, même si le choix du prénom orientera fortement tes lectures (si tu aimes le contemporain, opte pour Kévin plutôt que René)

Bric-à-brac lectures, Janvier 2021

Ce mois-ci, je n’ai pas eu la fève une seule fois (c’est un scandale!), mais en termes de quantité de lectures ingurgitées, je reste la reine. La preuve:

Les survivants by Alixe

Les Survivants d’Alixe

Mise à part celle du talentueux Chris Bellabas que je vous invite à découvrir, les fanfic, c’est pas mon truc. Mais comme j’ai une réputation de Potterhead à tenir, découvrir celle qui a le plus la côte auprès des fans de Harry Potter était un passage obligé. On ne va pas se mentir: retrouver l’univers et les personnages tels qu’on les a connus, ça fait chaud au cœur comme quand on serre son doudou de quand on était petit. Les détails du quotidien magique pullulent, c’est bien écrit même si le style n’est pas magique (humour, hu, hu). C’est fort plaisant mais je regrette le manque de piment et d’action. Pas de quête, pas d’enquête: juste la petite vie quotidienne de nos héros. Et des coquilles à la pelle qui m’ont un peu gâché la lecture (déformation professionnelle) mais dans l’ensemble, All was well.

Amazon.fr - Meuh ! - Morel, François, Patry, Christine - Livres

Meuh! de François Morel

La métamorphose de kafka version « le bonheur est dans le pré ». L’intérêt de ce livre ne réside pas tant dans l’histoire (un ado qui se transforme en vache…et qui s’y fait) que dans l’écriture, avec des phrases qui font mouche (mais qu’on ne chasse pas avec la queue), un humour à la Deschiens et des réflexions pas bêtes du tout. J’ai aussi apprécié les jolis dessins qui parsèment le récit.

Amazon.fr - Un coeur simple - Flaubert, Gustave - Livres

Un cœur simple de Gustave Flaubert

Flaubert, je le connais plus par sa moustache que par ses écrits. Une lacune que je voulais combler, même si je fais toujours grand cas des auteurs classiques et que j’y plonge à reculons (souvent pour mon plus grand bonheur, ceci dit). Ce conte riquiqui est parfait pour y tremper son petit orteil et découvrir le style de l’auteur. Une jolie petite histoire douce-amère largement inspirée de la propre vie de l’auteur, mettant en scène de sa belle écriture une servante et son trop-plein d’amour. Je compte bien m’attaquer rapidement à des œuvres plus conséquentes de ce monsieur.

Amazon.fr - Thérèse Desqueyroux - François Mauriac, Jean Touzot - Livres

Thérèse Desqueyroux de François Mauriac

Thérèse, ce prénom que je commence à croire prédestiné, ce livre me rappelant étrangement une autre folle homicide: Thérèse Raquin. Sauf que la Desqueyroux a raté son coup. Le livre démarre sur les marches du palais de justice, où elle sort libre après que son mari (qui a donc échappé à la tentative d’assassinat perpétrée par sa femme) a témoigné pour elle (pour les convenances, devrais-je dire). Il s’agit d’un long monologue intérieur d’une femme trop à l’étroit dans le carcan d’un statut social (« épouse de ») qu’on lui impose et qui « implose », en quelque sorte. C’est surprenant qu’un homme ait su mettre en mots un tel ressenti.

Watership Down eBook: ADAMS, Richard, CLINQUART, Pierre: Amazon.fr

Watership Down de Richard Adams

D’habitude, les histoires d’animaux, j’aime bien. C’est mon p’tit côté Bardot (mon préféré: les fourmis de Werber). Mais là, je pense être la seule humaine à ne pas encenser ce livre (pardon, le monde). J’ai eu beaucoup de mal à terminer ce récit sur des lapins anthropomorphisés en exil qui curieusement n’ont pas éveillé l’empathie. Le beau phrasé et l’histoire originale m’ont aidée à aller au bout, mais la cynique en moi ne pouvait pas s’empêcher de visualiser des boules de poils sautillant dans la plaine, image qui faisait de suite retomber à plat l’intensité dramatique du récit. Mon conseil si vous avez du mal: se forcer à arriver à la seconde partie, ensuite c’est un peu plus rythmé.

Les âmes fortes - Giono, Jean - Livres - Amazon.fr

Les âmes fortes de Jean Giono

Ca démarre sur des commérages de vieilles femmes lors d’une veillée funèbre et très vite, le tourbillon narratif s’enclenche: la doyenne Thérèse (encore) prend la parole et relate sa vie. Au fil des pages, on revit par différents regards la vie de Thérèse, distordant toujours plus le propos afin de perdre volontairement le lecteur qui ne saurait distinguer la vérité du mensonge. Un rien décousu, mais ça m’a beaucoup plu.

Funèbre ! : Tour du monde des rites qui mènent vers l'autre monde - Cazes,  Juliette - Livres - Amazon.fr

Funèbre! Tour du monde des rites qui mènent vers l’autre monde de Juliette Cazes

On reste dans le thème joyeux des funérailles avec cette non-fiction (parce que j’aime mettre la bonne ambiance). Pour qui doute encore que la mort ne se vit pas partout pareil, cet ouvrage est parfait. De même que pour les thrillers et autres romans policiers que je lis, j’ai envie de crier « Plus de morts! Plus de cadavres! » tant je suis frustrée que ce livre si intéressant ne présente qu’une (trop!) courte sélection de rituels mortuaires en divers endroits du globe (ceci est un compliment déguisé). Unique bémol: la ponctuation. Les virgules mal placées vont me tuer (et alors je serai momifiée à Palerme, protégée des pilleurs de cadavres par une cage en Ecosse, et les Roumains m’offriront un bon gueuleton symbolique chaque année). Je précise que la dame à un blog ici.

Amazon.fr - Le Fabuleux destin d'une vache qui ne voulait pas finir en  steack haché - SAFIER, David, BARRET, Catherine - Livres

Le fabuleux destin d’une vache qui ne voulait pas finir en steak haché de David Safier

De deux choses l’une: soit à la base il y avait un auteur pauvrement inspiré qui a voulu ajouter sa pierre à l’édifice des grands combats sociétaux et qui, sous couvert d’humour bien lourd, dessert complètement sa cause; soit l’auteur voulait simplement faire de l’humour en torpillant à l’aide de ficelles aussi grosses que ma cuisse des questions de société somme toute importantes. Je n’ai toujours pas décidé, mais ça ne change rien au fait que ces 250 pages grossières et caricaturales ne présentent aucun intérêt. Le genre d’ouvrage qui emploie le terme « flatulence » pour faire intelligent, sans que cela ne cache le fait qu’on parle de prout.

Amazon.fr - Wilt 1 - SHARPE, Tom, DUPUIGRENET-DESROUSSILLES, François -  Livres

Wilt de Tom sharpe

Du 100% british: un petit texte bien sous tout rapport, comme le héros de l’histoire…que l’on découvre foldingue au fil des pages. L’histoire d’un enseignant miteux coincé dans sa petite vie décevante qui n’a rien trouvé de mieux comme catharsis que de s’entraîner au meurtre de sa femme en utilisant une poupée gonflable et qui se retrouve inculpé à tort pour l’assassinat de sa véritable épouse. Le genre de casserole qui n’arriverait qu’à Mister Bean. C’est sympatoche à lire, de temps en temps on a le coin de lèvre qui tremblote mais ça ne se transforme jamais en gros éclat de rire. Ca rappelle un David Lodge, la sophistication en moins.Je n’ai rien contre ce livre, mais je n’ai pas non plus beaucoup de pour: je m’en tiendrai donc au tome 1 de cette série de 4 livres.

Amazon.fr - Géopolitique du moustique: Petit précis de mondialisation IV -  Orsenna, Erik, Saint-Aubin, Isabelle de - Livres

Géopolitique du moustique d’Erik Orsenna (bzzzzzz)

Je suis faible, le marketing fonctionne toujours avec moi. Pas étonnant que ce précis de vulgarisation au titre accrocheur m’ait attirée. Et bien m’en a pris: c’est du petit lait. Organisé en trois parties, comme une dissert’ de philo au bac, ça fourmille d’informations croustillantes, et c’est pas piqué des vers. Orsenna prend l’ennemi numéro 1 de l’humanité, l’empêcheur de dormir en rond, comme point de départ d’un fil conducteur qui nous amène à côtoyer petites bêtes volantes, grimpantes, trainantes jusqu’aux microbes et autres virus qu’elles transportent avant d’élargir sur la situation sanitaire mondiale. Phobiques des bestioles et hypocondriaques, s’abstenir! Pris au hasard, j’ai découvert qu’il s’agit du 4e opus d’un projet de « petit précis de mondialisation » que je compte lire en entier, un jour plus ou moins lointain.

Amazon.fr - L'annulaire - Ogawa, Yoko, Makino-Fayolle, Rose-Marie - Livres

L’annulaire de Yoko Ogawa

Elle m’a bien eue, Yoko Ogawa: j’étais restée sur la douce délicatesse de La formule préférée du professeur et je tombe sur un scientifique qui n’a rien pour inspirer confiance. Ceci étant, ça reste une pépite, pour qui aime les atmosphères énigmatiques. Sorte de huis-clos malaisant se déroulant au sein d’un laboratoire qui transforme des morceaux de passé en spécimens. D’un côté, le « taxidermiste du souvenir » (croisement entre un savant fou et un pervers fétichiste, mais tout en évocations, à la nippone, sans jamais tomber dans la description crue), de l’autre la jeune proie diaphane à l’annulaire amputé, quasi envoûtée. Original, trouble. J’aime les vies que Yoko Ogawa dépeint avec une overdose de détails qui semblent insignifiants mais qui rendent hors normes le quotidien de monsieur et madame Tout-le-monde.

Amazon.fr - Prodigieuses créatures - Chevalier, Tracy, Neuhoff, Anouk -  Livres

Prodigieuses créatures de Tracy Chevalier

Roman biographique d’une amitié singulière et tumultueuse entre les deux femmes qui sont considérées comme les pionnières de la paléontologie: Mary Anning, qui a mis au jour les premiers spécimens de dinosaures fossilisés, aidée par Elizabeth Philpot, connue pour son extraordinaire collection de poissons fossilisés. La lecture est agréable, le fil se déroule bien; les chapitres alternent les points de vue des deux protagonistes et le rythme qui peut sembler monotone fait écho au quotidien des deux femmes qui traquent inlassablement, durant des mois voire des années, les mêmes lieux en quête d’un nouveau spécimen. Les rebondissements, principalement dus aux bâtons que la société patriarcale de l’époque leur a mis dans les roues et au poids de la religion qui freinait la science, apportent du relief à l’ensemble. Un « deux en un » fort intéressant qui se lit comme un roman tout en fournissant des infos avérées pour briller en société.

Amazon.fr - La fée carabine - Pennac, Daniel - Livres

La fée carabine de Daniel Pennac (relecture)

Une histoire de p’tits vieux: des papys qui se laissent avoir par la fée héroïne pour alléger la tristesse de leur vieillesse solitaire, et des mamies qui se la jouent Chuck Norris pour se défendre contre un égorgeur de vieilles dames. Ce petit monde protégé par des policiers tous plus ripoux les uns que les autres. Tout cela serait bien glauque s’il n’y avait la tribu Malaussène pour insuffler une douce dinguerie et un peu d’optimisme à l’ensemble. Et toujours ce phrasé inimitable de Pennac. Que j’aime cette saga!

Amazon.fr - Les Rois d'Islande - Gudmundsson, Einar Mar, Boury, Eric -  Livres

Les rois d’Islande d’Einar Már Guðmundsson

Premier contact avec la littérature du pays des noms imprononçables. Pseudo saga familiale dont l’arbre généalogique incompréhensible n’est qu’une des facéties volontaires de l’auteur (un p’tit rigolo, celui-là), un peu comme sa narration pour le moins décousue (et recousue n’importe comment. Imaginez un spaghetti trop cuit au fond d’une assiette: un fil conducteur qui fait plein de boucles sur lui-même, c’est ça, l’écriture de Guðmundsson) Il y a absolument zéro intrigue, on passe d’un personnage à l’autre quasi sans transition, et pourtant ça fonctionne. On arrive même à en dégager une vision assez caustique de la société islandaise et de son histoire. C’est rafraîchissant comme une plongée dans les fjords un matin d’hiver.

Amazon.fr - Les filles du Nightingale - Douglas, Donna, DesHaies, Sophie -  Livres

Les filles du Nightingale de Donna Douglas

Je m’attendais à un bon petit roman très axé sur les conditions de travail des infirmières dans le Londres des années 1930 et je me suis retrouvée avec un récit sur les premières amours des étudiantes infirmières. Et curieusement, je me suis prise au jeu. L’aspect formation/environnement social de l’époque n’est pas totalement gommé, ce qui évite l’effet eau-de-rose que je déteste, et je me suis pris d’affection pour ces jeunes filles. Par contre, ça a été traduit avec les pieds: si un jour me prend l’envie de lire le tome 2, ce sera en VO!

Amazon.fr - Les Enfants verts - Prix Nobel de Littérature 2018 - Tokarczuk,  Olga, Carlier, Margot - Livres

Les enfants verts d’Olga Tokarczuk

Ouaip, je lis du prix Nobel de la littérature polonaise, moi. Si vous avez 2-3 heures à tuer, jetez-vous sur ce tout petit récit! C’est comme un joli conte tout doux, mais pas aussi simpliste que sa longueur ne le laisse présager car il se lit à différents degrés de lecture: le basique, sous la forme de mémoires d’un médecin du 17e siècle, et le philosophique qui aborde le rapport à l’Autre. Outre le plaisir de la lecture, ma culture G a apprécié, entre un rappel succinct de l’histoire de la Pologne à cette époque et la découverte (mais peut-être suis-je la seule inculte, vous me direz) de la plica polonica, une maladie touchant le système capillaire.

Les Tribulations d'un Chinois en Chine: Illustré et Annoté eBook: Verne,  Jules: Amazon.fr

Les tribulations d’un Chinois en Chine de Jules Verne

Après Le tour du monde en 80 jours, voilà « Le tour de Chine en 2 mois ». C’est d’autant plus vrai que les deux se trouvent dans la même veine: de l’action, des rebondissements, et aucun listing encyclopédique qui m’avait tant rebutée dans 20 000 lieues sous les mers. Tout du long je me suis dit que l’histoire ferait un super scenario de film, jusqu’à ce que je découvre qu’il en existe bien un avec Belmondo dans le rôle titre (je ne suis pas cinéphile pour deux sous). Un vraiment bon moment passé avec ce Chinois qui tente d’échapper à son propre assassinat fomenté par…lui-même! De quoi m’encourager dans la découverte des classiques (poke au challenge de Petiteplume à qui je pique éhontément pas mal d’idées lectures 😉 )

That’s all Folks!

J’ai testé pour vous: critère insolite pour choix de lecture #1

Manque d’inspiration quant au choix de ta prochaine lecture? Aucune couverture n’attire ton œil, aucun titre n’attise ta curiosité, les noms des auteurs proposés sont toujours les mêmes? Aujourd’hui je te propose:

Lire des livres écrits par des auteurs portant le même prénom que le tien.

Pour toi et pour la science, j’ai tenté l’expérience (sacrifice, don de soi, je suis formidable je sais je sais). J’ai donc déterré d’un coin obscur d’une librairie trois romans dont les autrices portent mon doux prénom (toute ressemblance avec une marque bien connue de mayonnaise ne serait qu’une maudite coïncidence).

Amazon.fr - Une héroïne américaine - Jourgeaud, Bénédicte - Livres

Une héroïne américaine de Bénédicte Jourgeaud.

Alerte, coup de cœur absolu! Deux vies parallèles qui finissent par se recouper: celle (inventée), contemporaine, de l’entrée dans le monde du travail d’une étudiante française partie vivre au Canada et celle (réelle) faite de hauts et de bas dans les années 50 aux USA de Brownie Wise. Le mélange est savamment dosé, lire le destin de ces deux femmes apporte un plaisir égal, quoique… Honnêtement Brownie Wise aurait mérité de figurer parmi Les Culottées de Pénélope Bagieu. Son nom ne vous dit probablement rien, mais si je vous dis « Tupperware », vous allez tiquer: Tupperware, c’est Earl Tupper, l’inventeur du fameux plastique dont sont fabriqués ses bols, et c’est bien son unique rôle: l’invention. La publicité, la vente, l’émulation de son produit, il la doit tout entière à Brownie Wise, mère célibataire ayant osé demander le divorce et ayant quitté l’école à 13 ans, qui eut l’idée et le cran de mettre en place les fameuses réunions tupperware, faisant prospérer l’entreprise. Brownie est haute en couleurs, se met en avant, ne se laisse pas faire, a du flair, est féministe: elle ne vend pas de quoi faire faire la popotte aux bonnes femmes, elle leur donne l’opportunité de s’émanciper en travaillant dans la firme. Tant d’enthousiasme pour un livre lu alors que je voyais poindre ma mort par gastro carabinée en dit long sur sa qualité (trouver les arguments pour convaincre, c’est ma grande passion).
Le petit plus c’est qu’à la fin l’autrice fait un point sur ce qui relève de la réalité de la vie de Brownie Wise (quasi tout) et ce qui relève de l’imagination (deux détails, en réalité): moi qui suis tatillonne du fait historique, je suis comblée.

Amazon.fr - L'Ombre d'un homme - DES MAZERY, Bénédicte - Livres

L’ombre d’un homme de Bénédicte Des Mazery.

Sans trop en dévoiler, la trame principale est : de nos jours, un vieux proprio décide de louer gratuitement un appartement à une famille pauvre, à la seule condition de pouvoir venir dîner chez eux chaque soir. A vrai dire on voit tout de suite où l’intrigue veut en venir, mais on se laisse porter, c’est joliment écrit et surtout ça met en lumière le sort durant la guerre des demis-juifs (qui n’avaient pas suffisamment d’aïeux juifs pour être envoyé.e.s à Drancy puis aux camps), détenus en plein cœur de Paris dans une bâtisse entièrement barricadée (afin que les voisins ne devinent pas ce qui s’y tramait) où leur travail consistait à trier et réparer tous les objets récupérés dans les logements vidés de leurs occupants juifs. J’ignorais totalement cet aspect de la spoliation des Juifs.

Amazon.fr - Les Oiseaux de passage - DES MAZERY, Bénédicte - Livres

Les oiseaux de passage de Bénédicte Des Mazery.

(oui je triche, j’ai pris deux fois la même autrice, je fais ce que je veux, laissez-moi). On parle ici de la prison pour jeunes garçons de la Petite-Roquette où étaient enfermés les jeunes défavorisés accusés de vol, de vagabondage, etc. mais aussi des enfants de bonne famille placés là pour « correction paternelle » (les parents se plaignent au juge du comportement de leur enfant, quel que soit ce comportement, et hop le juge le fait enfermer pour 6 mois renouvelables. L’éducation bienveillante façon 19e siècle). Le large éventail de profils de jeunes enfermés permet une belle narration, mais surtout on assiste à l’évolution des conditions de vie, en bien comme en mal (séparation des adultes et des enfants, puis isolement total de chaque détenu). Le sujet, bien documenté, est particulièrement dur mais l’autrice le rend avec beaucoup de poésie et presque de douceur maternelle, comme si elle prenait ses personnages sous son aile.

Critère totalement hasardeux du prénom de l’auteur passé au crible d’une totale non-objectivité: VALIDE!

Bric-à-brac lectures, Décembre 2020

Oh! Oh! Oh! Ce mois-ci, entre un claquage de bises au saint Nicolas, un claquage de bises au Père Noël et un claquage de bises virtuelles à mes proches, j’ai lu:

Canicule de Jane Harper.

(on notera que je choisis toujours des lectures bien de saison). Malgré l’intrigue bien ficelée, l’histoire tout en dialogue qui permet une lecture fluide et rapide, et un système de courts flashbacks original qui nous amène au dénouement final, ce livre ne me laissera pas un souvenir impérissable. Je note toutefois le courage de l’autrice qui a osé planter son histoire de meurtre dans le bush australien en plein cagnard plutôt que dans un asile en rase cambrousse, par un rude hiver où la nuit tombe à 14h20. Transpirer par empathie pour les personnages (des Australiens, des vrais, qui s’endorment peinards avec une araignée redback au-dessus de leur lit) reste une expérience à part.

Amazon.fr - Thérèse Raquin - Emile Zola, Auguste Dezalay, Laurence Martin,  Robert Abirached - Livres

Thérèse Raquin d’Emile Zola.

Zola, pour moi, c’était l’auteur inaccessible, l’ouvrage haut-de-gamme que ma modeste cervelle ne pouvait saisir. En deux livres, tout a changé: entre un bâtiment-personnage principal (Au bonheur des Dames, lisez-le) et les deux protagonistes traités ici comme des rats de labo, façon naturalisme, il m’épate Emile. Le thème traité est le déséquilibre mental (inné et acquis), un rien shocking pour l’époque, mais malgré la trame de premier plan assez glauque, c’est surtout le pan psychologique qui est à découvrir.

Amazon.fr - Thérèse et Isabelle - Leduc, Violette - Livres

Thérèse et Isabelle de Violette Leduc.

(une thématique « Thérèse » ce mois-ci visiblement…). Phrases très crues par le sujet (l’amour physique lesbien) et très douces par les métaphores employées. Un livre « presque trop », en bien comme en mal. Un diamant presque trop ciselé, avec presque trop de détails, presque trop de descriptions de sexe à un rythme presque trop fréquent. Très court, j’ai voulu le lire d’une traite, peut-être une erreur de ma part.

Amazon.fr - Au bonheur des ogres - Pennac, Daniel - Livres

Au bonheur des ogres de Daniel Pennac.

(re-re-re-re-lecture) Ma lecture-doudou par excellence. Il y a des livres qu’on adopte, il y en a d’autres, rares, par lesquels on se sent adopté. Il y a forcément une place pour nous dans l’entourage haut en couleur de notre bouc émissaire professionnel préféré, Benjamin Malaussène, gentil doux-dingue à la famille littéralement extra-ordinaire (dont une sœur qui se nomme Thérèse, je dis ça, je dis rien). Une histoire de bombes et de petits vieux, prétexte à un esprit créatif qui s’exprime en gerbes de mots parfaitement maîtrisées et laisse deviner un message de bienveillance enrobé d’humour. Exquis.

Amazon.fr - La petite Bédéthèque des Savoirs - tome 21 - L'adolescence. Un  âge à part entière. - Le Breton, A, Pochep - Livres

« La Petite Bédéthèque des savoirs », tome 21 L’adolescence de David Le Breton et Pochep.

Intéressant, même si je n’ai pas accroché au style un peu trop cliché à mon goût de l’illustrateur. L’adolescence y est traitée sous à peu près tous les angles possibles: social, anthropologique, familial, institutionnel, culturel… je ne vous les fais pas tous, vous avez compris le principe. Ca reste un survol de la question, mais il y a de quoi en avoir un bel aperçu.

Amazon.fr - Les Fabuleuses Aventures de Nellie Bly - Bly, Nellie, Cohen,  Helene - Livres

Les fabuleuses aventures de Nellie Bly.

(titre niais qui fait penser à un ersatz d’Alice au pays des merveilles et qui ne rend pas justice au contenu). Nellie Bly, c’est une icône, un petit bout de femme à couper le souffle: internement volontaire en asile, travailleuse dans une usine de boîtes, tour du monde en moins de 80 jours, 6 mois au Mexique, front de la Première Guerre mondiale: une des premières journalistes à ne pas avoir eu peur de se mouiller et qui a donné toutes ses lettres de noblesse au journalisme d’immersion à une période (fin 19e/début 20e) où l’on demandait surtout aux femmes de savoir faire la popotte. Passé le petit ton condescendant typique de l’époque sur les étrangers, l’écriture est fluide et dynamique. Tellement mieux pour découvrir le monde d’alors que n’importe lequel des romans d’époque.

Le reste de leur vie (Folio, 6344) (French Edition): Didierlaurent,  Jean-Paul: 9782070793426: Amazon.com: Books

Le reste de leur vie de Jean-Paul Didierlaurent.

Voilà le genre d’auteur contemporain qui mériterait d’être plus souvent cité (contrairement aux Musso-Lévy dont le nom me provoque de l’eczéma tant ils sont à mes yeux ce qu’une pizza Findus est à la gastronomie). A l’image du Liseur de 6h27 (que je vous recommande tellement chaudement que vous allez vous brûler), ce livre a le je-ne-sais-quoi du feel good sans la mièvrerie qui va avec. Il fait du léger avec lourd (thème de la vieillesse et de la mort, quand-même). Plus jeune, je voulais être thanatopractrice: n’allez pas m’imaginer en gothique attirée par le morbide, ce que j’aimais surtout était l’idée de redonner sa dignité au défunt. L’auteur fait un peu pareil: je l’imagine écrire le 4ème âge en fin de parcours avec respect et un sourire attendri au coin de la bouche. Frais, tendre, humain.

Amazon.fr - La Citadelle - Cronin, Archibald Joseph - Livres

La citadelle de A.J. Cronin.

Les récits de docteur, c’est mon dada (la preuve ). Le truc en plus de celui-ci, c’est qu’il s’agit d’une autobiographie légèrement déguisée d’un jeune médecin qui gagne ses galons dans la campagne anglaise du 19e siècle auprès des mineurs. Espoirs déçus, abus de la médecine-business, système rouillé. Le perso principal est attachant, avec ses forces et ses faiblesses. J’ambitionnais de le lire en anglais mais apparemment la langue a très mal vieilli et en a fait un récit trop daté, donc j’ai jeté mon dévolu sur une traduction de 2018: agréable à lire et encore franchement d’actualité malgré le petit côté désuet.

Amazon.fr - Balbuzar - Moncomble, Gerard, Pillot, Frederic, Souille,  Olivier - Livres

Balbuzar de Gérard Moncomble pour le texte et Frédéric Pillot pour les illustrations.

Un bijou. Une histoire jeunesse qui a tout d’une grande. Histoire de pirates, mais une histoire intelligente, travaillée, réaliste sur le fond avec une belle touche d’imagination et d’humour. Beauté du texte sublimée par les illustrations riches en détails, aux formes inspirées et aux couleurs profondes. Ca fait plaisir de trouver un livre qui prend au sérieux ses jeunes lecteurs.

Amazon.fr - Journal d'un corps - Pennac, Daniel - Livres

Journal d’un corps de Daniel Pennac.

(relecture). Unique roman sous forme de journal intime qui ne me fasse pas lever les yeux au ciel devant tant de nombrilisme ou de cucu-la-pralinerie (praline-chocolat-noël, ou comment insérer son propos dans la période festive à peine passée). Presque déjanté dans la saga Malaussène, sérieux et décomplexant dans Comme un roman, je découvre encore Daniel Pennac sous un nouveau jour. Par sa manière de décrypter le corps et la vie, il me rappelle un peu les exercices de description d’un Delerm, mais à un niveau d’introspection supérieur. C’est dense, ça touche des tonnes de notions et de considérations dont il dit tout en une ou deux phrases, il exprime mieux que moi des ressentis que j’étais incapable de décrire. « Les lettres sont les pétales des mots »: lire quelqu’un d’aussi inspirant m’a donné envie d’écrire, à moi qui ne sais qu’améliorer ou répéter autrement ce que d’autres ont écrit. Un tour de force, me connaissant.

That’s all Folks!

Et bonne année!

Je vous souhaite tout ce que vous souhaitez, mais en encore mieux!

Unboxing noël 2020, sans box…

Cette année, j’ai reçu tellement de cadeaux que je m’étonne que le vieux barbu ne soit pas resté coincé dans la cheminée avec sa hotte (mais si on part du principe que le nombre de cadeaux est proportionnel au degré de gentillesse -et de modestie-, je ne devrais certainement pas me montrer surprise). Ca n’intéressera certainement personne, mais comme ma passion des listes ne tarit jamais, j’ai décidé de vous partager mes nouvelles merveilles (les lecteurs en quête de découvertes incroyables et de faits croustillants: vous pouvez aller toquer à la porte du blog d’à côté)

TELLE MÈRE TEL FILS  Cahier mère / fils
Le livret à remplir « Telle mère, tel fils? » aux éditions Minus, pour un petit moment privilégié avec mon fils
Boîte à musique La Marseillaise par Protocol
Deux petites boîtes à musique pour ma collection, « spécial chauvin » j’ai envie de dire…
Boîte musicale à manivelle "French cancan" par Protocole
…puisqu’elles résonnent du doux son de La Marseillaise et du French Cancan, des airs ô combien franchouillards!
[Kosmopoli:t]
Le jeu kosmopoli:t, choix parfait pour la linguiste que je suis.
Mini Kaléidoscope classique Kaléidoscope en laiton doré image 0
Un mini-kaléidoscope qui a enrichi mon petit cabinet de curiosités.
Trois contes de fantômes de Maupassant, illustré par les magnifiques découpages de Camille Garoche.
Boîtes à musique à manivelle en forme d'orgue de Barbarie Boîte à musique à manivelle en forme d'orgue de Barbarie: boîte à musique "Boléro"
Apparemment ma collection de petites boîtes à musique à manivelle a traumatisé mon entourage car j’ai également reçu celle-ci, en forme d’orgue de barbarie. Que c’est joli!
Automates de magie, automates truqués Automate de magie miniaturisé, automate truqué miniaturisé : "Le magicien au lapin"
Mon cabinet de curiosités s’est également étoffé grâce à cet adorable automate miniaturisé (mais genre, miniaturisation de compèt’: 1,5 cm le truc, et qui fonctionne parfaitement. C’est magique)
Parmi les choses immuables de la vie, il y a le fait que je perde SYSTEMATIQUEMENT à tous les jeux. M’en fous, j’aime jouer quand-même, en particulier au Dixit (esthétique, imaginatif, zéro pression). Cette extension va apporter un vent de nouveauté dans les parties!
Cactus ARTIFICIEL, parce que je fais partie du gang de ceux qui feraient crever un chêne centenaire en 48h.
Une parure de lit. Couleur bleu nordique, matière gaze de coton, rien que des mots compliqués qui sonnent très « décorateur d’intérieur qui s’y connaît ».

Gamine dans l’âme, et même si tous ces cadeaux sont fantastiques, je m’émerveille avant tout chaque année devant le déballage de cadeaux de mon fils: plein de livres jeunesse magnifiques, le triangle des bermudes lego-kapla-playmo (parce que si je le lâche avec son père là-dedans, je ne les revois plus jamais), un jeu d’échec pour enfant pour se la jouer bobo-intello, des puzzles pour devenir un bouddha de patience mais surtout, surtout: un abonnement pandacraft et un kit de cyanographie! Je sais pas lequel a le plus trépigné tant la bidouille et la créa, on adore! (Pourtant, entre Gnocchi-cinq-ans-et-demi et Môman-les-deux-mains-gauches, les sessions bricolage font des étincelles. Ca m’étonne même qu’une poignée de scénaristes hollywoodiens n’aient pas piqué le concept pour en faire un blockbuster d’action)

Bref, un joyeux noël malgré tout, avec de la paillette dans l’œil. Métaphoriquement. Sinon ça ferait une conjonctivite. Et vous? Quel cadeau vous a fait vous rouler par terre de joie?

Faire semblant de connaître ses classiques devant la dinde familiale de noël

Ceci s’adresse à toi, qui attends frénétiquement la dinde aux marrons de mamie, le déballage des cadeaux au son des chants de noël et la bûche trois chocolats, mais dont le plaisir est gâché à l’idée que va forcément arriver le moment du repas où tata Gilberte (ancienne bibliothécaire) et papy René (qui a publié un livre sur l’histoire de son village natal en 81) vont faire porter la conversation sur la Littérature (avec un grand L, celle qui s’est arrêtée en 1901).

Traumatisé.e des fiches de lectures scolaires, tu n’as jamais lu La princesse de Clèves ? La longueur des bouquins de Proust te rebute ? Tout ce que tu sais de Victor Hugo c’est qu’il parle d’un misérable bossu ? Pas de panique, pour en remontrer à tata et papy, ces quelques trucs et astuces te sauveront l’honneur :

Astuce 1 : ne lire que la préface.

Le piège du néophyte : confondre préface et avant-propos. Si l’avant-propos est utile à replacer le lecteur dans le contexte de l’histoire qu’il s’apprête à lire, la préface est un divulgâââchage qui ne dit pas son nom. Rédigée par une tierce personne, elle analyse en profondeur, à coups de citations et d’extraits, l’œuvre qui n’a pas encore été lue. Le meilleur moyen de connaître le début, le milieu et la fin d’un roman sans même avoir atteint le chapitre I.

Astuce 2 : lire des résumés.

Certaines bonnes âmes sensibles à cette détresse ont également eu l’idée de proposer des résumés (souvent illustrés) des grandes œuvres. Ainsi, pour qui veut réviser son Molière, Le Grand Molière Illustré de Caroline Guillot vous tend les bras. Pour qui veut savoir en substance ce dont parlent les romans les plus célèbres, la série des Avez-vous lu les grands classiques ? de Soledad Bravi est faite pour vous.

Astuce 3 : laisser traîner ses oreilles et ses yeux.

Il en est ainsi : certaines œuvres sont marquées du sceau de la divulgation. Considérées par les snobs de la Littérâtûre comme des classiques que tout le monde a dû lire dès sa première année de vie, ces mêmes snobs ne se privent pas de dévoiler l’ensemble d’un roman sans jamais penser que dans leur public, certaines personnes aimeraient encore découvrir l’œuvre par elles-mêmes. Roméo et Juliette, Les Misérables, Les Trois Mousquetaires ou Don Quichotte, tous font partie de cette connaissance partagée dont bien peu de lecteurs ont tourné les pages.

Astuce 4 : lire dans un format plus accessible.

On a sa fierté, par « format accessible » je n’entends pas les versions abrégées et expurgées adaptées aux préados. Il existe un format qui permet d’apprécier aisément une œuvre dans son intégralité : la bande dessinée. Phénomène qui prend de l’ampleur, l’adaptation des grands classiques en bande dessinée est en train d’acquérir ses lettres de noblesse (même Le Monde a publié une collection). Rapidement lue, plus visuelle que 12 pages de descriptions, la bande dessinée a de quoi réconcilier les moins férus avec la lecture.

Devrais-je me sentir honteuse d’encourager, en un sens, ces lectures détournées alors que ma propre vie tourne autour des livres ? non. J’aime l’idée que la littérature rayonne, que le plus grand nombre (y compris ceux qui n’en ont jamais eu le goût) puisse toucher du doigt les ouvrages qui ont fait la renommée de la littérature et, pourquoi pas, leur donner envie de sauter le pas et découvrir l’œuvre originale. Tout ce qui encourage la lecture est bon à prendre (et si ça permet de moucher tata Gilberte qui croit qu’un fan de Harry Potter ne saurait apprécier du Zola, c’est encore mieux !)

Joyeuses fêtes à tous et toutes et à l’année prochaine !

Bric-à-brac lectures, Novembre 2020

Ce mois-ci, ma montagne de travail ne m’a laissé qu’une motte de lectures-loisirs.


I promessi sposi. Ediz. integrale: 1: Amazon.it: Manzoni, Alessandro,  Rossi, S.: Libri

I promessi sposi (Les fiancés) d’Alessandro Manzoni.

Un livre culte en Italie, qui n’a curieusement pas fait son trou en France malgré sa beauté. Un roman historique dans toute sa splendeur, qui présente une intrigue d’un autre temps avec en arrière-plan les moeurs d’une Lombardie du XVIIe siècle encore fortement teintée de religiosité. Justement, le Manzoni historien risque d’agacer ceux qui s’intéressent d’avantage au récit et ses rebondissements (pour la faire courte: deux amoureux qui doivent surmonter des obstacles pour se marier) qu’à la fresque historique réaliste qu’il tente de dépeindre (famine, émeute, peste, seigneurs-tyrans…), ce que j’ai personnellement le plus apprécié.

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L’histoire de M. Sommer de Patrick Süskind et Sempé.

Quand un ovni de la littérature et un géant de l’illustration poétique créent un livre, il ne peut qu’être étrange. Je ne saurais dire lequel a le plus influencé l’autre, tant le dessin (aux faux airs de petit Nicolas) colle harmonieusement au texte et le texte se pare d’une douceur nostalgique toute « sempéenne ». Souvenirs d’enfance surannés avec, dans le fond, passant d’un pas rapide, M.Sommer, qui restera à jamais une énigme du fait de la fin en points de suspension. Une lecture pour ceux qui se concentrent sur la balade plutôt que sur la destination, idéale pour un dimanche après-midi maussade d’automne.

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Magazine 6mois et La Revue Dessinée.

Deux parutions qui me faisaient de l’oeil depuis longtemps: des reportages captivants, des photos et du texte de qualité. Plus encore que l’objet, c’est la démarche (magazines indépendants, qui permettent aux photo-reporters et aux illustrateurs d’exercer leur métier dans des conditions et des tarifs décents) qui me touche. J’ai expressément demandé un abonnement à noël, je pense que ça en dit long.

Amazon.fr - Marcellin Caillou - Sempé - Livres

Marcellin Caillou de Sempé.

Petit bonhomme qui rougit trop. Lecture câlin, histoire de vie, petite bulle de poésie, comme on peut s’y attendre d’un Sempé.

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Avalanche hôtel de Niko Tackian.

Un beau doublé pour ce monsieur: après avoir adoré La nuit n’est jamais complète (un petit cran au-dessus de celui-ci en termes de suspense et d’angoisse latente), je reste toujours aussi enthousiaste. Après les thrillers psychologiques, place aux thrillers neurologiques! Malgré ce filon inexploré que l’auteur exploite à chaque fois, d’un livre à l’autre il sait se renouveler.

Turin, mine de rien (ville de mon coeur)

Trainer en chaussettes chez vous vous pèse ? Besoin d’évasion ? Envie de dépaysement sans attestation ? (ces blagues vont vite perdre de leur charme). Que la Covid-19 ne nous empêche pas de traverser en pensée les frontières et de planifier les prochaines vacances !

Le nez au-dessus de mon assiette de spaghetti carbonara (les vrais de vrai, ceux sans crème fraîche ni lardons, parfait en temps de pénurie dans les supérettes) j’ai réalisé que je ne vous ai jamais parlé du pays que j’aime d’amour : l’Italie. Pour la plupart d’entre vous, ça rime avec « Rome » ou « Sicile » (ou « Bergame » et « Capri » s’il y a des fans de chanteurs des années 80 dans l’assemblée)

Ma ville de cœur à moi, c’est Turin. C’est un peu mon pèlerinage annuel, dès que des espèces sonnantes et trébuchantes se font entendre dans ma tirelire. Tout l’avantage est que c’est accessible en train, visitable à pieds et qu’il n’y a pas besoin de poser 15 jours de congés payés pour en faire le tour.

Un prof d’histoire au crâne dégarni arborant une veste en tweed marron avec coudières en cuir du plus bel effet vous dirait qu’à une époque, Turin fut la plus importante ville du duché de Savoie (qui englobait l’actuelle Savoie, Nice et une grande partie du Piémont), zone tampon entre la France et la péninsule. De cette influence française, elle a conservé une culture propre, définitivement italienne quoique teintée de bleu-blanc-rouge.

Mais précisément, on fait chauffer les mollets pour aller voir quoi, à Turin ?

Des églises, toujours un bon plan pour se rafraîchir quand il fait canicule et que vous avez déjà perdu votre poids en eau : Gran Madre di Dio (Mausolée-ossuaire de la guerre 15-18), San Lorenzo, Duomo di San Giovanni, chapelle de la Santa Sindone (et son bout du saint suaire, pour la frime), les 2 églises de la place San Carlo (celle des riches et ses nombreux ornements de façade et celle des pauvres, tout de suite plus sobre. On peut pas se tromper).

Des palais, parce qu’il n’y a pas que Versailles dans la vie : Palazzo reale (le palais royal de la Maison des Savoie), le Palazzo Madama (résidence personnelle de plusieurs régentes. Construite à partir des tours et murs médiévaux qui délimitaient l’ancienne ville romaine de Turin, son architecture est pour le moins étonnante), le Palazzo Carignano (pour les princes de Carignan -on sent une vraie recherche dans le nom du palais. Lui aussi possède deux façades bien distinctes, ça doit être un truc des architectes du coin. Ce bâtiment vit naître le premier roi d’Italie et, après avoir abrité les séances de l’Assemblée de Turin puis du Parlement italien, il est aujourd’hui le musée du Risorgimento).

Des places (pour se reposer quand le mollet devient douloureux) : Piazza della Repubblica (plus grand marché en plein air d’Europe. Je déconseille d’y aller le soir, sakado et moi y avons déjà croisé une faune douteuse), Piazza reale (juste devant le palais royal, impossible de se perdre), Piazza Castello (bordée par le Palais Madame et le Palais Royal, l’ambiance y est très agréable les soirs d’été), Piazza Vittorio Veneto (une des plus grandes places d’Europe), Piazza Carlo Felice (devant la gare de Porta Nuova), Piazza San Carlo (avec ses arcades et ses deux églises)

Le Po et ses abords : Les murazzi (anciennes arcades qui protégeaient la ville des inondations, devenues l’abri des boîtes de nuit et autres lieux bruyants qui déplaisent aux riverains), le Monte dei capuccini (“capuccini” comme dans capucins–les religieux, pas capuccino–la boisson), Le pont Umberto Ier (pour traverser le Po, vous saisissez le concept), le parc del Valentino (avec son bourg médiéval reconstitué)

Mais aussi, en vrac (pour bien structurer mon propos) : La porta palatina (l’une des 4 portes de l’ancienne ville romaine de Turin), La bibliothèque royale (toute chic de boiserie), La galleria subalpina (galerie commerçante qui en met plein la vue par son style architectural), l’armurerie royale, la mole Antoniellana (synagogue reconvertie en musée du cinéma), le Monument à Vittorio Emanuele II (1er roi d’Italie surnommé « le roi gentilhomme »), le musée égyptologique (parce qu’aller en Italie pour en apprendre sur l’Egypte, c’est tout un concept).

Ceux qui n’ont pas peur des moyens de locomotion motorisés pourront également visiter : le Lingotto (ancien site industriel des usines Fiat devenu un énorme centre des congrès/centre commercial sur le toit duquel subsiste…un circuit d’essai des voitures),  la basilica di Superga (vue imprenable), mais aussi toutes les résidences des ducs de Savoie (la Venaria Reale appelé le « petit Versailles », le pavillon de chasse de Stupinigi, le château de Racconigi, de Rivoli, de Moncalieri, etc).  

Turin, c’est la douceur de vivre à l’italienne, c’est la chaleur des gens (et de la météo en été), c’est le plaisir de se balader dans des rues charmantes, sous les arcades, c’est massacrer la belle langue italienne devant des natifs bienveillants et les écouter répondre avec les mots de français qu’ils connaissent, comme ça, pour le plaisir d’échanger, c’est le nutella (à mettre au féminin dans la langue du pays), les chocolats gianduiotti, la bicerin et les glaces de chez Fiorio (parce que les Fiat c’est sacrément moins comestible).

A Turin, on se sent bien.

Arrivederci!

[Cet article est sponsorisé par les effets diurétiques du caffè. Je ne parle que de ce que j’ai vu et appris sur place, avec toutes les lacunes et les erreurs que cela peut comporter. N’étant pas docteur ès instagram option filtres et retouches, mes photos ne sont pas de la meilleure qualité. Je le sais et je le vis très bien.]